‹ La Côte d'IvoireChapitre 18 sur 19 · mm · texte numérisé non relu

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La grande saison des pluies commence vers le lo mai et s'achève vers le 15 juillet. Le mois le plus pluvieux est juin. La petite saison des pluies se manifeste en octobre et novembre.

Grand-Bassam constituant une sorte de presqu'île, se trouve être dans une zone d'évaporation particulièrement intense. L'humidité relative de l'atmosphère se rapproche souvent du point de saturation ; mais, par contre, elle descend exceptionnellement au-dessous de 70. Le ciel est en général assez couvert. La nébulosité moyenne de l'année est de + 6.

La moyenne annuelle des températures maxima et minima à l'ombre paraît être de 26^5 ; mais le thermomètre marque parfois moins de 20° pendant les quelques jours de janvier où souffle la mousson nord-est, fraîche et sèche (harmattan).

Prendre toutes les mesures sanitaires possibles pour éviter le retour d'une épidémie de fièvre jaune, telle fut, à dater de 1908, la constante préoccupation de Fadministration. Or, ces mesures revenaient en somme à détruire tous les foyers de propagation du moustique stegomya.

Dès 1908, le marigot du centre de la ville fut comblé ; des avenues larges, convenablement empierrées, furent ouvertes à travers les cases indigènes délabrées. Un square fut dessiné. Des bâtiments spacieux et solidement construits s'élevèrent un peu partout. Des maisons de commerce nouvelles s'installèrent ; d'anciennes s'agrandirent. Un pont de 200 mètres relia la ville au plateau de Moossou à travers la lagune Ouladine, et une chaussée empierrée, longue de 400 mètres, prolongea ce pont sur l'emplacement aménagé d'un ancien marigot. Au faubourg dont Bassam se trouvait ainsi doté furent transportés le village indigène d'Impérial ainsi que l'abattoir. Le camp des gardes-cercles fut établi à rOuest de la ville. Et l'ancien marché disparut, remplacé par un vaste bâtiment couvrant une aire cimentée.

Administrateurs, médecins, agents des Travaux Publics rivalisèrent de zèle et, dans une étroite collaboration, participèrent à cette véritable métamorphose de Grand-Bassam.

Par un arrêté du Gouverneur Général en date du 1®^ janvier 1911, la \ille eut son budget urbain qui, l'année même, fut arrêté en recettes et en dépenses à 37.000 francs. Ce bud-

get, alimenté par des ressources spéciales, est destiné à faire face aux dépenses d'hygiène, de voirie et d'entretien courant de la ville et des agglomérations indigènes voisines qui y sont rattachées. Le programme d'assainissement, élaboré en 1911, comprenait l'achèvement de la chaussée de Moossou, le remblai partiel du marigot de l'Ouest, le remblai du marigot de l'Est, l'achèvement des installations des salariés de l'administration, l'adduction d'eau, enfin les indemnités dues aux indigènes d'Impérial déplacés.

Des réglementations de police furent prises pour imposer aux concessionnaires de terrains et aux propriétaires d'habitations les formalités indispensables à la salubrité de la ville. Elles visent spécialement les dépôts d'immondices et de récipients, l'entourage des concessions, le débroussaillement des terrains non bâtis. Mais il faut constater ici que l'administration fut étroitement secondée dans l'œuvre d'assainissèment par le commerce. Les nombreuses firmes installées à Bassam présentent des comptoirs spacieux, bien agencés, fort bien tenus, luxueux même.

Grand-Bassam est le chef- lieu administratif d'un cercle peu étendu — 512 kilomètres carrés — comprenant quelques villages d'alentour et peuplé de 6.500 habitants. Un Administrateur, assisté d'un adjoint, réside dans la ville. Celle-ci est le siège du tribunal de première instance de la colonie où sont jugées annuellement une moyenne de 150 affaires civiles, commerciales, correctionnelles ou de simple police. Les autres services administratifs sont la

directioù des douanes, la direction du wharf, le bureau des Postes et Télégraphes, le bureau du préposé du Trésor, le service de Santé représenté par un Médecin chargé du laboratoire de bactériologie et par un Médecin ayant la direction de l'ambulance.

