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CHAPITRE SIXIEME

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perfectionnement des systèmes de fabricaliou et de conservation des vins, la France est aujourd’hui un pays essentiellement vignoble, et les produits de cette nature jouissent à juste titre d’une réputation sans rivale, et passent avec raison pour être les premiers du monde.

Dans les départements qui composaient l’ancien bas Languedoc , on a été meme jusqu’à convertir les produits de la vigne en eau-de-vie 3/6 ; et celle industrie, heureusement comprise, a enrichi en peu de temps les contrées qui se sont livrées à ce genre de spéculation.

Mais s’il est constant que la vigne a élevé les fortunes privées, que l’industrie viticole a fait de rapides progrès au grand avantage de la réputation de nos vins, il n’est pas moins vrai que , depuis quelques années, cette culture ruine les propriétaires, contrarie les intérêts, les calculs de l’Etat, et prive la classe ouvrière d’un vin qui la nourrit et la fortifie, l’égaye et lui fait supporter sa triste existence.

L’apparition de l’oïdium a jeté la consternation dans l’àme des agriculteurs, et malgré les efforts des hommes pour en paralyser les effets , malgré les recherches profondes des agronomes pour eu arrêter les ravages, l’ennemi mystérieux , qu’on cherche à combattre , a frappé cruellement et frappe encore l’une des branches les plus productives de la France, comme pour démontrer que la nature dans ses convulsions peut abattre l’orgueil des hommes et les assujettir à l’impassible loi de la misère , de la souffrance, de la mort enfin.

Quel affreux spectacle, en effet, se déroule devant nos yeux depuis uue période d’années déjà trop lon-

gue!... que de malheurs à déplorer!... que de pertes à regretter, que de déficits à combler, que de ruines à réparer!...

Hier, la vigne était belle , florissante ; sa végétation était luxuriante et portait un fruit délicieux que l’industrie transformait en vin destiné à la consommation des populations intérieures et à l’alimentation des marchés de l’étranger... Aujourd’hui, hélas! tout a changé : plus de beauté, plus de vie dans la végétation, plus de bonté, plus de luxe, plus de richesse dans les produits; par conséquent, plus d’industrie viticole, plus de revenus, plus d’occupation pour les ouvriers. Une telle situation est grave; et cette gravité n’échappe à personne, chagrine le cœur et enfante la douleur. C’est pourquoi il serait à désirer que, dans un avenir prochain, le terrible fléau qui décime les vignes disparaisse insensiblement , et permette au cep de reprendre sa marche ordinaire de production pour verser ses trésors et compenser par ce moyen, au moins en partie , les pertes incalculables auxquelles les propriétaires sont condamnés depuis tant de temps.

Ce qui se passe autour de nous est fait pour décourager les âmes des plus chauds partisans de la vigne ; mais si la terrible épreuve que nous venons de subir a porté atteinte à nos intérêts les plus chers en nous privant d’un élément nécessaire à notre existence matérielle ; si, disons-nous, on a eu à signaler des catastrophes regrettables, si enfin l’oïdium semble toujours avide de ravages, nous ne devons pas, en présence de ces calamités, nous laisser saisir par le découragement qui amènerait d’une manière encore plus certaine la ruine totale des fortunes particulières. A quoi d’ailleurs

CHAPITRE SIXIÈME, servirait ce découragement? A rien autre qu’à nous exciter à l’abandon de la culture de la vigne , culture qui ne mérite pas d’être délaissée, et qui a droit à notre reconnaissance ; car, à d’autres époques moins funestes à son sort, elle a enrichi des pays entiers, civilisé des contrées barbares , et répandu dans toutes les classes do la société française une aisance bienfaitrice qu’on apprécie aujourd’hui, plus que jamais, à sa juste valeur. Supportons donc avec résignation les coups de la fatalité, et sachons attendre le retour de la prospérité avec cette confiance qui éloigne du cœur les pensées du désespoir, et qui accélère, pour ainsi dire, l’œuvre régénératrice, l’beure de félicité que la Providence nous réserve toujours après les jours de deuil, de douloureuses déceptions et d’amères privations. Bientôt , espérons-le, les mêmes causes qui ont enfanté l’oïdium, au détriment de tant d’intérêts majeurs, le dissiperont, et la vigne alors débarrassée de son unique ennemi , reprendra une physionomie riante , et portera dans son sein des fruits délicieux et abondants que les populations appellent de tous leurs vœux dans un but facile à comprendre.

La Corse n’a pas été épargnée, et, comme les autres contrées du continent, elle a vu la production de la vigne tendre à sa ruine. L’intensité du mal n’a pas été la même partout : la situation , les influences atmosphériques ont contribué, sans doute, à atténuer le mal sur plusieurs points de l’ilc.

Nous aimons à croire qu’en Corse comme ailleurs , la maladie qui sévit sur les vignobles disparaîtra peu à peu pour faire place à un état de choses plus conforme aux désirs et aux besoins des peuples.

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