LE MÉDECIN DE CAMPAGNE
Nè lo scettro dell' onde le valse Nè possenza di numéro e d'oro :
Vincitrice la testa del moro (1) La vendute masnade (2) fugô,
E il navil clie su i mari temuto A/Venesia contese l'impero Clie la Croce latina primiero Di Crimea sulle torri piantô.
GlUSEPPE MULTEnO.
Ainsi que je l'ai déjà dit, je fis à Bastia la connaissanco d'un chirurgien distingué, M. Manfredi, qui me donna des renseignements intéressants sur l'état sanitaire de Bastia. Ainsi il me dit que la diflerence entre la chirurgie àParis, où il avait l'ait ses études, et la chirurgie en Corse était tout à fait surprenante. Dans son hôpital à Bastia, il ne voyait pas à la suite des opérations chirurgicales, les accidents si communs et si terribles que la chirurgie rencontre à chaque moment à Paris et dans les grandes villes. Presque toujours dans les opérations l'union se faisait par première intention, et jamais il n'avait à traiter la pyémie ou 1 absorption purulente. Il avait eu beaucoup de cas de lithotomie, et le succès était à peu près constant. En l'entendant parler, je me suis dit que vraiment cela valait la
lo La bannière nationale do la Corse ; %' allusion aux milices soudoyées par les Génois.
LA SOURCE D'OREZZA. o»
peine d'aller se faire opérer en Corse, la cruelle nécessité survenant.
A 50 kilomètres de Bastia au sud, dans le centre d'une région montagneuse, couverte de châtaigniers, que l'on appelle Castagnicciaou pays des châtaignes, se trouve une source minérale ferrugineuse,°célèbre dans toute l'Europe, et une des plus précieuses qui existent, celle d'Orezza.
Orezza est un village de la Castagniccia, à 600 mètres au-dessus de la mer, dans la circonscription de Piedicroce. Elle fait partie de la « Terra di comune » des historiens corses une des régions de la Corse qui ne furent jamais domptées par l'étranger. Ce furent par ses fils surtout que furent livrés les derniers combats contre les Génois et plus tard contre leurs alliés les Français. Dans les temps antérieurs cette partie delà Corse fut toujours habitée par une population nombreuse, guerrière et patriotique qui, comme nous l'avons déjà dit, grâce à l'abri des hautes montagnes et aux ressources qu'offraient leurs magniPiques et féconds châtaigniers, purent toujours conserver leur liberté, quoique environnés d'ennemis de tous les côtés.-
La source d'Orezza est acidulée-ferrugineuse et très-remarquable par la grande quantité d'acide carbonique libre et de fer qu'elle contient. Elle sort en grande abondance d'un puits au milieu d'un kiosque ouvert de tous les côtés, sur un terrain qui occupe le flanc de la montagne, planté d'arbres de manière à en faire une promenade agréable et ombragée. D'après la dernière analyse, celle de M. Poggiale, faite avec les soins les plus minu-
tieux, 1,000 grammes do cette eau contiendraient 1 litre 248 centilitres d'acide carbonique, et 12 centigrammes de carbonate deprotoxyde de fer par litre. La source ferrugineuse de Schwalbach ne contient que 7 cent, par litre,' celle de Spa 7, celle de.Pouhon 7 et celle de Pyrmont 5, et ce sont les sources réputées les plus ferrugineuses de l'Europe. C'est la quantité énorme d'acide carbonique libre qui rend possible et explique cette saturation ferrugineuse. Elle explique aussi la saveur très-agréable de cette eau et sa ijrande digestibilité. C'est une espèce d'eau de Seltz ferrugineuse, tellement agréable à boire que ceux qui en prennent pendant quelque temps ont de la peine à s'en déshabituer. Grâce à l'extrême abondance de l'acide carbonique libre, elle se conserve parfaitement en bouteilles sans déposer le fer, pourvu que.la mise en bouteilles soit faite avec soin, et que les bouteilles soient remplies à la source en les y plongeant entièrement, et en les bouchant instantanément et hermétiquement. J'ai plusieurs fois visité Orezza et j'ai pu apprécier moimême la prestesse et la dextérité avec lesquelles se fait cettemise en bouteilles.
L'eau d'Orezza est vraiment une ressource précieuse, tant à la source même qu'à l'étranger, pour tout cequi est anémie, chlorose, pour toute condition de langueur des fonctions nutritives, pour toutes les formes de débilité organique, enfin pour toutes les maladies et tous les états morbides pour lesquels le fer est indiqué. Depuis ma première visite en Corse, en 18G2, c'est-à-dire depuis treize ans, j'ai constamment eu recours à l'eau d'Orezza