La Chambre de commerce de la Côte d'Ivoire, créée par arrêté du Gouverneur Général du 23 décembre 1908, siège dans la localité. Bassam possède en outre les succursales de deux banques, les agences de diverses compagnies de navigation françaises et étrangères, un service du câble, une imprimerie..

Ajoutons que les Européens appelés à séjourner quelques jours dans cette escale y trouvent des hôtels confortables où ils peuvent être logés et nourris pour 15 francs par jour, et bénéficier d'une forte réduction en y prenant pension.

La population noire de Grand-Bassam est composée en majeure partie de demi-civilisés. Les Apolloniens, au nombre de 175, vinrent s'y installer les premiers il y a une soixantaine d'années. Très commerçants, ils ont pour concurrents les Sénégalais, au nombre de 175 y compris les employés de l'administration et les gardes-cercles. Les Fantis de Gold-Coast sont environ 160 et pour la plupart petits boutiquiers, bijoutiers ou clercs dans les factoreries. Les Kroomen, environ 300, sont employés comme pagayeurs et manœuvres : on comprend sous ce nom les noirs recrutés sur toute la partie du littoral comprise entre Lahou et Tabou. Il convient d'ajouter à ces éléments 150 Soudanais, Soussous, Gabonais ou Libériens, gens à tout faire, cuisiniers, blanchisseurs, colporteurs de passage, etc., ce qui porte l'ensemble de la population noire à 860 habitants environ.

La population européenne, qui était de 60 commerçants ou fonctionnaires en 1905 et de 125 en 1909, forme actuellement une agglomération de 150 habitants comptant quelques femmes et enfants. Cet accroissement indique non un repeuplement sur place, mais une attraction de rélément blanc due à l'importance croissante des alïaires et au développement de la ville. Les Européens sont en majorité Français : viennent ensuite cpielques Anglais dont les rapports avec nos compatriotes sont empreints de la plus franche cordialité.

De l'aube à la tombée du jour, Tactivité fié^Teuse à laquelle donnent lieu les affaires ne laisse pas de repos à cette population laborieuse : du coté de la mer comme du côté lagunaire, ce sont dïncessants transbordements de marchandises d'Europe et de produits du pays.

Mais la barre, la grande vague, déferle éternellement le long du rivage. Elle gronde, elle frappe l'enclume sableuse sans répit provoquant d'insensibles mouvements sismiques qui énervent certains jours les tempéraments les plus calmes et les mieux trempés. Si bien que le mot « forte barre » passe assez couramment maintenant pour désigner un état psychologique particulier des Européens du pays. Cet état d'àme enlève aux mots leur valeur habituelle, et l'expression « paroles verbales », inventée par les intéressés eux-mêmes. caractérise les propos violents et injustes lancés sans méchanceté et regrettés dès le lendemain. Aux fortes barres, les Bassamois, si bonnes gens à l'ordinaire, deviennent un tantinet frondeurs. Les uns se rendent, à ces moments, au chef-lieu administratif exposer de vieux griefs exhumés pour la circonstance, les autres, plus pondérés, prennent le sage parti de passer le pont de la lagune Ouladine et d'aller

rêvasser dans un coin charmant du plateau de Moossou où un génial restaurateur tît édifier quekpies chalets dénommés « Robinson », « les Hibiscus », etc.. En cet endroit champêtre, ils vont se donner Tillusion — on vit beaucoup d'illusions aux colonies — de se trouver dans une guinguette perdue des en\irons de Ghaville, de Meudon ou de Nogentsur-Marne.

A Grand-Bassam même, les distractions ne manquent pas. Journellement des vapeurs font escale devant la \i\\e. Et nombreux sont les Européens qui se rendent à bord à la recherche de passagers amis ou en quête de provisions fraîches, car les goûts gastronomiques se développent intensément sous les tropiques. Au soleil couchant, hôtels et restaurants regorgent de consommateurs. De vaillants sportsmen se livrent au plaisir du tennis. Au cercle de 1" Union, qu'on prendrait pour le casino dune plage mondaine en plein mois d'août, des groupes par petites tables, prennent l'apéritif, jouent silencieusement au bridge ou dinent à la lumière de jolies lampes électriques. Devant eux, les feux mobiles des navires jettent un peu de gaieté sur la grande bleue que la lune écaille parfois d'argent.

