CHAPITRE VINGTIÈME
les Lucquois, qui font en Corse des émigrations périodiques, et qui n’hésiteraient pas à aller plus loin si, transportés facilement, ils avaient la perspective de rencontrer sur le sol algérien des avantages assurés.
Le second projet, qui est de M. Grandchand, partirait de rile-Rousse, et aboutirait egalement à Porto- Vecchio. C’est donc le point de départ qui seul différerait du plan de M. Conti ; l’un et l’autre seraient avantageux, et nous avons la confiance , surtout aujourd’hui que l’électricité franchit les revers des montagnes de la Corse, que le gouvernement les fera étudier tous deux avec l’attention qu’ils méritent.
Qu’on nous permette cependant une observation. Ces deux projets augmenteront infailliblement l’importance industrielle et commerciale de Bastia, dont le port deviendra insuffisant. Une annexe s’offre à nous; c’est l’étang de Biguglia, port creusé par «la nature, et que la main des hommes rendrait aisément accessible aux plus grands navires. II est à quelques kilomètres de Bastia, et pourrait être relié à cette ville par un chemin de fer.
Service de bateaux à vapeur et cabotage.
En nous occupant des moyens de transport , nous ne saurions passer sous silence le service des bateaux à vapeur.
Pendant longtemps il a laissé beaucoup à désirer. La Corse a été ensuite desservie par les bâtiments de l’Etat, et nous devons dire qu’à cette époque les communications étaient aussi promptes que régulières. La
compagnie Valéry, qui depuis 1850 a eu la concession de cette ligne, a fait regretter aux voyageurs les attentions, les soins, le confortable, qu’ils trouvaient à bord des bateaux à vapeur du gouvernement. -
Le service est ainsi réglé :
Départ de Marseille : le vendredi pour Ajaccio , le dimanche pour Calvi, et le mardi pour Bastia.
Départ d’Ajaccio : pour Marseille le mardi , de Calvi le mercredi, de Bastia le jeudi.
Ce service suffit dans les circonstances actuelles, et nous ne demanderons pas, comme d’autres auteurs, des départs quotidiens. Le nombre de ceux que leurs affaires ou leurs plaisirs appellent en Corse s’accroîtra, nous n’en doutons pas; mais il est maintenant trop minime pour que nous réclamions l’extension de ces voies de communication. Nous désirons seulement qu’elles soient améliorées. En ce moment, les dépêches arrivent tardivement, surtout pendant l’hiver. Les voyageurs de la ligne de Marseille à Ajaccio et Calvi comptent sur vingtquatre heures de traversée , et en mettent quelquefois trente, trente-six ou même quarante-huit. Nous pouvons en parler par expérience, puisque nous n’avons pas mis nous-même moins de trois jours pour nous rendre d’Ajaccio à Marseille. Quoique le temps fut favorable , le mauvais état des machines du Bastia nous a forcé à relâcher à Porquerollc, pour atterrir enfin à Toulon.
Cette situation ne saurait durer, et nous la signalons au gouvernement.
Quant à la ligne de Marseille à Bastia et Livourne , elle est parfaitement servie, et les bateaux à vapeur sont en bon état. Les voyageurs n’ont qu’à se louer de la régularité avec laquelle ce service est organisé.