‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 37 sur 102 · LE PAYS D'OREZZA · texte numérisé non relu

LE PAYS D'OREZZA

Ceci, me dit mon hôte, s'expliquait par les incidents qui signalèrent, en Corse, la fin du siècle dernier. Comme je l'ai dit, pendant leurs dernièresluttes, sous leur chef célèbre Paoli,. de 1794 à 1796, les Corses eurent la sympathie et l'aide de l'Angleterre. Aussi dans cette région, la dernière à succomber aux armes de la France, on trouve encore un sentiment de reconnaissance envers l'Angleterre pour l'aide donnée dans ces moments d'angoisse extrême, quoique cette aide fût peu de chose. Dans ce temps-là l'Angleterre avait à lutter avec beauçoup d'ennemis puissants; aussi, quoique la nation répondit avec enthousiasme à l'appel des patriotes corses combattant pour « la liberté, » elle ne put les secourir d'une manière efficace. Plusieurs membres de la famille de mon hôte restèrent dans le régiment anglais des chasseurs corses, longtemps après l'annexion.

En somme, le pays montagneux d'Orezza est pittoresque et charmant à un suprême degré ; la «ource est précieuse, certainement la plus forte en fer et la plus agréable à boire des eaux ferrugineuses de l'Europe; les habitants sont serviables •et aimables, et l'accès du pays par Bastia est trèsfacile. Aussi eaux dont l'état réclame une cure ferrugineuse, même les gens du Nord, pourraient y passer avec avantage les premiers mois.de l'été, mai, juin. Pour les convalescents du midi de l'Europe, de Palerme, Naples, Rome, qui remontent au Nord, un séjour h Orezza au printemps serait une ressource très-précieuse. Il faut espérer que la Compagnie qui a pris la source sous son égide, améliorera l'hôtel et les logements, et fera d'Orezza une

station hydro-thermale méditerranéenne favorite. J'y ai envoyé plusieurs amis et malades, dans ces dernières années, qui s'en sont très-bien trouvés, et qui m ont parlé avec enthousiasme de leur séjour dans ce beau pays, de la cordiale simplicité de ses habitants et du bien que la cure, aidée de l'air de la montagne, leur a fait.

Lors de notre retour à Bastia nous fûmes plusieurs fois arrêtés par des « malades » qui nous attendaient sur le bord de la route émaillée de cyclamens pourpres, et de blanche asphodèle. Ils avaient entendu dire que le docteur avait été vu en route pour Orezza, et attendaient son retour. Un cas me frappa beaucoup, je me le rappellerai toujours. Un pauvre jeune homme, pâle et maigre, était assis au bord de la route, sur une chaise, entouré de parents et d'amis. On nous fit signe de nous arrêter, nous descendîmes et le cas fut examiné avec soin. Le malade nous montra son genou, qui avait trois fois le volume naturel, et portait \eh indices d'une maladie grave, d'une désorganisation complète de l'articulation. Le docteur Manfredi secoua la tête et lui dit : « Mon pauvre ami, la maladie est trop avancée, tout traitement serait inutile ; pour sauver la vie, il faut sacrifier votre jambe ; venez à mon hôpital et je vous donnerai un lit. » Les lèvres blanches du pauvre garçon tremblèrent et il eut à peine la force de répondre « Je viendrai. » Nous remontâmes sur notre carriole, le laissant assis sur sa chaise au milieu de ses amis sympathiques. J'appris plus tard qu'il entra à l'hôpital, subit l'amputation, regagna la santé, et se porte maintenant tout à fait bien,

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