Grand-Bassam a sa presse locale. A l'instar de certains journaux de Paris, beaucoup ne paraissent que tous les trente-six du mois. Mais l'esprit qu'ils contiennent vaut son pesant d'or à en juger par le prix de 0 fr. 50 qu'atteignent certaines feuilles à quatre pages minuscules. On a ati paraître jusqu'à trois journaux à la fois dans la localité. Peu de colonies en Afrique Occidentale Française et en Afrique Equatoriale Française peuvent se vanter d'avoir une presse aussi abondante. C'est qu'en Côte d'Ivoire, on s'improvise

vite journaliste, et nos grands quotidiens à un sou les huit pages pourraient y recruter une profusion de littérateurs

d'occasion.

Quel avenir est réservé à cette escale dont l'existence fut déjà tant de fois menacée ?

La construction de la voie ferrée Abidjan-Bouaké a porté un rude coup aux escales secondaires voisines de Bassani et au profit de celle-ci. La jonction des lagunes de Lahou et d'Assinie à la lagune Ebrié profitera encore à la ville, vers laquelle il y a tout intérêt à concentrer le commerce pour les raisons exposées. Enfin, la question du port a été reprise ces derniers temps. Deux projets ont été étudiés avec un soin minutieux, et celui auquel on s'est arrêté est sur le point d'être mis à exécution^ la Gliambre et le Sénat, en votant l'emprunt de l'Afrique Occidentale Française, ayant prévu, pour la construction du port de la Côte d'Ivoire, une première somme de 8 millions (Ij.

Les travaux comportent, dans leur ensemble, l'amélioration de l'embouchure de la Comoé par la construction de deux jetées presque parallèles et séparées de 350 mètres pour permettre aux navires d'aller mouiller dans la fosse profonde s'étendant de la lagune Ouladine à Moossou. On aménagera par la suite le chenal naturel qui va jusqu'à Abidjan, c'est-à-dire jusqu'au futur port dont Grand-Bassam deviendra le vaste entrepôt. Et, à ce titre, on peut s'en rendre compte, la Aille a devant elle un bel avenir de prospérité.

(1) Bulletin de Y Afrique française renseignements coloniaux, 1913, p. 135.

GEOGRAPHIE URBALXE

Sous peu, sur l'une des places de la localité, s'élèvera, sur l'initiative et grâce aux efforts du Gouverneur Angoulvant, le premier monument érigé dans la colonie. La Côte d'Ivoire l'oifre à ses morts. Qu'il rappelle aux générations futures ce qu'ont coûté d'existences, de dévouement, d'abnégation et d'héroïsme la pacification, l'assainissement et le développement économique de ce pays aux richesses innomi^rables, mais qui, pendant cinq siècles, rebuta les plus intrépides navigateurs et explorateurs de la côte d'Afrique ! (1)

(1) Bien des changements ont été apportés à la ville depuis la rédaction de cet article. Les agglomérations indigènes qui en dépendent s'agrandissent et se peuplent rapidement. Bassam — ses avenues et une bonne partie de ses habitations — bénéficie de l'éclairage électrique. Les automobiles circulent de plus en plus nombreuses depuis l'ouverture des routes excellentes vers Azuretti le long de la plage et vers Bingerville par le plateau de Moossou. La végétation est plus touffue : les amandiers de 3Ialabar et les filaos ajoutent leur ombrage à celui des cocotiers. Enfin la plupart des rues sont à présent cimentées.

BONDOUKOU (1)

Quel contraste étrange elle forme, cette petite cité musulmane, avec les agglomérations primitives aux cases couvertes dherbes et de feuilles de palme de la Côte d'Ivoire méridionale et centrale 1

Avec ses maisons en terre, ses argamasses basses et crénelées, ses minarets et ses colonnades pointues elle fait songer à une termitière gigantesque, isolée dans la pleine brousse, rongée, déchiquetée, ruinée sous l'effet des intempéries. Et, cependant dans la grossièreté des bâtisses flanquées d'épaisses pyramides quadrangulaires à forme d'obélisque, dans le parallélisme de ses terrasses et des longs murs qui séparent chaque quartier, Bondoukou décèle un semblant de civilisation, donne dans son ensemble une impression singulière de régularité presque artistique. ; Petite cité sainte, extrême avant-poste de l'Islam en pays païen, blottie à l'orée de la forêt, au pied d'un massif de montagnes l'encerclant au Nord, au Sud et à l'Ouest, elle est dissimulée par un rideau de végétation qui épouse les sinuosités infinies d'un marigot capricieux. Les quelques

(1) Supplément an Bti/h/in dp /'Afrique Frariroi^e, novembredécembre 1915,

bonibax qui la dominent sont si hauts, si puissants par rapport à ses maisons qu'on se demanderait pour un peu si celles-ci sont habitées par des Lilliputiens ou si ceux là sont d'extraordinaires géants de la flore tropicale.

