CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
cependant les besoins sont souvent si urgents, que les propriétaires se voient obligés de se soumettre à celte rapacité. Comme on sait, les usuriers sont toujours sans pitié : si le débiteur leur fait éprouver le moindre retard, il est aussitôt cité en justice, poursuivi, saisi, exproprié, et, pis encore, décrié, parce qu’une récolte aura trahi ses espérances et qu’il aura élé dans la pénible nécessité de demander une prolongation de délai.
C’est ainsi que les créances de ces lâches usuriers s’accroissent en peu de temps d’intérêts comptés cher et de frais de justice exorbitants; mais c’est ainsi également que l’avenir de la propriété est en péril, que les populations sont pauvres, et que le progrès est peu sensible.
Est-il possible que le gouvernement ne soit pas instruit de tant de choses qu’il lui importe de connaître? et s’il les connaît, comment pourrait-il ne pas recourir à de bons moyens pour y remédier?... a Les questions » decrédit, dit Louis Jourdan, ont acquis une si grande » importance, qu’elles sont devenues des questions poli- » tiques de premier ordre. Le gouvernement qui négli- » gérait ces questions serait aussi coupable que s’il » négligeait d’assurer le maintien de sa dignité et de » sa prépondérance au dehors. »
La même plaie a frappé pendant bieu des années l’Algérie, également en bulle à l’usure , au manque de capitaux et de crédit. Mais quand le gouvernement a voulu faire de l’Afrique une puissante colonie , il a commencé par encourager la création de plusieurs banques ; et aujourd’hui, grâce à d’autres faveurs dont elle a été l’objet, celle contrée devient de plus en plus riche.
Pourquoi le même sort ne serait-il pas réservé à la
Corse?... Elle aussi serait capable d’une haute prospérité agricole; car elle aussi produirait du colon, du tabac, des cannes h sucre, de l’indigo, de la cochenille, du riz, etc. Aurait-elle, par hasard, moins de droit à la reconnaissance de la France et de son gouvernement? Assurément non. Pour quels motifs donc ne la doterait-on pas des mêmes institutions qui fonctionnent depuis quelques années à Alger et à Oran?
Dans un rapport présenté à l'Empereur sur la situation de l’Algérie , S. E. le ministre de la guerre s’exprime ainsi :
« Sire,
« J’ai passé en revue les différentes sources de la richesse agricole , industrielle et commerciale de l’Algérie. Mieux connues, mieux appréciées en France, elles eussent sans doute appelé dans notre colonie plus de bras, plus de capitaux; mais la vérité finira par se faire jour; mon département ne néglige aucun moyen de la mettre en lumière.
» La banque d’Alger, créée en exécution de la loi du 14 août 1851, a commencé h fonctionner le 1" novembre suivant avec un capital de 1 ,250,000 francs.
» Justement frappée des résultats qu’on a obtenus, Votre Majesté a autorisé, en 1853, la création à Oran d’une succursale de la banque d’Alger, et il n’est pas douteux que cette institution ne rende dans la province de l’ouest des services analogues à ceux que la banque d’Alger rend chaque jour dans la province du centre, n
A notre tour nous disons (mais avec une grande différence d’autorité ) :