CHAPITRE CINQUIÈME
» tion (les engrais , ne facilite l’évaporation et l’entraî- » nement des principes volatils et des sucs nutritifs qui » auraient servi à la végétation si le champ eût été » couvert de récoltes. » Est -il donc vrai qu’il y a avantage à remplacer l’année de jachère par la culture des plantes sarclées, telles que pommes de terre , betteraves, carottes, fèves, etc? Peut-on douter que les nombreux sarclages et biuages exigés pour ces cultures ne préparent et ne nettoient le sol mieux que les façons de la jachère? Et d’ailleurs, n’est-on pas dédommagé de ses frais avec profit par la récolte de ces plantes? Il n’y a donc point d’argument pour soutenir la conservation du système des jachères , et si dans tous les cas leur suppression est avantageuse et impérieusement commandée par la raison, reconnaissons qu’il n’y a que des circonstances particulières, le défaut de capitaux, de bestiaux, d’engrais, qui puissent permettre de les tolérer durant quelque temps, et que dans ce cas , il est encore préférable de laisser inculte une portion de terrain , si l’on n’a pas les forces productives nécessaires pour le faire valoir en entier, plutôt que de vouer le tout à la stérilité par portions successives.
«Les savants en théorie, disent enfin les partisans » des jachères , ont beau dire et beau faire , nos deux « ou trois années de céréales, avec jachères, nous don- » nent plus de profit que toutes leurs cultures sarclées, » parce que nos blés sont meilleurs. » A cette objection de chiffres , nous répondons par la comparaison de la richesse des cultivateurs de l’Angleterre , de la Belgique, de la Flaudrc , de la Bavière , etc. , avec la pauvreté des agriculteurs corses, chez lesquels le système
148 v LA CORSE ET SON AVENIR,
des jachères est largement en honneur. — Il résulte donc de toutes ces considérations que la suppression des jachères est éminemment utile , et qu’il serait à désirer, pour l’avenir agricole de la Corse, qu’elles lussent remplacées par les prairies artificielles et par quelques cultures sarclées. Xous devons l’avouer, de nombreux obstacles arrêtent l’essor de ces améliorations et ne permettent pas à tout le monde de les réaliser : le premier et le plus puissant, c’est le défaut d’instruction des cultivateurs qui les empêche de profiter autrement que par l’exemple de ce qui est pratiqué autour d’eux; le second, c’est le manque de bras et le défaut de capitaux. Nous démontrerons ailleurs l’utilité qu’il y a d’instruire les laboureurs , d’augmenter la population agricole, et la raison qui milite en faveur de l’établissement du crédit foncier en Corse.
En attendant, terminons la question des assolements par un petit aperçu de M. de Dombaslc, pour démontrer de mieux en mieux que la culture alterne offre autant d’avantages que l’ancienne méthode réunit d’inconvénients.
« Dans cette méthode , dit M. de Dombaslc , ce n’est » plus sur trois ou quatre espèces de plantes que » s’exerce la culture ; les récoltes qui en forment en » quelque sorte la matière peuvent se varier à l’infini , » mais on peut les diviser en trois classes : les grains, » les plantes à fourrages ou prairies artificielles, elles » récoltes sarclées, dont la nature remplace dans beau- » coup de cas le travail de la jachère. Parmi ces ré- » colles sarclées, un grand nombre, comme les pois, » le mais, les carottes, les choux, etc., et surtout la » pomme de terre, peuvent s’appliquer selon que le
CH/tPITRE CINQUIÈME.
» besoin l’exige, soit à la nourriture de l’homme , soit « à celle des animaux. Les terres cultivées sont appe- « lées ici à fournir à la subsistance du bétail , en sorte » que les prairies naturelles deviennent inutiles ou «beaucoup moins nécessaires, et l’étendue de terre » qu’elles occupaient rentre dans la masse des terres » arables , qui fournissent à tous les besoins de la popu- » lation humaine , et à la consommation des bestiaux , « par des combinaisons d’assolement qui varient à l’in- » fini, et que chaque cultivateur peut modifier chaque » année au gré des circonstances. La culture alterne, » telle qu’elle est généralement pratiquée , produit au- » tant de grains que la culture triennale ; mais elle « pourrait en produire beaucoup plus si les besoins » l’exigeaient, et elle peut aussi en produire beaucoup » moins, si les cultivateurs le jugent convenable à leurs » intérêts. A côté de ces grains, elle produit, outre des » végétaux de commerce, dont chaque cultivateur peut » varier la proportion selon ses convenances, beaucoup » de récoltes qui ne peuvent trouver de places conve- » nables dans l’assolement triennal, et qu’on peut à «volonté appliquer à la subsistance de l’homme, et » cependant elle peut alimenter encore un plus grand » nombre d’animaux. «
Des instruments aratoires.
Une des conditions de progrès de l’agriculture, c’est sans contredit l’adoption de quelques instruments perfectionnés, très-simples du reste et très-peu coûteux. 11 est donc dans l’intérêt des cultivateurs corses de
modifier eeux dont ils se sont servis jusqu’ici, et de s’emparer le plus tôt possible des instruments qui, eft augmentant l’aptitude de la terre à la production , épargnent beaucoup de travail aux hommes et aux animaux.
Les Corses se servent encore presque partout de l’araire romaine ; nous ne saurions jamais assez les engager à renoncer à cet instrument de labour, qui est reconnu incapable de pénétrer à la profondeur voulue, de tracer de larges sillons réguliers et de retourner d’une manière convenable la terre pour placer la couche inférieure au contact de l’air. La charrue Dombasle, qui réunit toutes les conditions de perfectionnement, devrait par conséquent être préférée à l’araire romaine, d’autant mieux que l’expérience a démontré qu’elle peut parfaitement fonctionner dans les coteaux aussi bien que dans les plaines.
La houe à cheval, extirpateurs, scarificateurs ou cultivateurs, sont des instruments à l’aide desquels on peut arracher les mauvaises herbes, biner, sarcler, butter avec la plus grande facilité et promptitude. Nos cultivateurs n’ont pas encore adopté ces instruments; cependant nous espérons qu’on comprendra bientôt la nécessité d’ameublir convenablement le terrain , de le nettoyer des mauvaises herbes pour le rendre de plus en plus productif. L’adoption de ees instruments nous parait d’autant plus utile, qu’on pourra, avec leur concours, exécuter tous les travaux faits actuellement à bras d’hommes, avec la bêche, la houe, la pioche et la pelle.
La herse et le rouleau, qui servent à émietter, niveler, ameublir, tasser la terre, couvrir la semence, etc. ,