De Faube où la cité s'éveille dans les brumes à la tombée du jour où sur les terrasses stagne la fumée bleue qui lentement monte droite des foyers et couvre la ville d'un voile épais, de la saison des pluies où les murailles sont décrépies et rougeâtres à la saison de sécheresse où la ville reprend çà et là sa blanche parure, Bondoukou subit une perpétuelle métamorphose. Les montagnes de Zanzan et de Sapia lui sont un cadre de rêve par la variété de leurs tons violets et lilas qui se confondent parfois avec les grisailles des brouillards lointains.

A l'exception de quelques rues larges et rectilignes que l'on reconnaît tracées ou rectifiées par des Européens, la ville est sillonnée d'impasses au sol latéritique et rocheux, tortueuses et j)arfois si étroites que deux individus n'y pourraient circuler de front. Des murs s'échappent d'innombrables et longues gargouilles d'écorce faites pour déverser, le cas échéant, la pluie tombée sur deux à trois mille mètres carrés de terrasses dans les ruelles alors transformées en ruisseaux torrentueux. En bordure des argamasses sont plantés une infinité de petits pâtés de terre à forme conique dont les plus gros sont du volume d'un pain de sucre. Us supportent à leur sommet le plus souvent une brindille de bois, quelquefois un œuf d'autruche, une vieille lampe, une tasse et parfois même sont recouverts de vases de nuit vraisemblablement hors d'usage...

Chaque quartier forme un Ilot de cases, de cours, de

passages et de places. Et tous ces cubes de terre, toutes ces flèches quadrangulaires et ces pâtés coniques, toutes ces murailles lézardées, incrustées de vieilles assiettes rappellent avec les rares coiffes de dattier qui en surgissent quelque bourgade des pays africains du Nord.

En Côte dlvoire, Bondoukou et Kong sont sœurs parleur aspect et leurs habitants. La première est plus cachée, bâtie dans une campagne sylvestre et accidentée, alors que la seconde repose dans une vallée découverte devenue presquune plaine tant elle est effacée par les temps.

Pour connaître les gens d'une cité noire et de ses environs rien ne vaut une visite à son marché. Celui de Bondoukou est situé sur une belle et vaste place en rectangle aux grands côtés de laquelle s'élèvent de longs et spacieux abris à couverture de paille supportée par des colonnades de rônier.

Sous luu de ces abris se tiennent les bouchers dont les étales attirent des multitudes de mouches et l'unanimité des charognards de la ville. Oh ! ces oiseaux informes à tête dénudée et grise, si laids, si effrontés, si gauches dans leur sautillement ! On les laisse vaquer en paix parce qu'après tout ils ont leur rôle ici-bas. Ils sont les nettoyeurs de la ville, on les trouve là dès l'ouverture du marché, on les trouve plus tut à l'endroit où le bétail est abattu, on les rencontre,dans les amas d'ordures, partout enfin d'où s'échappent des relents de chair et de sang en décomposition. Et, le soir, on les voit remonter lourdement à leur perchoir, à

