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CHAPITRE QUINZIÈME

ÉTAT ACTUEL DE L'iNDUSTRIE EN CORSE. — QUELQUES IDÉES GÉNÉRALES ET IMMENSE PROC, RÉS A RÉALISER.

Ktat actuel de l’industrie.

Robiquet a dit avec raison que l’agriculture était la grande manufacture pour toutes les nations, et qu’elle absorberait pendant longtemps encore presque tous les capitaux dont la Corse pourra disposer. Cependant quelques efforts industriels ont été tentés, surtout pendant ces dernières années, mais sur une échelle réduite.

On ne peut plus dire aujourd’hui avec l’abbé Gaudin:

« Aucun village ne possède aucun des arts de première nécessité; on n’y trouve ni forgerons, ni maréchaux, ni charpentiers, ni aucun de ces ateliers qui s’offrent dans toutes nos campagnes; « car on rencontre partout des meuniers, des boulangers, des forgerons, des serruriers, des maçons, des charpentiers, des cordonniers, des tailleurs, des modistes, des chapeliers, des selliers, des tapissiers, des teinturiers, des horlogers , etc. , etc.

Métallurgie. L’industrie métallurgique est en progrès. Les deux hauts fourneaux de Toga, situés près

CH.1P1TRE (QUINZIÈME, de Bastia, el à peu de distance de l’ilc d’Elbe, d’où l’on extrait le minerai, produisent chacun plus de 0,000 kilogrammes de fonte par jour, et rapportent un bénéfice qui dépasse actuellement 100,000 francs par mois. Leurs fers peuvent rivaliser avec ceux de Suède pour la fabrication des aciers fondus.

Encouragés par ce succès, les fondateurs de ces vastes usines, MM. Jackson frères, Petin-Gaudel et C", vont établir à Ajaccio une sorte de succursale, qui s’élèvera bientôt sans doute au niveau des deux établissements primitifs.

« La consistance de la nouvelle usine comprendra :

» 1” Deux hauts fourneaux au charbon de bois;

» 2° Dix feux d’affineric au charbon de bois ;

» 3° Un four à réchaulfer;

» 4° Et les appareils accessoires, fours à griller, à chauffer l’air, etc.

» La force motrice de l’usine sera fournie par des machines à vapeur. Le combustible sera le charbon des bois de la Corse ; la consommation annuelle approximative sera de douze à treize mille tonnes. Les minerais seront tirés de la côte d’Afrique, de l’île d’Elbe et des points de la Corse où l’on pourra s’en procurer. «

Il a existé en Corse, pour la fabrication du fer, onze usines dont voici les noms : Casaconi , Murato, San- Pelegrino ou Fiumalto, Casalta, Orezza, Padulella, Bueatoyo, Saint-Biaise, Chialra, Alesani, Moi ta. Toutes étaient situées dans l’arrondissement de Bastia, et disparurent les unes après les autres , à l’exception de quatre. Celles-ci travaillent pendant huit mois de l’année, du commencement d’octobre à la fin de juin, et chacune d’elles produit en moyenne 300 quintaux

métriques de fer. Tout le minerai employé par ces usines est tiré de l’ile d’Elbe; il donne GO pour 100 de fer. « Ce fer, dit M. Sagcy, est excellent. Sans être malléable comme celui de Suède, il est ductile et trèsnerveux ; il se forge très-bien à chaud et à froid et se laisse percer sans se gercer; employé pour le ferrage des chevaux, il dure au moins deux fois autant que le fer qui vient du dehors de l’ile. On le préfère aussi pour les outils d’agriculture , mais il est peu propre aux ouvrages de serrurerie ; il est en grosses barres, et aurait besoin d’être travaillé au martinet pour satisfaire aux diverses demandes de l’industrie. »

La prospérité de la compagnie Jakson a éveillé l’attention d’autres métallurgistes, et une usine semblable à celle de Toga a été construite à la Solenzara, point de la côte est, situé à proximité d’une région forestière qui offre de grandes ressources en combustible.

