OBSERVATION II
Dr LALESQUE
Asystolie cardiaque d’origine mitrale, mise, par deux fois, en cure marine, avec amélioration notable chaque fois.
Femme, 53 ans. Cinq enfants. Tempérament très nerveux. Vie professionnelle très active. Menstruation normale.
Jusqu'à trente ans, bonne santé. Puis apparition de crises d'asthme violentes et de plus en plus rapprochées, avec catarrhe bronchique prédominant, nécessitant des cures répétées à Cauterets.
Ménopause à 50 ans. Apparition de troubles cardiaques légers ; quelques palpitations ; le jour, dyspnée d'effort passagère. Abandon nécessaire de toute occupation professionnelle.
En 1914, une grave attaque grippale, compliquée de bronchite double avec congestion pulmonaire, massive à droite, à foyers erratiques à gauche; apparition d'un souffle mitral, dur, rugueux (endocardite). La lésion valvulaire s'établit qui, par la suite, se compense par hypertrophie du ventricule gauche.
En mars 1916, première attaque d’asystolie avec dilatation passagère du cœur droit : dyspnée permanente exagérée par le décubitus horizontal; urines rares, légèrement albumineuses; œdème des membresinférieurs; cœur gros, pointe abaissée; pouls dur, arythmique, tachycardique; atlénuation du souffle mitral, apparition du souffle tricuspidien.
Tous ces accidents, conjurés dans leur intensité par la médication classique (repos, digitale, Strophantus, régime diététique sévère), laissent encore, en juin, trace de leur passage. Arythmie, fréquence du pouls, réapparition du souffle mitral, disparition du souffle tricuspidien, dyspnée permanente, œdème des malléoles, urines difficilement abondantes, tel est l'état de la malade lorsqu'elle est
Sr Ve
transportée au bord de la mer, au Moulleau, dans une habitation directement exposée à l'action de l'air marin.
Le séjour s'y prolonge jusqu'au début d'octobre, non seulement sans accidents, mais avec une amélioration incontestable. L'aération permanente de jour et de nuit ne tarde pas à libérer la malade de toute dyspnée et à permettre le retour d'un sommeil réparateur ignoré depuis des mois. La marche elle-même devient possible, sans dyspnée. Les urines se font abondantes, l'œdème disparaît et un régime d'alimentation (œufs, laitages, poissons, purées) réconforte la malade et lui rend un embonpoint, non œdémateux, perdu depuis longtemps.
En janvier 4917, trois mois après la cessation de la cure marine, après retour en habitat urbain, reprise des accidents, singulièrement plus graves. Nouvelle crise d'asystolie caractérisée par l’ensemble symptomatique de la crise de 4946, mais ensemble beaucoup plus accusé et, cette fois-ci, avec œdème dur, généralisé aux membres inférieurs, à l'abdomen, au tronc, aux mains, avec anurie complète pendant vingt-quatre heures; infiltration œdémateuse des deux bases pulmonaires, congestion du foie, teint subictérique, matité cardiohépatique très augmentée, cyanose, pouls veineux jugulaire, pouls radial imperceptible, œdème cérébral avec coma. Le dimanche 14 janvier, la malade fut extrémontiée !
Cependant elle revint à la vie, mais, jusqu'au début de juillet, resta en état d'hyposystolie ou peu s'en faut. En tout cas, lorsqu'à cette époque elle fut transportée, pour la seconde fois, au bord de la mer et au même habitat que l’année précédente, elle n'avait pas quitté le lit; l'urination restait peu abondante, l’œdème diminué se confinait aux membres inférieurs; le sommeil irrégulier, pénible, agité; la toux fréquente ; l'alimentation réduite aux liquides.
Or, le séjour marin donna les mêmes résultats heureux que la première fois, moins complets cependant, à raison de l'usure fonctionnelle produite par la répétition des crises et par la violence de la dernière. Ces résultats se traduisirent par la disparition totale de l’'ædème, l'abondance des urines, la cessation de la dyspnée permanente remplacée par la simple dyspnée d'effort et seulement sous l'action des mouvements ascensionnels; pouls moins arythmique,
SRE ms
plus fort et non plus lachvcardique; par des signes de dilatation ventriculaire gauche; sommeil régulier; alimentation légère facile.
En décembre 1917, après un mois de retour en habitat urbain, réapparilion des phénomènes d'hypo-asystolie.
Celte observation a force d’une véritable expérience, tant la cure en air marin a reproduit, chaque fois, les mêmes effets et tant la cessation de ceux-ci a régulièrement coïncidé avec l'abandon de la climathérapie marine.