grands et lents coups d'ailes, ils vont vers les hautes cimes où ils sont les sombres ornements des bombax squelettiques et des baobabs mastodontes. Près des bouchers sont installés des Soudanais marchands de pagnes, de couvertures du Mossi, de bagues, de bracelets de cuir, de fer et d'argent, des ambulants venus de Coomassie pour vendre au détail divers articles européens (fil, allumettes, pétrole, etc.). Le second abri est surtout occupé par des femmes qui nonchalamment filent du coton dans l'attente de l'acheteur. Elles vendent des produits vivriers, et, selon les saisons, des ignames, des boules de beurre de karité, du coton, du riz, des arachides, des bananes, des papayes, du manioc, des oranges, du piment, des épis de maïs, du soumbara, des chenilles séché es et des champignons. Un peu plus loin d'autres femmes préparent des crêpes de maïs, et près d'elles des étrangers de passage, des Mossis, surtout offrent pour quelques cauris du poisson sec, de la galène, du sel, des perles, des colas et des fagots de bois. On trouve de tout dans ce marché. L'aveugle du Pont-des-Arts y flairerait son collègue. Un coiffeur y a installé son salon. Moyennant quelque monnaie il passe comme au papier de verre le bouclier encéphalique de ses clients peu exigeants. Il est en même temps préposé à la circoncision des jeunes dioulas et opère le jour où l'Almamy gratifie l'enfant d'un nom. Son intervention chirurgicale vaut aux parents du bambin une dépense de 4:00 à 800 cauris et l'offre d'un morceau de mouton. Dans cette foule qui va et vient parmi les cabris et les porcs en quête de détritus ou assoupis sous le soleil dru, que de commérages principalement lorsque tous les six jours se tient le grand marché. Quelle occasiou pour les femmes dioulas de

se montrer dans toute leur beauté avec leur coiffure en cimier fixée pour trois semaines à la graisse de karité et couverte d'un long voile blanc, bleu ou jaune tombant non sans élégance sur les épaules et le long du corps. Elles stationnent en groupes et bavardent tandis qu'elles tiennent en équilibre une calebasse ou un plateau, dans un geste d'égyptienne, sur la paume de la main renversée, le bras plié et encerclé de lourds bracelets d'argent s'échappant avec grâce du voile de linon.

Bondoukou viendrait de Gotogo et ce nom est d'ailleurs celui sous lequel la ^dlle est connue des Soudanais. Gotogo viendrait lui-même de « Goutouany » qui, en coulango, signifie « quelqu'un vient derrière ». Plusieurs versions expliquent l'origine de ce mot.

— « Il y avait, dit-on, non loin du quartier des forgerons un campement de chasse où habitaient des Gbeins. Des étrangers s'adressèrent à l'un des chasseurs, lui demandèrent le nom de son village, et celui-ci ne comprenant pas aurait répondu « Gou tou any ». Les étrangers appelèrent ainsi l'emplacement. De « Gou tou any », on fit Gotogo que les Dioulas appelèrent Bondoukou. En disant Gou tou any, le Gbeiii aurait voulu expliquer que le campement était un j)oint de passage, et que beaucoup de monde passerait encore derrière les étrangers qui l'interrogeaient.

L'autre version tient davantage de la légende. « Il est près de Bondoukou du côté Nord deux marigots. Quand on passait le premier, raconte-t-on, il disait — « Danlé ? » — (Tiens, tu passes aujourd'hui ?) — Le deuxième marigot

GEOGRAPHIE URBALNE

disait — « Ouambo » (Que tu es fatigué!). Et le premier habitant établi à Bondoukou disait « Gou tou any » — (Quelqu'un vient derrière). Ce qui signifiait qu'étant donnée la bonne situation du campement, nombreux seraient ceux qui viendraient encore s'y installer à la suite du nouvel arrivant ».

— « Bondoukou ou Bitougou, a écrit Binger, est plus ancienne que Djenné : sa fondation est antérieure à 1043 (1). » Suivant d'autres auteurs la ville ne serait vieille que de cinq siècles. Une bonne partie des musulmans vinrent de Begho en Gold-Goast, cette ville ayant été abandonnée à la suite d une querelle de femmes qui divisa ses habitants. La conquête des Abrons puis celle de Samory marquent les faits saillants de l'histoire de Bondoukou jusqu'à l'établissement de l'autorité de la France dans le pays. Gelle-ci fut précédée des explorations de Treich-Laplène en 1888, de Binger au mois de décembre de la même année, lequel visita de nouveau la ville en 1892. De 1896 à 1897, un détachement anglais commandé par un colonel campa au Sud de Bondoukou où peu après son départ arrivait l'Administrateur Glozel qui y installait le premier Chef de poste, M. Lamblin.

La résidence et ses annexes furent construites en 1898 en bordure de la ville dans sa partie Nord-Ouest. Pour des raisons sanitaires, principalement à cause de la proximité du ruisseau Ouambo à sec une partie de l'année, le poste, devenu chef-lieu du cercle de Bondoukou, fut transféré une dizaine d'années plus tard sur le plateau de Faraka (en mandé : sur la roche) de constitution latéritique, à peu près

(1) Binger, Du Niger au golfe de Guinée, page 161

dénudé, situé au Nord de raggiomération, à 500 mètres environ de celle-ci.

