‹ La Corse et son avenirChapitre 38 sur 256 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

On a beaucoup parlé des haines et des rivalités qui existent en Corse, et malheureusement on n’a en rien exagéré leurs détestables résultats. On ne saurait trop s’élever contre ces mauvaises coutumes, qui remontent à la barbarie et entravent la civilisation. Quand donc sera-t-on unis, et n’aura-t-on à combattre que les ennemis de la France ? Et s’il y a parmi les habitants quelque rivalité, qu’elle soit l’effet d’une louable ambition. Ce sera alors une généreuse émulation , une lutte loyale. On n’emploiera pas, pour faire triompher une candidature, des artifices peu honorables. Ce sera dans les élections, dans tous les concours, un conflit d’intérêt et de valeur personnelle, et non une bataille de partis. On ne s’abandonnera plus aux sourdes colères, et on ne méditera plus dans l’ombre la perte et la ruine d’une maison. Alors la Corse sera digne du progrès ; ses mœurs s’adouciront, et cette île, si favorisée par la nature , prendra une physionomie de prospérité et de bien-être dont jouissent les pays où l’union des hommes, l’action libre et concentrée des forces, travaillent au développement de la production intellectuelle et matérielle.

Le gouvernement de l’empereur devra en conséquence intervenir dans ces jalousies ; définir et délimiter l’autorité des chefs , de manière à neutraliser leur ambition. C’est à ces conditions seules que l’on peut espérer une paix durable entre les différents groupes de populations.

Les Corses sont généralement bien faits, de taille moyenne, vigoureux, d’un teint brun, d’un tempérament sec et nerveux , d’une physionomie très-expressive, et d’une élasticité remarquable. « On ne se

» fait pas une idée , dit quelque part M. Gueymard déjà cité , de l’agilité des montagnards corses ; si ceux des » Alpes avaient la même légèreté et le même courage , » le mont Blanc serait connu depuis des siècles. »

Les femmes sont généralement bien faites, et se distinguent surtout par la beauté de leurs gros yeux noirs et la blancheur de leurs dents.

Comme nous l’avons dit plus haut, le costume des habitants des villes de la Corse est absolument le même que celui de France et d’Italie ; pous n’en parlerons donc point. Celui des habitants de l’intérieur, au contraire , n’a aucune ressemblance avec les costumes du continent ; voilà pourquoi nous en dirons deux mots. Les montagnards se vêtent tous, sans distinction de fortune ni de condition , d’un drap grossier à long poil, appelé pelone, fabriqué par des tisserands du pays. Ce drap a un certain mérite à l’étranger à cause de sa rareté et de son utilité contre les grands froids. Le bonnet pointu , qui a été pendant longtemps en vogue, tend à passer de mode , pour faire place à la casquette moderne.

L’habillement des paysannes corses a aussi un cachet distinctif, et ne ressemble en rien au costume des paysannes continentales. Les femmes mariées portent une jupe de dessus, nommée faldetla, en étoffe légère bleu foncé dont elles relèvent la partie postérieure jusque sur la tête ; et les jeunes filles arrangent assez coquettement un mouchoir sur leur tête.

D’un caractère franc, loyal, désintéressé, le Corse possède, au plus haut degré, non-seulement toutes ces qualités, passablement rares de nos jours, mais il est aussi doué de facultés privilégiées et peu communes :

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