Cette vaste usine , dont la construction a absorbé 800,000 francs, promet de gros bénéfices aux actionnaires. Elle sera en outre un élément puissant de civilisation pour la Corse en général et pour la côte est particulièrement, qui est, comme nous l’avons constaté , déserte et dépourvue de mouvement. Sous ce rapport, cette nouvelle création offre plus d’utilité que celle de Toga.

Puisque les tentatives de la compagnie Jakson ont été couronnées d’un plein succès au grand avantage de l’industrie nationale, nous pouvons prévoir à l’avance quels seront les immenses résultats qu’obtiendra la nouvelle société ; celle-ci se présente sous les meilleurs auspices, elle se trouve surtout dans d’excellentes conditions d’avenir.

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Dirigée parties mains habiles, elle ne sera ni moins heureuse ni moins prospère que la société Jakson.

Qu’il nous soit permis, à nous qui voulons le bienêtre de notre pays , de rendre hommage à l’initiative intelligente de M. Paganelli, de Zicavo (banquier).

Grâce à son patriotisme, à son activité, à ses ressources financières, la Corse voit dans sa personne un de ses enfants les plus dévoués. Déjà cette île retire lç fruit de ce dévouement qu’on ne saurait trop louer ; certes, si nous devons en juger par les projets qui sont à l’étude et qui préoccupent M. Paganelli, nous pouvons assurer que de plus beaux jours luiront encore pour la Corse.

Que M. Paganelli reçoive ici nos félicitations. La Corse, qui n’oublie jamais les bienfaits, lui est reconnaissante du bien qu’il lui fait.

L’exploitation des mines a fait depuis quelques années un petit progrès. Celles de Castifao et de Linquizzetta ont été l’objet de travaux assez importants. Nous savons que pour l’exploitation de la première on a déjà ouvert quatre galeries, dont la plus forte a quatre mètres de développement. Ces travaux ont amené la découverte d’un filon de pyrite de cuivre ayant 1 mètre 50 de puissance.

Au moment où nous écrivons plusieurs demandes en .concession de mines ont été faites. Nous trouvons dans Je journal de la Corse ( numéro du 30 décembre 1856) les avis administratifs suivants :

« l°Par pétition régulière en date du 22 février 1856, les sieurs Ponte (Philippe), Rousseau (Pierre) cl Filippi (Constantin), domiciliés à Ajaccio, ont formé la demande en concession de mines de charbon minéral

LA CQKSK ET SU.V AVKMK.

situées sur Je lerritoire des communes d’Eiisa cl Ota, arrondissement d’Ajaccio, et de celles de Calacuccia, Alberlaece, Casamaccioli, Corscia et Lozzi, arrondissement de Corte ;

» 2° Par pétition régulière en date du 9 mars 1855, le sieur Agostini (Pascal), docteur en médecine, a formé la demande en concession de mines de plomb argentifère situées sur le territoire des communes de Calenzana et Moncale, arrondissement de Calvi, et de celles de Calacuccia, Albertacce, Casamaccioli, Corscia et Lozzi, arrondissement de Corte ;

» 3" Par pétition régulière, eu date des 5 janvier, 6 février et 20 juin 1855, le sieur Piccioni (Jean) a formé la demande en concession de mines de plomb argentifères situées sur le lerritoire des communes de Calenzana et Moncale , etc. , etc. »

Une société en commandite exploite depuis le mois de- juin 185G la mine de mercure située daus la ville même d’Ajaccio. Nous n’osons pas nous prononcer encore sur la valeur de cette mine ; on nous assure cependant que jusqu’à présent les recherches ont abouti à des résultats peu satisfaisants. Les travaux viennent d’étre suspendus.

Marbrerie. Les marbres de la Corse ont été admirés k l’exposition universelle de 1855, leur mérite a été proclamé, et aujourd’hui il est suffisamment prouvé que les richesses minéralogiques de cette contrée sont réellement remarquables et d’une valeur incontestable.

Depuis plusieurs années il s’est formé une société pour l’exploitation des carrières de marbre situées dans l’arrondissement de Corte. Cette société se trouve dans de bonnes conditions de prospérité; elle inspire

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