‹ La Corse et son avenirChapitre 127 sur 256 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

et aux compagnies. L’absence et le mauvais état des roules en étaient la cause; car, partout, les transports par terre se faisaient difficilement et coûtaient horriblement cher. C’est sans doute pour cette raison que les bois du Nord ont eu jusqu’à présent la préférence.

Nous savons qu’en 1818 et 1820 l’administration maritime fit une rude école, et nous ne serions pas étonné qu’elle gardât rancune au bois de l’ile de Corse des 108 francs qu’elle payait alors pour le transport du mètre cube de Vizzavona à la mer.

Mais, dit M. Clem dans son rapport au ministre de la marine :

«Comparera-t-on la Corse d’alors à celle d’aujourd’hui? Ce serait nier l’évidence. Maintenant de nombreuses routes forestières, tracées avec le soin et l’intelligence que l’administration des ponts et chaussées apporte aux travaux qui lui sont confiés, traversent ou traverseront bientôt les principales vallées forestières, et permettront d’amener sans peine les bois aux ports d’embarquement où elles aboutissent. Les prix de transport qui, actuellement déjà, ne dépassent pas 0 franc 30 par kilomètre et par mètre cube pour des pièces de 0 mètre 40 d’équarrissage et de 15 à 17 mètres de longueur, ne dépasseront jamais le double pour les bois du plus fort équarrissage. Or, si on suppose la distance moyenne des forêts à la mer de 60 kilomètres, ce qui est fort exagéré , il s’ensuit que le transport ne s’élèvera pas à plus de 36 francs par mètre cube, ou 400 francs environ pour un mât de 28 palmes.

» Reste maintenant la main-d’œuvre. Son prix dépasse-t-il de beaucoup celui qui est accepté en France? Non; et si maintenant il paraît un peu fort, il ne faut

pas aller en chercher la cause autre part que dans l’absence de l’emploi des agents mécaniques, soit dans le débit des bois, soit dans le chargement et le déchargement, lorsque ces agents remplaceraient avec tant d’avantage la force humaine. On objectera que les pays où se produisent les pièces de marine sont encore sous le poids de l’esclavage ou du servage , que dès lors le travail est peu rétribué, que les transports se font en temps de neige, etc. Les faits différents qui peuvent résulter de ces diverses situations sociales ou économiques ne sont pas tels qu’il y ait lieu d’en tenir compte, quand il s’agit de pièces qui ont une valeur de 2,000 à 2,500 et même 3,000 francs l’une.

» De ce qui précède que résulte-t-il, ou plutôt que nous paraît-il résulter clairement? C’est que s’il n’existait aucun autre motif d’exclusion pour le lariccio, la Corse devrait pouvoir, dès aujourd’hui, regarder ses bois comme occupant dans nos chantiers la place qui leur est due. »

Dans le rapport sur le matériel de la marine , présénlé en 1838 à M. le vice-amiral Rosamel, par M. le baron Tupinier, on lit également les passages suivants: «Les bois de mâture figurent en première ligne par les matières qu’il faut absolument tirer de l’étranger, et dont la difficulté des communications pourrait rendre le transport impossible en temps de guerre. Il est, par conséquent, très-essentiel de profiter des années de paix pour réunir dans nos ports de grandes quantités de ces bois. Sous ce rapport, notre situation est bonne, et pour la rendre parfaite il suffirait d’ajouter à ce que nous possédons de mâts bruts quelques pièces de fortes dimensions, propres à servir de mâts de hune à des

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