CHAPITRE II
Applications thérapeutiques du « Climat de la Côte d'Argent ».
Si le climat de la Côte d'Argent est salutaire pour bon nombre de malades, il ne faut pas oublier que la balnéothérapie joue également un grand rôle dans la guérison des affaiblis, des débiles, de tous les gens, enfin, anémiés par l'air vicié des grandes villes. Or, depuis longtemps, la réputation du Sud- Ouest Atlantique n’est plus à faire en tant que bains de mer, et la vogue dont jouissent ses plages est la meilleure justification des avantages que l’on en retire. Nous diviserons donc en deux parties l'étude des applications thérapeutiques du « Climat de la Côte d'Argent », et nous étudierons : 1° la Côte d'Argent : Bains de mer; 2° la Côte d'Argent : Station d'hiver.
1° La Côte d'Argent : Bains de mer. — La vogue des bains de mer remonte à la plus haute antiquité. « Sous les empereurs romains, les plages d’Ostie, Baïa, Néapolis étaient célèbres, attirant les Césars, les praticiens et les riches ».
À la mort du paganisme, les bains de mer furent délaissés, et ce n'est « qu’en 1816 qu’une princesse napolitaine — ayant en elle le sang latin et les goûts des ancêtres — mariée au duc de Berry, remit à la mode en France l’exode vers les plages. Elle adorait les villégiatures au bord de l'Océan, et ainsi revint, par limitation de la noblesse, l'habitude païenne, très timide encore, des bains de mer » (F. Champsaur). Depuis lors, cette habitude est devenue une mode de plus en plus en vogue, dont
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ont bénéficié à différents titres toutes les côtes de notre beau pays. Le littoral du Sud-Ouest Atlantique ne le cède en rien à ses rivaux, breton et méditerranéen. Cela se conçoit aisément, -pour qui a pu admirer cette merveilleuse plage qui s'étend de Royan à Hendaye. « Bordée du côté de la forêt par de hautes ‘dunes, faites de sable fin, blanc et chaud, que vient lécher la mer chantante, elle est creusée en son milieu d’une dépression peu profonde, où l’eau demeure quand se retire Île flot. Là, dans cette « baïne », l’eau salée s'échauffe sous l'action du soleil, et son peu de profondeur (15 à 20 centimètres) permet sans danger le barbotage des enfants qui, les pieds nus, y jouent en se tonifiant, aux souffles vivifiants venus du large. Car, si les bains de mer profitent aux adultes comme aux enfants, c'est surtout à ces derniers qu'ils réussissent. C’est ici leur royaume » (Quintrie).
« L'air de la mer stimule, augmente l’appétit, active la digestion, la circulation, la respiration, tonifie les nerfs, donne une impulsion à la croissance et au développement corporel; il transforme en quelques semaines les enfants languissants et anémiques, au point de les rendre méconnaissables » (Combw).
Parfois, cependant, la cure marine d'été produit chez certains enfants, excitables et nerveux, des troubles tels que : l’agitation du sommeil, la perte de l'appétit, la constipation opiniâtre. Ces troubles peuvent être soit passagers, et par suite insignifiants, négligeables; soit durables, persistants, et les sujets doivent être éloignés dans le plus bref délai. , Il arrive très souvent que les bienfaits de la balnéothérapie ne sont pas immédiats ; ils ne se manifestent qu'après la cure complète dans les premiers mois d'hiver. Il n'est pas rare alors de voir des enfants — malingres et chétifs antérieurement — se développer tout à coup de façon continue. La mer est la cause de cette heureuse modification.
* Nos grandes villes du Sud-Ouest — Bordeaux notamment — ont compris tout l'intérêt qu'offraient les stations de la côte pour leurs enfants débiles et anémiés par le manque d'air pur. Aussi y envoient-elles chaque année leurs colonies scolaires de
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vacances qui permettent aux enfants de la population ouvrière de jouir, aux mêmes titres que ceux des classes plus privilégiées, des bienfaits du climat marin. |
La cure marine d’été se pose de façon formelle, dit le docteur Quintrie, dans une série d’affections qui se suivent sans être absolument dépendantes les unes des autres. En premier lieu, le rachitisme, produit direct d'erreurs d'alimentation du premier âge avec son cortège de déformations osseuses variées. Puis le /ymphatime, la strume, la scrofule, cette tuberculose bâtarde, si communs qu'ils se rencontrent chez la majorité des enfants des villes et qui se manifestent sous des formes cliniques si variées : adénopathie locale ou généralisée, torpide ou à tendance suppurée; hypertrophie des amygdales palatine ou pharyngée avec gonflement constant des muqueuses des voies respiratoires supérieures, catarrhe, jetage, toux sèches, angines fréquentes, otites douloureuses, et aussi un type spécial de bronchite à répétition, récidivante et tenace, qui cède admirablement à la cure marine. Enfin la tuberculose locale dans toutes ses manifestations articulaires (tumeurs blanches) ou osseuses (ostéite bacillaire) et dans quelques-unes de ses localisations que la clinique a isolées : coxalgie, mal de Pott (tuberculose vertébrale) avec ou sans abcès froid.
Le séjour sur le littoral de la Côte d'Argent produit en une ou plusieurs fois des résultats inespérés chez tous ces petits malades. Les rachitiques se redressent et se développent, les ankyloses succèdent aux tuberculoses articulaires, l’adénopathie disparait.
Les bains de mer ont donc un double rôle, préventif et curatif ; aussi, comme le constate Landouzy, il n'y a rien d’exagéré à dire que « chez toute cette légion d'enfants débiles, rachitiques, lymphatiques, adénitiques, logés aux enseignes de la scrofule fruste ou affirmée, que chez toute la légion des dégénérés, des dystrophiques prêts à toutes les misères et à toutes les contagions, que chez toute une légion de menacés et de candidats à la tuberculose, le séjour prolongé à la mer fait des merveilles, résolvant les engagements ganglionnaires, donnant aux tissus