‹ La Corse et son avenirChapitre 66 sur 256 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

tion de la ferre , et par conséquent à l’avenir de l’humanité, qui lui est assujettie par une de ces lois dont il est difficile de tourner les difficultés ; tous , disonsnous, comprennent aisément et sentent vivement la nécessité d’aider, de faciliter l’œuvre, l’action, la vie des plantes utiles à la subsistance générale des peuples.

Aujourd’hui plus que jamais , il y a urgence de s’appliquer au progrès de l’agriculture; car des événements douloureux nous démontrent chaque jour, par des signes entourés de deuil, et nous persuadent par de rudes leçons qui brisent le cœur des nations, que de tous les éléments qu’on exploite ici-bas en vue de se procurer un bonheur souvent éphémère, l’agriculture peut, par-dessus tout, garantir aux peuples une jouissance réelle et solide.

Oui, tout le monde doit comprendre et savoir apprécier à sa juste valeur ce qu’est, et ce que peut être l’agriculture dans la balance du trésor public et privé ; et tandis que les industries et les arts s’avancent à pas de géant dans le domaine des grandeurs ; tandis que par une belle conception de l’intelligence, par une forte impulsion , on étale sur un champ de paix , de concorde , leurs produits aux yeux des spectateurs accourus de tous les points du monde civilisé pour les contempler, l’agriculture, la mère de toutes les industries, doit toujours occuper un rang digne d’elle dans ces grandes exhibitions fécondes en résultats heureux.

C’est elle, en effet, qui enrichit les États, les relève bien haut aux yeux de l’univers, les fait vivre à l’ombre d’une prospérité bienfaitrice qui profite à l’humanité, à la société entière; c’est elle qui ennoblit l’homme,

polit ses mœurs, lui procure de douces salisfaçlions qui contentent le cœur et effacent les chagrins de la vie ; c’est elle qui permet de conquérir sans trouble , sans fièvre convulsive, sans laisser de ruines derrière soi , une part de bonheur qu’on partage entre les differents membres d’une famille ; c’est elle qui calme les passions, apaise les dissensions politiques, adoucit l’aigreur de l’àmc, éclaire l’intelligence, accroît la bienveillance, rapproche les hommes que leur condition sociale sépare, les porte à s’aimer, à s’aider, à se connaître, et enfante la civilisation. «Oui, l’agricul- » ture fait de bons citoyens ; et pourquoi? C’est qu’elle » fait la famille; c’est qu’elle fait le patriotisme n C’est elle enfin qui est le plus utile des arts, la mère nourrice de toutes les industries , de tous les hommes ; car c’est l’agriculteur, ce collaborateur de la nature , qui fabrique pour l’industriel la plus grande partie des matières premières, qui relire de la terre, pour lui et les autres, l’aliment essentiel à l’existence matérielle. Qui fournit les soies, les cotons, les chanvres, les lins, leS laines, les poils, les cuirs, les peaux, toutes les matières végétales ou animales qui font la gloire des manufacturiers, si ce n’est l’agriculteur? Qui fait produire, qui assure le grain nourricier, c’està-dire le pain , et partant la vie, si ce n’est l’agriculture, et toujours l’agriculture?... En un mot, là où l’agriculture est er. souffrance, là est la misère et la décadence. Nous devons donc tous indistinctement avoir de la reconnaissance pour les hommes généreux qui ont mis leur attention , accordé tous leurs soins et appliqué leurs ressources morales et physiques au per-

1 Lamartine.

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