CHAPITRE QUATORZIÈME
seulement ces caractères sont surtout très-prononcés dans celles d’Orezza.
» Mais ce qui appartient en propre à ces eaux, et les rend surtout précieuses pour la Corse, c’est qu’elles constituent un puissant antidote contre l’empoisonnement miasmatique que produisent les émanations des marais. On sait en effet qu’une partie du littoral de l’île et quelques localités de l’intérieur sont infectées par des miasmes d’une grande malignité. Il en résulte des fièvres périodiques plus ou moins dangereuses, qui déterminent souvent de graves altérations vers les viscères de l’abdomen, spécialement le foie et la rate. On reconnaît ces malades à la couleur mate et plombée de leur visage, à la bouffissure œdémateuse des membres, à l’augmentation du volume du ventre, quelquefois à l’ascite, à leur démarche pénible et lente, puis enfin à une extrême prostration physique et morale.
» Les eaux d’Orezza, pourvu qu’il n’y ait point encore d’organes profondément compromis, produisent en peu de jours une modification des plus salutaires, etmème, si l’on en continue quelque temps l’usage, un retour complet à la santé. Nous ne connaissons, sous ce rapport, aucune eau du continent, excepté peut-être Carlsbad et Montecatini, qui leur soient comparables. La saison thermale commence vers le 10 juin et se termine dans la dernière quinzaine d’août.
.» Orezza , comme source gazeuse et ferrugineuse , est une eau sans rivale. »
Voici un certificat touchant l’efficacité de cette eau :
«Je soussigné, professeur agrégé de la Faculté de « médecine de Paris, ancien médecin principal des i> armées et professeur au Val-dc-Grâce , membre de la
» Légion d’honneur, certifie que l’eau d’Orezza m’a » rendu les plus grands services dans le traitement de » la dyspepsie en général. Elle est très-efficace contre » la gastralgie , et agit souvent avec une promptitude » surprenante pour réveiller l’appétit. Je suis fondé en » outre à la recommander à titre de précieux adjuvant » dans le traitement de la chlorose et de l’anémie. On » ne peut pas en continuer l’usage indéfiniment, et il » faut suspendre de temps à autre pour le reprendre » selon le besoin.
n Marchai., de Calvi. »
Nous croyons donc qu’il est suffisamment établi que ces eaux jouissent à juste titre d’une grande réputation d’efficacité. 11 nous reste à dire que cette eau précieuse 1 est appelée, aussi bien que les eaux de Guagno, à attirer, dans un avenir prochain, de nombreux baigneurs du continent français. Mais, pourquoi ne le dirions-nous pas? cet heureux résultat ne pourra être atteint que le jour où une compagnie française exploitera ces eaux avec de puissants moyens d’action.
La compagnie qui s’emparerait à la fois des bains de Guagno et des eaux acidulés d’Orezza, pour leur donner un grand développement et les exploiter sur une large échelle, se présenterait, d’après nous, dans les meilleures conditions possibles de réussite, et pourrait être sûre à l’avance d’embrasser une entreprise riche en résultats heureux, à laquelle s’associeraient par le coeur tous les habitants de la Corse. La campagne d’Orezza est sans contredit des pins ravissantes, le
1 On en vend i\ raison de un franc la bouteille dans toutes les bonnes pharmacies de Paris.
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climat est doux et des plus salutaires, les promenades à travers les belles forêts de châtaigniers qui couronnent ces lieux sont superbes et pittoresques. Que les capitalistes se décident donc à tirer parti de ces avantages rares.
Bains de Puzzichello.
Les eaux de Puzzichello, situées dans un vallon, non loin du chemin de ceinture qui longe la côte orientale de la Corse , sont très-efficaces et ont été fréquentées par de nombreux baigneurs dès la plus haute antiquité. Les sources sont au nombre de deux et jaillissent du pied d’une colline située du côté de la mer, à une petite distance d’AIeria : de là des conditions de salubrité laissant malheureusement beaucoup à désirer.
Dans le principe il y avait à Puzzichello peu de confortable ; à peine remarquait-on quelques piscines mal conditionnées où on se baignait pêle-mêle, et quelques misérables tentes couvertes de broussailles. Depuis 184Q les choses ont changé. M. Philippini, propriétaire de ces eaux, a fait construire un établissement thermal qui ne manque pas d’avoir une certaine élégance ; il se compose de dix-sept baignoires.
A peu de distance de cet établissement on remarque, au delà d’un ruisseau qui se jette dans le Tagnone, un magnifique édifice qu’habitent les baigneurs.
Ces deux établissements sont entourés de beaux jardins, de belles plantations qui récréent d’autant plus la vue, que la plaine environnante offre le triste spectacle d’une vaste plage déserte, sans habitation ni culture.
« Il y a, dit M. James, deux sources principales.
On est averti de leur nature sulfureuse par l’odeur caractéristique qu’elles répandent au loin. Elles sont voisines l’une de l’autre, toutes deux froides à 14 degrés centigrades; leur saveur est styptique. L’une de ces sources a une limpidité parfaite, l’autre offre une teinte un peu grisâtre par suite de quelques flocons sulfureux qu’elle tient en suspension.
» D’après la remarquable analyse de M. Loetscher, professeur à l’école Paoli , ces eaux contiennent par litre 0 gramme 0473 de gaz sulfhydrique, quelques sels à base de soude et de magnésie, et une matière bitumineuse particulière ; elles laissent dégager au griffon de l’acide carbonique et du protocarburc d’hydrogène ; enfin elles seraient riches en barégine. Cette eau parait douée d’une grande énergie. Bue à la dose de plusieurs verres, elle éveille l’appétit, produit une sensation agréable de chaleur qui se répand vers toute la périphérie du corps, accélère le mouvement du sang et augmente les sécrétions.
» Chez quelques malades, elle purge légèrement dans les premiers jours ; chez presque tous , elle ne tarde pas à congestionner les plexus veineux du rectum, on même à provoquer un flux hémorrhoïdal. Puzzichello n’est pas sans quelque analogie avec Schinznaeh.
» Puzzichello jouit d’une grande efficacité dans le traitement de la plupart des maladies cutanées, surtout quand elles s’accompagnent d’ulcérations aloniqucs et serpigineuses.
» On a vu également à Puzzichello des goutteux qui se sont trouvés à merveille de ces eaux.
» Elles favorisent la disparition des tophus et rendent les attaques plus rares et moins douloureuses.