‹ La Corse et son avenirChapitre 1 sur 256 · HENRI PLON, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

HENRI PLON, ÉDITEUR

8, RUE GARANClÈRE

L'auteur et 1’édilour se réservent le droit de traduction 4 l'étranger

A M. CONNEAU

PREMIER MÉDECIN DE SR MAJESTÉ l'kMPEREUR, DÉPUTÉ DU DÉPARTEMENT DE LA SOMME ET MEMBRE DU CONSEIL GÉNÉRAL DÉ LA CORSE.

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Monsieur ,

Je venais d’achever ce travail, fruit de longues veilles et de patientes recherches, et je me demandais à quelle notabilité il fallait en offrir la dédicace. Votre nom s'est naturellement présenté à moi. Vous n’êles pas né en Corse, mais vous êtes intimement allié à l’une de nos bonnes familles. Vous avez témoigné tant d’intérêt à cette île trop méconnue, quelle vous compte actuellement au nombre des membres de son conseil général.

La Corse a honoré en vous non- seulement l’homme dévoué, V éminent praticien, mais encore F ami de l’Empereur. Votre influence contribuera à appeler F attention de Sa Majesté sur le berceau de ses ancêtres. Si, comme l’a annoncé M. Ch. Abbatucci, dans sa dernière allocution au Conseil général de la Corse, F Empereur réalise le projet qu'il a formé de visiter cette île en même

temps que l'Algérie, vous en serez heureux, comme tous les enfants de la Corse ; car alors. Monsieur, la régénération de notre patrie sera certaine.

Cette régénération ne saurait être que l’œuvre du temps ; mais fai la conviction que vous y travaillerez puissamment, et que vous voudrez bien seconder les vues que j'expose dans l’ouvrage auquel vous avez accordé votre approbation.

Agréez, Monsieur, l’assurance de ma considération distinguée et de mon dévouement sincère.

Votre humble et obéissant serviteur,

J. df. la Rocca.

Paris, lo 10 mars 1857.

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Le caractère dé l’époque moderne , c’est le développement pacifique des sciences, des lettres, des arts, de l’agriculture, du commerce et de l’industrie. Les peuples peuvent être un moment distraits par le bruit des combats et par le cliquetis des armes; les révolutions politiques peuvent modifier les institutions; mais, au milieu des changements qui s’opèrent, les nations, malgré les événements qui les détournent, marchent invariablement dans la voie des progrès positifs et matériels. — Ce n’est plus vers la stratégie militaire, mais vers les combinaisons sociales et commerciales que penchent les gouvernements. Le règne de l’épée n’est plus de notre temps. La guerre n’est plus qu’un moyen d’arriver le plus promptement possible à la paix et d’en tirer les fécondes déductions. — Les hommes, au lieu de rechercher des conquêtes territoriales ou

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de se perdre dans les abstractions philosophiques, trouvent plus sage , plus utile et plus prudent d’améliorer leur bien-être moral et matériel en perfectionnant tous les éléments civilisateurs. — Plus de batailles, plus de dissensions; toutes les forces vives de l’esprit humain sont tendues, et le seront plus encore par la suite, vers les transformations réelles et pratiques.

Le savant, infatigable dans ses investigations, crée sans cesse des moyens d’action plus puissants sur la nature. — L’industrie et le commerce s’étendent; l’agriculture, trop longtemps dédaignée, grandit par l’application des plus hautes conceptions de l’intelligence.

La France est à la tête de ce grand mouvement, dont elle a pris l’initiative. — Elle donne aux gouvernements et aux peuples l’exemple de ce travail qui relève les États en les rendant riches et prospères. — Ce n’est pas seulement dans son sein qu’elle s’efforce de réaliser le progrès au prix de sacrifices énormes; elle a fondé des colonies au développement desquelles elle se voue avec ardeur. Déjà l’Algérie est presque une nation ; les regards du gouvernement se sont fixés tour à tour sur Cayenne, sur Taïti , sur lès îles Marquises, sur la Nouvelle- Calédonie. — Mais tandis qu’on va chercher si loin

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un sol fertile à défricher, des richesses à mettre eu valeur, n’est-il pas à propos de rappeler qu’on pourrait utiliser, à moins de frais et avec plus de certitude de succès * les immenses ressources du pays? Pourquoi n’élèverions -nous pas la voix pour faire connaître qu’il y a en Corse une vaste perspective d’avenir ouverte au savant, à l’artiste, au commerçant, au spéculateur, à l’agriculteur, à l’industriel? Pourquoi ne ferions-nous pas connaître ce qu’a été la Corse, ce qu’elle est, ce quelle peut devenir?

