‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 57 sur 102 · D'AJACCIO A VICO · texte numérisé non relu

D'AJACCIO A VICO

Je fis avec des amis une excursion si agréable à Vico, que le souvenir m'en restera toujours. La route d'Ajaccio à Vico est admirable, d'un pittoresque grandiose. En quittant la ville, elle monte, en serpentant, les flancs d'un des éperons granitiques qui viennent de la cbaîne centrale, jusqu'cà lîne élévation de cinq à six cents mètres, et puis elle descend de même dans la belle et fertile vallée de Liamone. Cette vallée est fermée à l'est par la grande montagne, couverte d'arbres, à l'ouest par la mer, au nord et au sud par les contre-forts qui la forment. Cette large vallée, souriante et paisible, m'apparut comme une révélation de l'état social, de ses habitants dans le passé, et de ceux des nombreuses vallées analogues qui se trouvent sur la côte occidentale de la Corse.

Avant l'ouverture de la grande route sur laquelle nous voyagions, ceux qui habitaient ces vallées devaient être séparés en quelque sorte du monde entier, même du petit monde corse. Ils n'avaient guère que la mer capricieuse comme moyen de communication facile avec les autres parties de la Corse. Renfermés dans leurs vallées, les insulaires devaient néessairement se suffire à eux-mêmes, et transmettre à leurs descendants, de siècle en siècle, les mêmes idées, les mômes coutumes et les mômes mœurs. Aussi, le temps se passait, les siècles s'écoulaient, sans modifier en aucune façon les sentiments nationaux, le caractère national.

Dans un coin de cette charmante vallée, sur un promontoire qui s'avance dans la mer, à son extrémité nord-ouest, il y a un petit village appelé

Cargèse, dont Thistoire donne un exemple frappant de ces faits. Au quatorzième siècle, plusieurs centaines de Grecs, fuyant la tyrannie des pachas turcs, y débarquèrent, et reçurent un accueil amical de la part des Corses, amoureux eux-mêmes de là liberté, et sympathiques pour les opprimés. On leur permit de fonder une colonie , dans cette région écartée, et cette colonie existe aujourd'hui avec tous ses caractères nationaux. Les habitants de Cargèse sont Grecs aujourd'hui comme leurs ancêtres l'étaient il y a près de cinq siècles. Ils ont conservé la religion, la langue, le costume, les mœurs de la Grèce, et ne se sont pas mêlés à la population qui les entoure. C'est un village de l'Attique perdu dans un coin reculé de la Corse.

A Vico, qui, quoique décorée du nom de ville, • n'est qu'une bourgade dans la montagne, nous fûmes bien reçus dans une petite auberge. La domestique qui nous servait, une jolie fille de dix-sept ans, avait une physionomie tout à fait grecque. En l'interrogeant sur son lieu de naissance, elle nous . dit qu'elle venait en effet de Cargèse. Je lui demandai si elle avait l'intention de se marier à Yico, à quoi elle me répondit, en souriant, que ses compatriotes n'épousaient pas des Corses, et que, quand il s'agirait de se marier, il faudrait qu'elle retournât

à Cargèse. .

Nous avions des dames avec nous, qui lurenl très- gracieusement et cordialement reçues et traitées par les habitants de Vico. On proposa une excursion en pique-nique dans la forêt, qui fut acceptée avec acclamation. Une vingtaine de jeunes

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