‹ La Corse et son avenirChapitre 39 sur 256 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

il est simple et intelligent comme l’Italien. Il conçoit rapidement, combine avec adresse, et marche vers son but avec une hardiesse extraordinaire. Il est circonspect comme le Grec, fougueux comme l’Africain, aventureux et mobile comme le Français ; ardent dans toutes ses affections , il n’oublie ni l’injure ni le bienfait; avide enfin de gloire et des honneurs , les conditions serviles répugnent à son orgueil et à sa fierté.

Le sentiment de l’hospitalité est un nouveau trait de ressemblance que les Corses ont avec les anciens. 11 est impossible de voyager dans l’intérieur de l’ile sans remarquer le respect que l’on a pour les étrangers, et sans recevoir partout le plus gracieux accueil. « II serait dif- » fieile de rendre tout ce qu’il y a d’obligeant, de cordial » et même quelquefois de magnifique dans l’hospitalité » qu’exercent les Corses qui jouissent d’une certaine » aisance. Les personnes chez lesquelles on doit des- » cendre aiment assez à être averties d’avance ; le maître » de la maison vient alors à cheval à environ une lieue n au-devant de vous, et semble flatté de la préférence; » car il y a souvent entre plusieurs habitants des pré- » tentions à recevoir l’étranger. En arrivant, on trouve » un repas copieux. La meilleure chambre, le meilleur » lit sont réservés à l’étranger; l’hôte l’y accompagne » pour voir s’il ne manque rien , et se croit obligé de n se confondre en excuses de ne pouvoir faire mieux. » Le lendemain matin, autre repas avant le départ; on k vous remet ensuite des lettres pour des amis, qui d vous procureront d’aussi bons gîtes ; le maître de la ■n maison, le fils ou le gendre vous escortent à cheval, » souvent jusqu’à votre prochaine destination. Si le » voyage de la journée doit se faire par mer, la barque

» sera garnie d’un matelas, de coussins, de couvertures, » et surtout des inévitables provisions, dont toute la » maison s’est occupée de grand matin. Qu’il y a loin » des dîners priés et des soirées du grand monde à » cette active et cordiale hospitalité!» (Valéry, Voyage en Corse j in-8°, 1837).

«Les Corses, dit également Malte-Brun, sont dé- » \Toués jusqu’à la mort quand ils aiment; ils sont géné- » reux , francs et plus fidèles à leur promesse qu’on ne » l’est ailleurs à la foi du serment. Ils pratiquent l’hos- » pitalité avec une affabilité de manières qui jure avec » leur physionomie farouche. Il n’y a pas de peuple au » monde- où l’on soit plus doux et plus aimable pour » son hôte. »

L’inviolable fidélité et la soumission absolue de la femme à son mari, l’union des membres de la même famille cimentée par l’instinct de la défense, nous rapprochent encore et des Germains de Tacite et des vieux clans de l’Ecosse.

La poésie se mêle à nos superstitions mêmes, qui ont au moins l’avantage de rappeler les beaux vers de Perse et de Juvénal. Elle anime surtout nos cérémonies funéraires , qui ressemblent si fort à celles des Grecs modernes par ces chants d'adieu ou lamenti que des femmes viennent improviser autour de la couche des morts qu’on expose sur la place publique '.

Pour le continental qui n’a jamais vu, en fait de paysannes, que les honnêtes mais prosaïques créatures du Limousin ou de la Beauce, rien n’est plus curieux à étudier que la paysanne corse *. A chacun de ces

1 Cet usage n'existe plus dans les principales villes du littoral.

a Et puis, dit encore Malte-Brun, quelle poésie dans leurs voceri.

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