‹ La Corse et la Sardigne [electronic resource]Chapitre 94 sur 102 · IGLESIAS. — LE CHÂTEAU FORT · texte numérisé non relu

IGLESIAS. — LE CHÂTEAU FORT

Je trouvai une auberge, primitive, comme partout, mais passable, tenu par un Napolitain, et occupant le second étage d'une maison dans la rue principale. Mais j'avais une lettre d'introduction pour un compatriote, qui était à la tête de plusieurs mines, et il insista pour que je vinsse m'établir chez lui. Mon nouvel ami avait reçu avis de ma visite, et avait organisé une excursion dans la montagne que j'acceptai avec joie. Comme il n'y avait pas de route carrossable pour arriver aux mines que nous devions visiter, seulement des sentiers pour les chevaux, et comme on y trouve très-peu de provisions de bouche, mon aimable hôte devait envoyer en avant le nécessaire. Pendant qu'il s'occupait à tout préparer pour notre bien-être futur, j'employai l'intervalle à examiner Iglesias et le pays àTentour.

La ville d'Iglesias a dû autrefois être une ville d'une certaine importance, dominant les plaines au-dessus desquelles elle est placée, à une élévation de deux cents mètres, et fermant l'entrée des montagnes dont elle était pour ainsi dire la clef. On y voit encore les ruines d'un grand château, qui a dû être très-fort. Il occupe un plateau d'une assez grande étendue au-dessus delà ville, qu'il menaçait. Jusqu'à une époque toute récente il n'y avait pas de routes pour pénétrer dans les montagnes, maintenant il y en a plusieurs de très-bonnes, construites pour l'exploitation des mines et des forêts. Il s'en construit d'autres tous les jours dans le' même but ; toutes partent d'Iglesias ou y aboutissent.

Les alentours d'Iglesias sont très-frais, verdoyants, fertiles, ou du moins l'étaient au moment de ma visite à la fin d'avril. Il y a beaucoup de vergers remplis d'arbres à fruits : oliviers, amandiers, pêchers, figuiers, vignes, et quelques petits orangers dans des endroits bien abrités. Je trouvai aussi de charmantes promenades, sur les flancs de la montagne dans des sentiers auxquels les haies d'opuntia donnaient une physionomie étrange et trèsméridionale ; je me rappellerai toujours un de ces sentiers. Il avait à peu près trois mètres. de large, et était bordé de chaque côté d'une haie de figuiers de Barbarie, assez épaisse pour que l'on ne pût voir à travers, assez élevée pour que l'on ne vît que des arbres derrière, et serpentant sur les flancs d'une colline tapissée de gazon. Au milieu des rameaux grotesques des opuntia il y avait un fouillis de plantes grimpantes de cinquante espèces difl'érentes, s'entrelaçant amoureusement entre elles de mille manières, remplissant tous les coins et les recoins, et prêtant à la ramification bizarre des opuntia le charme de leur beauté et de leur floraison.

Ainsi j'y remarquai le liseron, la clématite, la salsepareille, la bryone, le chèvrefeuille, le convolvulus, des pois à vives couleurs, l'asperge, la bourrache, la ciguë, la fumeterre, l'euphorbia, la moutarde, le réséda sauvage, le chrysanthème des blés, le chardon bigarré, la pariétaire, la ferula aspera, le mouron; tous en fleur. Il n'y avait pas une feuille

de lierre; je présume que la cause en était la nature schistique du terrain, sans élément calcaire.

Cet élément semble nécessaire à l'existence du

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