INTRODUCTION
La Corse, celte île qui de tout temps sut mériter I’estinpe des nations, a suivi lentement le cours des progrès. Son sort a été cruel ; mais elle a grandi aux yeux du monde entier à l’ombre même de l’adversité et du malheur.
Toujours en lutte , les Corses sont restés pour ainsi dire stationnaires, ont applaudi sans les accepter à toutes ces grandes innovations qui transformaient le continent français, en le civilisant par l’instruction et le travail.
Mais s’ils se sont contentés des trésors que la nature s’est plu à verser sur les flancs de leurs montagnes, ils ont montré dès les temps les plus reculés qu’ils savaient du moins manier le fer pour faire respecter leur nationalité, arroser le sol de leur sang pour vaincre l’oppression , reconquérir leur indépendance , secouer le joug des agresseurs qui tour à tour ravageaient leurs plus belles contrées en leur infligeant la plus dure des servitudes.
Ils ont lutté pendant des siècles; les peuples et les
rois , les historiens et les philosophes ont proclamé hien haut leur mâle patriotisme. Ils ont combattu; ils ont été vaincus et vainqueurs, opprimés et libres; mais si la fortune leur a été quelquefois contraire ; si le bon droit, la justice et la sainteté de la cause qu’ils défendaient ont quelquefois courbé la tète devant le sort implacable, leur courage ne s’çst jamais affaissé sous les coups d’un malheur momentané , car il se révélait avec une nouvelle puissance au signal de la révolte *.
Quel peuple en Europe a eu autant d’ennemis à combattre, autant d’oppresseurs à étouffer, autant de despotes à terrasser, autant de lois à abroger? Romains, Carthaginois, Sarrasins, Pisans, Espagnols, Turcs, Génois, Anglais, Allemands, Français, tous à des époques diverses ont dirigé leurs armes corltre l’antique Cyrnos. Tous ont voulu la frapper au cœur, mais elle faisait éclater, malgré sa faiblesse, le cri de liberté qui a toujours trouvé un écho dans le cœur des patriotes corses. Des soulèvements s’organisaient de tous côtés contre ceux qui venaient impunément attaquer leur nationalité et leur dignité d’hommes libres.
Petite par le nombre , mais forte et grande par les sentiments patriotiques, par la conviction, l’enthousiasme et la valeureuse adresse de ses enfants, la Corse essuya des revers déchirants, mais étonna l’Europe par sa constance , sa bravoure et son héroïsme.
u Une nation pusillanime , dit quelque part Albert Maurih, un peuple lâche et énervé eût disparu dans
1 ■ Questo regno, dîce Cambiaggi, «tante la zantaggiosa sua situazione, e stantc il carattere d'una nobile fierezza, e corraggio, onde in ogni tempo i suoi abilanti si son distinti, e stato sempre un oggetto importante per molle nazioni, che successivamente l'hanno acquistata c perduta. » ( Istoria di Cortica, p. 2.)