‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 36 sur 102 · UN VIEUX MANOIR A OREZZA · texte numérisé non relu

UN VIEUX MANOIR A OREZZA

lée était une vieille dame qui allait à la messe. Elle enjambait le cheval absolument comme nous, les pieds dans l'étrier, et derrière marchait un grand gaillard, un domestique de ferme, portant son missel. L'explication de cette habitude nationale est probablement la nature alpestre, rocailleuse et rude du pays, d'où la nécessité, même pour une femme, d'être bien et solidement assise sur le cheval.

Mon ami le docteur Manfredi, a une propriété patrimoniale il Orezza. C'est une vieille maison fortifiée dans laquelle ses ancêtres ont demeuré depuis près de quatre cents ans. Ce fut lui qui me conduisit à Orezza, où il me donna une très gracieuse hospitalité. Cette maison très-simple était en même temps une ancienne forteresse. Les murs carrés sont trèsépais et très-solides, quoique co istruits de pierres massives simplement superposées, et portent les traces d'anciens combats, de balles et, de fumée. Pendant les centaines d'années qu'elle avait été habitée par les ajicêtres du docteur, elle avait été maintes fois assiégée, maintes fois aussi on avait voulu la brûler. Mais elle avait toujours résisté, tant aux assiégeants qu'au fer et au temps.

En face de la maison du docteur il y a une grande terrasse, qui surplombe la source ét l'établissement des bains de cinquante mètres. De cette terrasse on a une vue magnifique du pays montagneux et accidenté de la Casiagniccia. A l'ouest se trouve une grande arête alpestre nue, qui sépare le pays de celui de Corté et du centre de Vîie. A l'est, au nord

et au sud une foule de montagnes moins élevées couvertes d'une voûte de verdure, celle des châtaigniers, et parsemées de villages perchés au sommet de chaque mamelon.

Le lendemain de mon arrivée, je fus éveillé avant six heures par un grand brouhaha de voix. En regardant au dehors, je vis une foule de paysans endimanchés, hommes et femmes, se promenant audessous de ma fenêtre. Je m'habillai et en descendant je demandai à un membre de la famille de mon hôte la cause de ce rassemblement. On me dit que c'étaient des paysans des environs qui, ayant entendu dire que le docteur était arrivé la veille de Bastia, étaient venus lui demander des conseils. Quand il arriva pour déjeuner, il me dit qu'il avait été occupé avec eux depuis six heures. Quelques mots de conseil ou de consolation leur suffisaient, me dit-il ; néanmoins, malgré son désir d'être utile à ses compatriotes, leur extrême confiance était une épreuve pénible. Aussitôt qu'il arrivait de Bastia, ils accouraient en foule des villages voisins, assiégeaient la maison, l'accablaient par leur nombre, et l'obligeaient souvent de s'en retourner en toute hâte à Bastia. L'explication, toutefois, de cette poursuite amicale se présentait à moi dans le caractère philanthropique et dans la réputation du docteur.

Le curé et le maire d'Orezza dînèrent avec nous. Je fus charmé de leurs manières cordiales et simples, et de leur connaissance approfondie de l'hisloire politique de l'Europe. Ils montrèrent un grand intérêt dans tout ce qui se rattachait à l'Angleterre.

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