LA MALARIA EN CORSE
siques sous l'influence desquelles ces fièvres se manifestent dans la Corse.
En allant de Bastia à Orezza et en revenant, nous passâmes à côté d'une grande lagune ou étang nommé Biguglia, à travers une région réputée une des plus malsaines de la Corse par suite de la malaria si redoutée en été et en automne, mais à la fin d'avril la malaria n'existait pas encore et le pays était sain. La plaine, couverte d'herbe et de plantes fourragères, était si souriante, si riante, ressemblait tellement à une prairie de la Normandie, qu'il était difficile d'admettre qu'elle pût être une des régions les plus pestilentielles de l'île, une région que tout le monde fuyait en été et en automne. 11 en est cependant ainsi, et un voyageur qui ne fait que la traverser pourrait conclure que le pays est insalubre en remarquant le manque de fermes, et l'absence complète d'habitations et de villages.
Sur le flanc des montagnes à l'ouest à quelques kilomètres de la mer, à une élévation de 400 ou de 500 mètres, il y a toutefois, comme partout en Corse, de nombreux villages. On les construit invariablement à cette élévation, pour préserver les habitations de la malaria de la plaine. Les propriétaires des plaines qui s'étendent entre la base des montagnes et la mer descendent cultiver le sol le. matin, et remontent le soir dans leurs villages alpestres, au-dessus du rayon maladif.
Les principaux travaux agricoles dans les plaines de la côte orientale de Bastia à Bonifacio se font par des émigrés venus du territoire de Lucca, sur la terre ferme. Ils arrivent en novembre, travaillent à
la terre pendant les mois d'hiver, quand la malaria sommeille, et retournent à leurs montagnes à la fin d'avril ou au commencement de juin. Ils reviennent ainsi à leurs villages avec quelque argent, produit de leur travail de l'hiver, mais aussi souvent avec le germe de maladies fatales. La moisson des céréales se fait, en juin, et, quand elle est achevée, on abandonne les plaines à la nature, jusqu'à ce que l'automne ramènela saison froide, et les rende saines ou moins maladives.
La chaleur de l'été est très-intense en Corse ; partout où l'eau s'épanche en hiver à la surface de la terre, et y stagne, même quand elle disparaît complètement à la vue, il s'ensuit des exhalations qui produisent des fièvres. Il est certain aussi qu'un simple refroidissement, que le simple abaissement de la température qui a lieu la nuit, après les grandes chaleurs de la journée, si on y est exposé, peut produire ces mêmes fièvres d'accès.
Plus au sud il y a d'autres plaines encore plus malsaines, plus ravagées par les fièvres paludéennes que celle de Biguglia, surtout celle d'Aleria, autrefois ville et colonie romaine. Sans doute dans ces temps-là quand les plaines elles-mêmes étaient habitées et le siège de colonies importantes, il devait y avoir un système de drainage général et des travaux sanitaires importants qui, combinés avec le bienêtre matériel, préservaient en grande partie les habitants des atteintes de ces fièvres. On peut le présumer du reste, car en Corse et partout ailleurs dans la Méditerranée, quand on draine le sol et que le bien-être matériel des habitants s'élève, la fièvre