CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
Le nombre des phares sera ainsi porté à 9, dont 5 de première classe et 4de quatrième ordre. Ces phares sont tous en parfait état d’entretien, à l’exception de celui de Bastia, qui sera reconstruit sur la nouvelle jetée une fois que celle-ci sera achevée.
Arsenal militaire.
Est -il nécessaire que la France possède dans la Méditerranée une succursale de Toulon?
L’affirmative ne nous paraît pas douteuse. Comme l’ont prouvé les événements qui se sont accomplis à la fin du siècle dernier, Toulon peut être pris ou livré. Il n’est pas situé de manière à se prêter au transport immédiat d’une flotte sur un point quelconque du littoral de la péninsule italienne. Il est insuffisant pour assurer à la marine française la prépondérance qui doit lui appartenir dans la Méditerranée, et que pourrait lui disputer un jour une nation dont nous sommes actuellement rapprochés.
Toulon avec ses immenses arsenaux a pu répondre pendant longtemps à toutes les exigences militaires; mais une colonie puissante, dont le territoire dépasse en grandeur celui de la France, accroît démesurément l’étendue des côtes que nous avons à garder. Des puissances rivales, avec lesquelles nous entretenons de bonnes relations, peuvent nous devenir hostiles; cl dans ce cas il nous faudrait défendre non-seulement la France continentale, non-seulement la Corse, mais encore ces possessions d’Afrique qui sont acquises au prix de tant do sacrifices de foule espèce.
Que de fois n’a-l-on pas répété que si la guerre éclatait il faudrait se hâter de rappeler notre armée de l’Algérie, où elle mourrait de faim ! Il se passe peu de mois sans que les journaux anglais fassent entendre qu’au premier coup de canon les flottes de l’Angleterre viendraient bloquer tous nos ports d’Afrique et couper toute communication entre la France et sa belle colonie. Bien que ces deux assertions soient également erronées, elles trouvent créauce dans beaucoup d’esprits trompés par les souvenirs confus d’une ancienne lutte.
«La France, a dit Hippolyle Lamarche ', veut l’Algérie , parce qu’elle sent que là est l’indemnité des pertes que nous ont imposées le traité honteux de 1763, les traités malheureux de 1815. » L’Algérie , pour nous, c’est l’Ile-de-France, c’est le Canada, c’est l’Egypte, c’est la frontière du Rhin. Il y a cela de providentiel dans notre conquête africaine, qu’elle nous oblige à développer notre établissement naval sans diminuer notre armée, et qu’elle tient en échec la tendance manifeste de certains esprits à amoindrir l’un ou l’autre, peut-être l’un et l’autre, des éléments de notre puissance militaire. Il se peut que la France n’ait pas d’abord bien nettement compris ces vérités. Chez les peuples, les idées demeurent confuses parmi les sentiments jusqu’à ce qu’une voix amie les dégage par une formule, et que pour les mettre à exécution des hommes se présentent armés de ce trident qui seul peut commander aux flots humains : la passion, l’idée, l’action. 11 importe de montrer à la France que ce
1 t’oir son mémoire ayant pour titre : C Algérie, ton injluence sur les destinées de la France et de l'Europe, adressé à Mil. Guizot et Tbiers.
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qu’elle a voulu s’accomplira, à la conditon de le vouloir toujours et de ne pas se refuser à elle-même le moyen d’atteindre le but marqué.
Qui dit grande colonie profère un non-sens , si par ces mots il n’entend pas grande marine.
S’il est urgent d’établir une succursale de Toulon , où pourrait-elle être placée ?
Évidemment c’est en Corse, au centre de la Méditerranée, en face de Toulon, à proximité de toutes les côtes sur lesquelles on peut être appelé à opérer un débarquement.
Un arsenal militaire en Corse serait pour la France ce qu’est Malte pour l’Angleterre.
Celte dernière l’avait compris, et aussitôt après s’être emparée de la Corse, en 1793 et 1814, elle avait jeté les bases d’un arsenal militaire à Ajaccio. Mais est-ce bien à Ajaccio qu’on doit le créer? Nous ne le pensons pas. Nous avons apprécié toutes les ressources qu’otfre le port d’Ajaccio, et nous croyons qu’on peut les utiliser plus avantageusement par la création d’un vaste arsenal maritime industriel. Cet arsenal en exclut un autre , et c’est ailleurs qu’il faut reporter nos vues pour assurer le progrès sur tous les points.
On a proposé, comme nous avons dit plus haut, Porto-Vecchio. Ce port, qui est en effet un des plus beaux de la Corse et du monde, est destiné à acquérir une grande importance; elle sera plutôt commerciale que militaire et politique. Dès qu’on aura assaini la plaine orientale, dont les richesses agricoles sont inépuisables, dès que l’exploitaliou des forêts voisines s’elfectuera en grand, Porto-Vecchio prendra naturellement de l’extension ; mais ce port est éloigné, de
Toulon, et dans un moment donne les flottes qui y seraient réunies exerceraient difficilement une action commune avec celles qui partiraient du continent.
La situation la plus favorable à l’établissement d’un arsenal militaire nous paraît être Saint-Florent , où se sont concentrées jadis toutes les expéditions dirigées contre la Corse par les Génois.
Des 1553, le maréchal de Thermes y avait fait construire une forteresse qui fut en état, l’année suivante, d’opposer aux Génois une sérieuse résistance.
Napoléon I" avait compris, mais trop tard, l’importance stratégique de Saint-Florent, a C’est, disait-il à Sainte-Hélène , une des situations les plus heureuses que je connaisse; elle touche à la France, elle confine à l’Italie; ses atterrages sont sûrs, commodes, et peuvent recevoir des flottes considérables; j’en eusse fait une ville grande et belle qui eût servi de capitale; je l’eusse déclarée place forte ; elle eût eu constamment des vaisseaux en station. »
L’autorité de cet homme de génie, mûri par l’expérience ét par le malheur, est décisive dans cette question. D’aulrfes ont dit après lui : uLa position de Saint-Florent est une des plus belles et des plus avantageuses qu’il soit possible d’imaginer. » Le port, qui ne sert jusqu’à présent qu’à des barques de pêcheurs ou à des chasse-marées destinés à transporter les riches produits du canton, est susceptible de recevoir les vaisseaux du plus fort tonnage et du plus haut bord.
Le vaste golfe au fond duquel est situé Saint-Florent serait aisément rendu imprenable avec quelques travaux de fortification et quelques batteries établies sur les falaises escarpées qui le dominent.