RÉPONSE AU DISCOURS DE M. LESAING
moi ajouter, les liens de famille qui vous unissent à un de nos plus distingués confrères vous assuraient ici le milieu le plus sympathique.
Que ne puis-je, pour répondre à votre discours, emprunter la compétence de certains de nos confrères ?
Vous venez de nous parler de la corvée sous l’Ancien Régime et du vœu unanime exprimé dans les cahiers de doléances du Tiers-État en 1789 pour la suppression de cet impôt si lourd, si arbitraire et si vexatoire. Vous avez rappelé l’origine ancienne de la corvée, et les deux formes sous lesquelles elle se présentait dans les derniers siècles : corvée seigneuriale, corvée royale, l’une ne dispensant pas de l’autre ; vous nous avez fait un sombre tableau des misères du corvéable, et il est difficile de prétendre que vous l’ayez poussé au noir.
A diverses reprises, nos rois tentèrent d’arrêter l’extension abusive des corvées seigneuriales, mais leurs édits ne furent pas suivis d’effet, et pourtant à mesure que la puissance royale s’était affermie et généralisée, la corvée ne correspondait plus à ce qu’elle avait représenté dans les premiers temps de laféodalité, c’est-à-dire le prix de la protection, de la sécurité assurée par le seigneur. Peu à peu les grands seigneurs surtout perdirent l’habitude de vivre sur leurs domaines, et la jouissance paisible du fonds qu’ils cultivaient ne résultait plus pour les corvéables d’une protection absente et qui d’ailleurs, grâce au progrès de la civilisation, n’avait plus à se manifester.
Au xvii e siècle et au xvm e , la corvée royale s’ajouta à la corvée seigneuriale. Sully et plus tard Colbert établirent notamment dans les provinces frontières un système de journées de travail et de charroi exigées des paysans pour la construction et l’entretien des grandes routes. Cet impôt en nature ne fut exigé que d’une seule classe de contribuables et généralisé en 1738.Les privilégiés