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CHAPITRE QUINZIÈME

Les préjugés qui s’élevaient contre la Corse n’ont plus aucune raison d’être, puisque le banditisme est complètement détruit; mais une difficulté d’un ordre matériel a entravé les tentatives qui ont été faites depuis 1830. Les routes manquaient ou elles étaient imparfaitement entretenues. Nous croyons cependant qu’elles auraient suffi pour certaines exploitations si les compagnies ne s’étaient rebutées trop facilement ou si elles avaient été conduites avec plus d’intelligence et de moralité.

En présence des trésors que la nature avait prodigués à notre île, les fondateurs des compagnies se sont figuré qu’ils allaient réaliser sans travail d’immenses bénéfices. Ils se sont partagé les dépouilles opimes avant d’avoir vaincu. Des sociétés se sont constituées avec une administration ruineuse, avec des frais énormes de directeur, sous-directeur, employés, etc. La bureaucratie a absorbé une grande partie de leur capital, et les caisses étaient à moitié vides lorsqu’on a songé enfin au principal but de l’entreprise.

Nous citerons pour exemple la compagnie du Mi- (jliacciaro , qui se proposait le défrichement d’une grande partie des terrains de la plaine orientale. Elle entretenait une véritable armée d’employés ; elle avait

« parmi les départements où les crimes sont le plus nombreux la Seine

> et la Corse, placés à une si grande distance sur l’échelle de la civili-

> salion ! Il est vrai que dans la Seine nous rencontrons surtout des crimes i contre les propriétés , tandis que dans la Corse ce sont les crimes contre i les personnes. — \ous devons de plus faire remarquer que, propor- • tionnellcment , la Corse a gagne quelque peu en 18.35. Depuis nombre » d’années , elle venait ordinairement en seconde ligue pour le nombre » des crimes. Cette année elle a remonté quant au niveau moral, gricc

> aux mesures qui ont eu pour but d'assurer dans cette île la sécurité i publique et l’action des lois. > (Henri Cauvaiu , le Constitutionnel, numéro du 21 février 1857.)

construit des fermes sur une vaste échelle, planté douze mille mûriers ; niais elle ne s’était nullement occupée des moyens de triompher du seul obstacle qui s’oppose à l’exploitation de ce sol fertile, l’insalubrité. Faute d’études préliminaires, malgré les conseils des hommes expérimentés, la compagnie du Migliacciaro s’csl lancée aveuglément dans des opérations qui ne pouvaient être suivies d’aucun succès, parce qu’elle n’avait pas tenu compte de la condition sine qua non de son établissement.

La compagnie normande qui voulait exploiter en 1840 les belles forêts de Pietraggio, Clarezza, Poggiolo, Guagno, arriva avec un matériel immense. Elle avait amené des charrettes, des chevaux de forte race ; mais les uns et les autres restèrent inutiles, et pourquoi? parce que la compagnie normande avait oublié l’essentiel , chose incroyable ! Elle n’avait pas acheté un seul arbre. Plusieurs mois s’écoulèrent avant qu’elle eût passé des contrats avec les propriétaires, qui, la voyant prise au dépourvu, profitèrent naturellement de leur position , sans toutefois en abuser. Après d’infructueux efforts , la compagnie , obérée par de folles dépenses , dut abandonner ses scieries et ses constructions.

Nous pourrions parler encore de la culture des tabacs à Ajaccio. La compagnie qui l’avait entreprise fut compromise par des dilapidations. Forcée de renqncer à son exploitation , elle se retira en déclarant dans un rapport qu’il n’y avait rien à faire en Corse.

Eh bien , nous soutenons le contraire ! Sans doute , en Corse comme eu France , tous les spéculateurs ne réussissent pas. On sait que sur le continent le nombre des faillites et même des banqueroutes n’a pas rnalhcu-

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