CHAPITRE DOUZIEME
vaisseaux. Malheureusement on ne trouve plus qu’avec de grandes difficultés, dans les forêts du Nord, des arbres qui remplissent toutes les conditions qu’on exige pour faire un màt de hune. Pour en acquérir un Irès-pelit nombre , il faut consentir à admettre en même temps en recette beaucoup de mâts moins précieux , dont nous possédons déjà de fortes quantités.
v A défaut de bois du Nord, il nous a fallu, dans ces derniers temps, recourir aux pins du Canada, dont la qualité est fort inférieure et qui n’ont pas , à beaucoup près, la même durée. Celte nécessité vraiment fâcheuse est également subie par l’Angleterre et par les autres puissances maritimes. Mais, dira-t-on, pourquoi ne pas recourir aux forêts de la Corse? Ces forêts produisent en effet du bois dont la qualité est bonne, quoique inférieure à celle du pin de Riga, et malgré leur plus grande pesanteur spécifique. Mais tant que de nouvelles routes n’auront pas été ouvertes en Corse, tant que l’accès des forêts de l’île ne sera pas plus facile, les transports de ces bois en rendront le prix excessif lorsqu’ils seront parvenus sur le continent. »
11 est donc constant que c’est le manque de routes qui a été la véritable cause de l’abandon des bois des forêts de la Corse.
«Il y a en Corse 100,000 hectares de bois, disait M. le ministre des finances ( Monitetir du 20 juillet 1839), mais l’absence de roules et de moyens de transport a empêché jusqu’à présent le gouvernement d’en tirer aucun produit. Longtemps les forêts de la Corse ont été abandonnées à la marine ; et quand la marine faisait ses calculs, il en ressortait qu’un arbre lui serait revenu à 900 francs ou 1,000 francs. »
Ce motif d’exclusion n’existera plus prochainement, car le gouvernement a compris l’importance de la richesse forestière de la Corse , et a adopté des plans d’exécution propres à activer le progrès à cet égard. Un décret du 28 mars 1852 a commencé par mettre fin à toutes les contestations relatives aux forêts de la Corse. Un autre décret, du 1er avril 1854, a prescrit l’ouverture de nouvelles routes forestières.
Par le tableau que nous allons dresser ici, il sera facile de se rendre un compte exact de l’état des forêts au 30 juin 1848. Ce tableau, qui contient les noms, la contenance en hectares, la situation, l’essence, la distance et l’état des routes de chaque forêt, nous a paru grandement utile. On sera, par ce moyen, suffisamment renseigné sur cette importante matière.
Au chapitre des routes , nous dresserons un autre tableau sur l’état des routes forestières de la Corse en 1856. On jugera donc des progrès accomplis et de ce qui reste à faire.