‹ La Corse et son avenirChapitre 194 sur 256 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

peut le crédit sur l’avenir d’un pays ? L’Ecosse est , comme on sait , dans des conditions climatériques cl météorologiques beaucoup plus défavorables qu’aucun autre pays de notre zone tempérée. Là les habitants étaient plongés dans le dernier degré de la misère ; mais aujourd’hui, grâce à une rare aptitude à comprendre les notions utiles et à se les assimiler, grâce aux sages doctrines de Smith, le crédit est implanté en Ecosse, il y est propagé, et ce peuple, jadis dépourvu de tout, a déjà accompli sa régénération, et nous prouve, dans la marche qu’il suit, l'importance qu’il ajoute à l’application , à la mise en pratique de ces doclriues.

Les institutions de crédit sont donc des agents puissants de richesse et de prospérité. Elles ont été le signal d’une révolution pacifique, et ont élevé peu à peu la civilisation européenne sur un sommet d’où elle contemple avec orgueil les progrès des nations, d’où elle applaudit aux vastes conceptions de l’intelligence et aux heureuses applications de ces inventions qui tiennent du prodige, enfantent des merveilles, et honorent les sociétés de notre temps.

C’est le progrès de la civilisation qui nous donne la mesure exacte du progrès de l’agriculture, de l’industrie et du commerce ; donc :

Là où la civilisation est peu avancée , là aussi , et par une conséquence inévitable , les trois éléments qui concourent au bien-être matériel et moral des peuples nous offrent le triste spectacle d’une médiocrité désastreuse.

Mais si c’est le progrès de la civilisation qui donne la juste mesure du progrès de l’agriculture, de l’industrie et du commerce , c’est aussi , et principalement , l’argent qui active l’essor de la civilisation , et la pousse

vers le but d’où elle domine et commande en souveraine.

On a dit que l’argent est le nerf de la guerre ; mais il l’est aussi de l’agriculture, avec la différence que la guerre appauvrit les empires et que l’agriculture en est la véritable richesse.

Que peut-on faire sans argent?... Rien. C’est avec de l’argent qu’on fait respecter les droits sacrés des nations , c’est avec de l’argent qu’on exécute d’immenses projets d’utilité publique, c’est avec de l’argent que l’industrie étale à nos yeux ce qu’elle crée de plus beau et de plus merveilleux , c’est avec de l’argent, et toujours de l’argent, que le commerce grandit sans cesse, c’est enfin ce métal qui donne une vive impulsion à tout : sans lui, il n’y a pas de travail, partant pas de produits; sans lui, la terre rapporte peu, l’industrie est paralysée dans sa base et le commerce est mort; sans lui, en un mot, la barbarie se tient encore debout, et défie d’un air moqueur la civilisation qui s’approche et n’ose avancer.

En Corse , il y a peu d’argent et peu de crédit; aussi tout souffre, tout est arriéré, tout marche lentement, les campagnes languissent dans les vieilles ornières de la routine, et les propriétaires sont livrés à la rapacité de quelques usuriers qui ne considèrent ni la solvabilité ni la probité des personnes honorables que la situation accidentelle de leurs entreprises place dans la dure nécessité de recourir à des fonds étrangers. Il n’est pas difficile de rencontrer en Corse des prêteurs assez cupides pour ne pas craindre de demander huit, neuf, dix, douze pour cent de l’argent qu’ils prêtent. Quelle industrie pourrait supporter une pareille charge? Et

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