I 44 JEAN VIREY
n’étaient point atteints par la corvée, mais les paysans de villages souvent éloignés et dont les chariots ne devaient peut-être jamais parcourir ces chemins étaient mis en réquisition. C était du temps perdu pour venir et pour s’en retourner lorsque les travaux des champs étaient en souffrance, mais la réputation de nos routes fut dès lors consacrée : « Si les Français, écrit Arthur Youngdèsson premier voyage en France (18 mai 1787)5 si l es Français n’ont pas d’agriculture à nous montrer, ils ont des routes ; rien de plus magnifique, de mieux tenu que celle qui traverse un beau bois, propriété de M. Neuvillier (dans la région de Boulogne-sur-Mer); on croirait voir une allée de parc. Et certes, tout le chemin, à partir de la mer, est merveilleux : c’est une large chaussée aplanissant les montagnes au niveau des vallées; elle m’eût rempli d’admiration si je n’eusse rien su des abominables corvées qui me font plaindre les malheureux cultivateurs auxquels un travail forcé a arraché cette magnificence. »
Il fallait faire ressortir par contraste, et vous n’y avez pas manqué, l’état lamentable des chemins vicinaux, les plus indispensables à l’agriculture, dénués alors de tout entretien.
Le transport du matériel de guerre, les convois de galériens, le logement des troupes faisaient encore partie de la corvée royale qui, pesant sur une seule catégorie de personnes, différait dans chaque généralité à la discrétion de l’Intendant.
Lorsque l’Intendant s’appelait Turgot, qui dès 1761 placé à la tête de la généralité de Limoges (Angoumois et Limousin) transforma en treize.ans d’administration des provinces misérables, il substituait au système de la corvée une contribution additionnelle à la taille, et les routes de sa généralité n’avaient pas à en souffrir : non seulement il fit réparer et entretenir les routes anciennes, mais il créa 160 lieues de nouvelles voies, et mérita le témoignage suivant du voyageur anglais cité plus haut qui