De l'ancien poste, il ne subsiste aujourd'hui que de pauvres, vestiges, des cases devenues Técole, le bureau des postes e't télégraphes et le gite d'étapes. Il reste dans ses environs des tapis de gazon d'Australie, de magnifiques allées de citronniers, d'orangers, d'acacias et de flamboyants dont les grosses inflorescences rouge-sang jonchent le sol de leurs fleurs en certaines époques de l'année. Cet ombrage, cette fraîcheur, ces fleurs faisaient de Bondoukou le poste envié, le séjour enchanteur, l'oasis délicieusement reposante.

L'emplacement nouveau de la résidence et du poste est mieux exposé à la brise de l'Ouest ; mais assez loin du village, isolé et sur un sol aride, il n'aura jamais quoiqu'on fasse la beauté du premier. Et combien à Bondoukou plus qu'ailleurs peut-on se rendre compte de l'effrayant provisoire des efforts réalisés, par tant d'Européens. Que de labeur, d'ingéniosité et de persévérance il représente à lui seul cet ancien poste réduit|à quelques allées d^arbres, à un ilôt de verdure, à quelques pans de mur en brique sèche !

La moyenne annuelle de la température de Bondoukou est de 26^S à 27°. Les nuits sont en général fraîches, les minima oscillant de 17* à 23° tandis que les maxima varient le jour de 25*' k 37<^. L'amplitude des températures extrêmes de vingt-quatre heures est de 9° à 15°. Entre les mois de mars et de novembre la température minimum observée (1914) a été en août de 16°8 (mois le plus frais avec 25^2 de température moyenne), la température maximum observée a été de 38° en avril, mois le plus chaud (moyenne 28o6).

Les vents dominants sont d'Ouest. L'harmattan du Nord-

Est se fait sentir surtout en janvier, et les tornades font des apparitions fréquentes en octobre et novembre.

Le ciel généralement limpide après le coucher du soleil assez couvert le jour. L'atmosphère est souvent d'apparence brumeuse, mais ce phénomène, eist du à la présence dans l'air d'une nuée de parcelles microscopiques de mica faciles à recueillir sur une plaque de gélatine préalablement mouillée et à observer ensuite au microscope.

Les pluies annuelles ne dépassent jDas 1 m. 30 à 1 m. 50, et l'état hygrométrique varie dans les Imiites de 55 à 80.

Les premiers Européens venus à Bondoukou ont signalé les eaux de l'endroit comme mauvaises. Ils les disaient empoisonnées fréquemment par les racines d^un arbre commun à la région, l'erythrophelium guineensis. Il est évidemment regrettable de ne pouvoir utiliser les sources fraîches qui jaillissent du pied des massifs ferrugineux situés à quelques kilomètres au Nord de la ville, mais l'eau des puits, une fois filtrée ou bouillie est aussi potable et non plus mauvaise que celle commune dans la majorité des postes de la Côte d'Ivoire. L'état sanitaire de la population européenne de Bondoukou est au reste satisfaisant pendant la plus grande partie de Tannée.

La population fixe de Bondoukou évaluée cà 2.800 habitants comprend des éléments des races les plus diverses où dominent nettement les Mandés-Dioulas, au nombre de 2.300 environ.

Les Gbeins forment un groupement de 80 individus et paraissent être les vrais autochtones.

Les Gans ou Wandaras dont le nombre ne dépasse pas 150, occupent de petits campements de culture, aux envi-

rons de la ville. Us ont un dialecte propre, et leur chef Bandara Massa ou Sié Goffi est le maître de la terre. 11 veille à ce qu'elle ne soit pas souillée, chaque souillure (adultère, vol, etc.) donnant lieu à un sacrifice au fétiche de la terre. La population, même musulmane, est soumise envers lui à certaines obligations coutumières. C'est ainsi que les bouchers dyoulas ne peuvent tuer un bœuf ou tout autre animal domestique (mouton, cabri) sans remettre au boy envoyé par Sié Coffi une pièce de viande que celui-ci distribue aux gens de sa cour. A ce propos, il convient de constater que TAlmamy, mais à titre de chef religieux des musulmans, a lui aussi une part obligatoire de tout animal tué, de préférence un morceau de cou et de foie.

