ROUTES FORESTIÈRES
toujours compter sur eux, et les mettre en avant au moment du danger.
L'étendue de plus en plus considérable des terres cultivées, à mesure que nous nous approchions des montagnes à l'ouest, démontra que nous étions dans le voisinage d'un centre d'activité et de civilisation. En effet Iglesias, située à l'entrée delà région montagneuse où se trouvent les mines, a toute l'apparence de la prospérité qui se rattache à un centre d'affaires important. Comme je l'ai déjà dit, une foule de mines ont été ouvertes depuis une dizaine d'années par des compagnies de diverses nationalités, italienne, française, allemande, anglaise, pour l'extraction des minerais de plomb argentifère, et de calamine ou carbonate de zinc. Beaucoup d'autres ont été concédées et doivent être ouvertes incessamment. Plusieurs de ces compagnies ont de cinq à douze cents ouvriers et leurs mines donnent de très-beaux résultats.
Les minerais de plomb et de zinc sont le plus souvent assez faciles à trouver et à travailler dans cette partie delà Sardaigne, à cause de leur position, La masse des montagnes est formée de schistes siluriens, sur lesquels se trouvent des rochers calcaires secondaires. C'est au point de contact que se trouvent les minerais, et dans beaucoup de cas il suffit, pour les exploiter, de percer le flanc de la montagne à ce point de contact. Les anciens Romains connaissaient les richesses minérales de la Sardaigne, et on trouve les traces de leurs travaux dans beaucoup d'endroits, tant dans les montagnes qui avoisinent Iglesias que dans le nord et l'ouest de l'île.
Aussi beaucoup d'exploitations minières se sont établies, dans ces derniers temps, dans ces régions.
Il y a d'autres compagnies formées pour l'exploitation des forêts. Comme la houille manque en Sardaigne, les travaux des mines se font presque exclusivement au moyen de charbon de bois, ce qui nécessite des coupes considérables, et des routes dans les endroits les plus reculés, pour alimenter les insatiables besoins des fourneaux. Aussi ces forêts, quoique belles et vastes, sont très-menacées dans un avenir peri lointian.
Gomme Iglesias est le centre, le point de départ et d'arrivée de presque toute l'activité minière et forestière de la région sud-ouest, elle fournit à tous les besoins matériels de la vie des milliers d'ouvriers qui y travaillent; aussi elle se développe comme une ville d'Amérique. On voit de chaque côté de nouvelles rues, de nouvelles maisons. Les boutiques sont nombreuses et bien garnies, et la population semble bien nourrie, saine et joyeuse. Par sa position elle est presqu'en dehors de l'influence de la malaria, et l'hiver doit y être frais et sain, à en juger par les roses sur les joues des enfants et des femmes. Ces dernières avaient des allures franches, aisées, décidées, qui montraient qu'elles étaient en communication journalière avec la population màle autour d'elles. Elles ne sont nullement timides et vous regardent en face, tandis que dans le nord, et dans les petites villes, elles ont des manières semi-orientales, détournent les yeux quand on les regarde, et se voilent la bouche et la partie inférieure de la Agure comme en Orient.