‹ La Corse et son avenirChapitre 104 sur 256 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

deviennent à la fois le principe et l’encouragement. Rien n’engage plus à la production que la sûreté d’un bon débouché j or, il n’existait en Corse, avant mon arrivée , que deux petits tours à fourneau dans le vil* lage de Luri, au cap Corse. Les deux propriétaires, d’abord associés, achetaient les cocons de l’ilc à un prix tellement bas (de 50 à 75 centimes le demi-kilog. ), que l’éducation était onéreuse ; plus tard, en se séparant, ils payèrent ces cocons 2 francs 40 centimes le kilog. lis ne pouvaient pas aller au delà parce que leurs procédés de fabrication étaient tellement arriérés, qu’ils ne leur permettaient pas de faire des produits de bonne qualité, bien vendables. Le prix de la soie grége peut varier du simple au quadruple, et en temps ordinaire depuis 35 francs le kilo jusqu’à 140 francs ; il y a donc avantage à ce qu’on recueille une assez grande quantité de cocons pour qu’on puisse faire les frais d’un établissement bien organisé, indépendamment de toutes les économies qu’on trouve dans un travail fait sur une plus grande échelle.

C’est là le but que je me suis proposé en créant mon établissement, et les propriétaires des tours du cap Corse ont si bien compris qu’ils ne pouvaient pas lutter avec mor pour le prix que je pouvais donner des cocons, qu’ils ont cessé leur travail et ont acheté les cocons du cap Corse pour ma fabrique. Le résultat pour les producteurs a été que je leur ai payé de suite les cocons un prix raisonnable, en leur promettant de les leur payer encore plus cher s’ils les faisaient meilleurs. La concurrence est telle aujourd’hui, que ce n’est que par la supériorité du travail que l’on peut y trouver du bénéfice, et pour cela il faut de grandes connaissances

LA C' RSK KT SÛX AVKXIR.

pratiques et une bien vigilante administration. I.’nn des plus grands inconvénients de cette industrie est, en outre , dans l’importance des capitaux qu’il faut hasarder à chaque campagne, dans l’incertitude des prix qui sc feront plus tard, sans parler encore des frais d'installation jetés à la grosse aventure, surtout quand on commence dans un pays nouveau.

Mon établissement est une filature à la vapeur sur le modèle de Gensoul ; j’ai commencé avec six tours, j’en fais marcher en ce moment vingt-huit, et je vais en porter incessamment le nombre à quarante-huit. La vapeur ne sert que comme générateur pour chauffer les bassines, mais je vais l’utiliser aussi comme moteur. Il y a une femme par tour, et comme je n’ai pas pu trouver toutes les ouvrières dans le pays, je les ai fait venir en majeure partie du continent français et italien ; je forme toujours des apprenties du pays dans une assez forte proportion avec le nombre des ouvrières, et j’espère n’employer l’aunée prochaine que des ouvrières corses.

Je n’aurais pu donner à ma fabrique la petite importance qu’elle a ni celle que je compte lui donner encore, si je n’avais fait venir de l’étranger un supplément de matières premières afin d’améliorer les conditions de ma fabrique. Je compte y renoncer l’année prochaine.

Je puis affirmer que mes produits rivalisent à Paris avec ceux des meilleures fabriques de France, et que j’établis à l’avance une bonne réputation à mes futurs concurrents ou successeurs.

Weibebt.

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