CHAPITRE QUATORZIÈME
cacilé ; mais malheureusement cette renommée ne s’étend pas encore au delà de nos frontières.
De nos jours pourtant, tout Je monde voyage, tout le monde fuit la ville , toutes les familles aisées vont aux champs chercher le grand air et la santé pendant la saison chaude. Vers le milieu de mai, la haute aristocratie commence à parler de départ , de voyages , de visites aux eaux minérales , de séjour dans ses terres. Elle y trouve à la fois les salons de la grande capitale , les charmes de la mer et des montagnes.
Depuis que le transport rapide des voies ferrées a réduit et rapproché les distances, en même temps qu’il a beaucoup diminué et la fatigue du chemin et les dépenses du confortable nécessaire , les promenades aux eaux, les excursions, les visites aux plages maritimes, sont devenues fort à la mode; ceux qui passent la saison de l’été dans les villes n’appartiennent guère au monde du haut étage.
On a fini par comprendre d’ailleurs que, pour former l’esprit des jeunes gens des deux sexes, rien n’est plus utile que des excursions un peu étendues, telles que le parcours des beaux sites qui bordent le Rhin , une visite aux belles montagnes de la Suisse ou une promenade vers la côte maritime de France jusqu’à l’Espagne.
Les paysages de la Corse, riches d’une si grande variété d’arbres et de sites gracieux, seraient, étant mieux connus, des promenades qui ne le céderaient en rien aux excursions les plus pittoresques , surtout à une époque où le goût des arts et du dessin a fait d’immenses progrès dans toutes les classes de la société, et a puissamment contribué à faire mieux apprécier les beautés de la nature.
« Si nous n’avions qu’à exprimer ici , dit Malle-Brun , » loulc notre pensée sur ce département de la France , s nous croirions ne pas sortir de la vérité en disant » que ce noble pays mérite d’être visité, parcouru et » étudié dans tous les sens. 11 intéresse à tous les points » de vue ; l’imagination aussi bien que l’intelligence » ne pourraient que se plaire dans celle ile immortelle » par ses grands hommes, remarquable par son his- » toirc nationale et le caractère original de ses habi- » tanls, frappant à l’égal de la Suisse, pour le moins, » par la nature grandiose qui règne en souveraine, n
Quel est celui qui n’est jaloux de visiter les alentours de Bonnes, de Cauterets, de Ludion, de Bigorre, de Saint-Sauveur, de Baréges et de Vornet? Quel est celui qui ne désire profiler des plaisirs séduisants, des charmes délicieux de ces contrées ou l’on trouve la santé et la gaieté ? Quel est celui enfin qui ne rêve un voyage vers ces parages euchanleurs où le corps se retrempe des fatigues du joug social, où l’esprit se délasse et s’embellit , et où le cœur respire à son aise et jouit en silence, sans tourmente, des douceurs de la vie champêtre? Partout on voyage, partout on va aux eaux, et chacun est jaloux de parcourir les parages d’Italie, d’Allemagne, de Suisse, d'Espagne et de Grèce.
Mais taudis qu’on ne craint pas de franchir des distances énormes pour explorer le littoral de la Méditerranée ou de l’Atlantique , tandis qu’on ahorde des rivages lointains pour admirer la beauté d’un paysage ou le ravissant spectacle d’un site, la Corse héroïque, la Corse avec ses montagnes superbes, ses forêts séculaires, ses vallées fraîches et riantes, la Corse avec son beau ciel, la douceur de son climat, l'abondance et la