CHAPITRE CINQUIÈME
réales , et fondant toujours cette culture sur la préparation donnée par la jachère ; telle est la seule méthode de culture généralement adoptée dans File de Corse.
Comme on le comprend, avant que nous le disions, les inconvénients inhérents à cette manière de cultiver sont très-nombreux; en assolant le tiers des terres en blé, l’autre tiers en orge, et laissant le troisième en jachère, il est évident que le tiers du sol demeure entièrement improductif après avoir été inconsidérément épuisé pendant deux ou trois années. Cependant ce système est bien loin d’être économique, car on n’obtient un sol bien préparé qu’à force de lui donner des laçons durant toute l’année, et en dépensant en pure perte, pour produire de mauvaises herbes et les répandre dans l’air, les substances nutritives contenues dans le terrain. Aussi la jachère ne dispense-t-elle pas des engrais , et le tout n’est souvent couronné que par une médiocre récolte qui donne à peine trois ou quatre pour un. L’uniformité des cultures dans ce système est d’autant plus vicieuse, qu’elle ne fait produire que fort peu de nourriture pour le bétail , et une nourriture sèche et peu succulente , ce qui oblige à réduire considérablement le nombre des bêtes; partant, point d’engrais, et par conséquent point de récoltes. Mais cette uniformité de production présente encore d’autres inconvénients sous d’autres rapports : c’est qu’elle n’assure pas la subsistance de la population , ni la juste récompense due au cultivateur pour ses travaux. Tels sont les tristes résultats de la méthode des jachères. Nous allons voir maintenant ce que les laboureurs corses font valoir pour sa défense. Le premier est la
nécessité du repos : celle ferre ne peut pas, disent-ils, travailler toujours, il faut nécessairement qu’elle se repose. Ce raisonnement est absurde : en effet, ne voit-on pas les jardins toujours productifs, sans jamais ni s’altérer ni se fatiguer? Les champs en jachères eux-mêmes, qui trouvent tant de chauds partisans, ne produisent-ils pas en abondance des herbes et des plantes adventices, preuve évidente qu’ils ne restent pas dans l’inaction? Mais d’ailleurs, qu’on jette un coup d’œil sur les terrains abandonnés depuis des siècles aux soins de la nature , et qu’on nous dise si les bois, les prés, les antiques forêts ont cessé un seul instaut de produire? Mais, disent les plus savants des routiniers, ce n’est pas en se reposaut que la terre se féconde ; c’est en absorbant les principes nutritifs contenus dans l’air. A cet égard nous donuons la parole à M. I)avy, pour obleuir la réponse à celte dernière raison , et certes , en fait d’actions chimiques, cet auteur mérite sans doute plus de couliancc que tous les partisans de jachères réunis : «Ou peut douter, dit-il, qu’un fonds contienne au- » tant d’humus quand la jachère expire, qu’avant de » lui donner le premier coup de charrue. Ce soûl » les parties vertes des plantes qui absorbent surtout » l’acide carbonique, seul principe fertilisant, con- » tenu dans l’atmosphère; ce soûl donc les récoltes en- » fouies en vert qui peuvent le déposer dans la terre, » et dans la pratique des jachères , les plantes adventices , quoique très - faiblement , remplissent cet » objet. Mais dans bien des cas, et notamment dans « les sols légers et secs, on ne peut douter que le » remaniement du sol durant les chaleurs et les pluies » d’orages, en favorisant considérablement la dissolu-