Né et élevé dans celte île, animé à la fois du patriotisme local et du patriotisme général , du patriotisme corse et du patriotisme français, car la Corse , c’est la France , nous avons conçu la pensée d’être en même temps utile à la France et à la Corse. — Notre département, le plus vaste de tous, est le moins connu, le moins cultivé et le plus pauvre. Quel beau succès si nous parvenions à attirer sur lui l’attention des continentaux., qui ne le connaissent qu’imparfaitement!

Ce n’est pas qu’on manque d’ouvrages sur la Corse; on verra, par la bibliographie que nous publions à la lin de ce volume , que le nombre en est considérable; mais, à part de rares exceptions, tous sont plus ou moins inexacts. Les mœurs de la

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population y sont dépeintes sous le jourje plus faux ; les ressources du pays sont appréciées d’une manière insuffisante; souvent même les détails les plus simples, tels que les distances kilométriques d’un lieu à un autre, sont mal indiqués.

Pour nous , nous ne craignons pas de tomber dans ces erreurs; maintes fois nous avons parcouru la Corse; nous avons gravi ses montagnes, pénétré dans scs forêts profondes, visité ses moindres localités. Les observations que nous avons faites sur les lieux mêmes , nous les avons complétées par l’étude , et nous avons appelé à notre aide les lumières de la statistique. — Nous avons consulté non-seulement les livres et les documents, mais encore tous les hommes spéciaux qui s’étaient occupés de la question , et qui pouvaient nous guider sûrement dans la carrière. — Ainsi nous pouvons dire , sans manquer aux règles les plus étroites de la modestie , que nous sommes maître de notre sujet ; que nous l’avons approfondi , envisagé sous toutes ses faces. — Aucun point ne nous a échappé. — Nous examinons successivement le passé, le présent, l’avenir de la Corse, en ce qui concerne l’agriculture, l’industrie, le commerce, les routes, les ports, les institutions à créer et à développer, etc. Sans avoir la prétention d’égaler quelques-uns de

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nos prédécesseurs par l’élégance duïtyle et l’élévation des aperçus, nous avons la conviction d’avoir fait une œuvre plus complète, et, nous osons le dire , la seule complète.

Destinant notre ouvrage à toutes les classes de la population, nous nops sommes permis d’y introduire des notions générales sur la culture des céréales, de la vigne, du mûrier, sur l’élève du bétail, sur l’horticulture, etc. Ces connaissances élémentaires , assez répandues dans le centre de la France, manquent, nous le disons avec regret, à la plupart de nos concitoyens de la Corse. Nous ne pouvions avoir la prétention de faire des traités étendus; mais notre patriotisme et notre sincère désir d’étre utile nous imposaient le devoir de donner au moins un aperçu de toutes les méthodes dont l’application peut contribuer à la prospérité de notre pays.

Certes notre entreprise est louable, et nous espérons qu’elle nous méritera les encouragements, les suffrages do tous les hommes éclairés. — Nous nous proposons de fixer les regards des capitalistes du continent sur notre beau pays, dont les incalculables ressources n’ont jamais été convenablement exploitées. — Nous nous efforcerons de donner des notions aussi exactes que possible sur une contrée

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qui a produit une race héroïque de vrais patriotes , et de retracer un tableau fidèle des révolutions qu’elle a éprouvées.

La Corse a des trésors qui peuvent l’enrichir et enrichir en même temps la patrie. — Qui ne comprend qu’il est juste de plaider la cause de la Corse, liée à la France à plus d’un titre? Notre tentative a pour but et aura peut-être pour résultat d’attacher à la cause future de notre île tous les hommes sérieusement préoccüpés des intérêts nationaux.

Jean de la ROCCA.

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