Les Gorombos, avec leur chef Kri Cofii, disparaissent peu à peu et ne sont plus qu'une trentaine. Ils parlent Gan et sont apparentés aux Wandaras.

Vient ensuite l'élément musulman provenant de Begho et qui est le plus important. Il comprend :

1° Les Noumourous ou forgerons, les Ligbis partis presque tous à Dabakala avec leur chef Sanoussi après la conquête de Samory, les Huélas et les Dioulas proprement dits (Kari Dioula et Wattara), enfin les Malaras ou Haoussas.

Les musulmans sont répartis en neuf quartiers :

Timité, Donzo, Koumala, Malara, Kari Dioula, Koumpraya, Koko, Neneya et Huéla.

Au Nord de la ville, non loin du plateau de Faraka, se trouve une agglomération de paillottes qu'habitent au nombre de 300 environ, des gens de tous les coins du Soudan méridional et de la haute Côte d'Ivoire. Djiminis et Diamalas de la région de Dabakala, butin des bandes de Samory,

vendus en Gold-Goast et venus par la suite à Bondoukou trouver la liberté, Pallakas, Tagbas, et Senoufos de la région de Koroko. Isolés, minables, craintifs, agriculteurs laborieux, animistes en majorité, ils sont méprisés des Dioulas et vivent sous notre protection ainsi que dans un village de liberté.

Les Dioulas de Bondoukou montrent assez peu de dispositions pour le travail. A toute heure du jour, on les trouve nombreux accroupis le long des murs en contemplation du néant ou occupés béatement à égrener leur chapelet.

Les professions les plus recherchées sont sans conteste celles de, pédagogue près des écoles coraniques et de marchand ou colporteur. Du Karamoko et du commerçant quel doit être le plus considéré ? C'est là l'objet de discussions fréquentes. Le premier prétend qu'Allah lui saura gré d'avoir passé son existence à prier et à enseigner la prière ; le second déclare que les bénéfices qu'il réalise lui permettront d'avoir des funérailles convenables qui lui assureront un audelà merveilleux.

On peut évaluer à près de 200 le nombre de bambins fillettes mais garçons surtout qui fréquentent les huit écoles coraniques élémentaires de la cité. Ils y travaillent — oh ! sans crainte de méningite — le matin et le soir, sauf le mercredi après-midi, le jeudi matin et après-midi, le samedi matin.

Une école coranique d'enseignement supérieur se trouve dans chacun des quartiers de Donzo, Coumbala et Timité, ce dernier étant la pépinière des marabouts de renom, celui où sont choisis les « Almamy ». Les études y sont poussées assez à fond par des Karamokos qui ont été compléter leur Instruction arabe en Gold-Goast à Duïa.

La plupart des Karamokos vivent de la vente de gris-gris aux populations fétichistes du pays. Certains notables abrons et coulangos en sont couverts aux jours de fête, et portent autour de la tête de volumineux grimoires écrits à l'encre rouge et noire qu'ils ont dû payer fort cher à n'en pas douter.

Les teinturiers et les tisserands entrent également dans la catégorie des indigènes jouissant d'une certaine considération. Les premiers habitent le quartier haoussa de Malara et travaillent à 38 puits. Les feuilles qu'ils utilisent pour la teinture sont pilées, transformées en grosses boules, jetées dans les puits remplis d'eau qu'on agite avec de longues perches pour activer la dissolution des couleurs. Puis ces boules retirées des puits, sont séchées, transformées en briques mélangées à du beurre de karité et à de la graisse de cabri, lissées avec des cailloux pour fournir un damage cimenté excellent.

Les tisserands sont la plupart étrangers à Bondoukou. Ils viennent de Kong ou des villages coulangos des environs.

La teinture d'un pagne ordinaire coûte trois francs, le tissage trois francs, la couture des bandes 0,50 et le pagne se vend dans l'indénié à Aboisso, dans l'Attié et sur les marchés anglais jusqu'à quinze francs. Le principal bénéfice est réalisé par le teinturier et le vendeur. Le tisserand gagne peu.

On trouve dans la ville quelques savetiers, quelques bijoutiers qui travaillent surtout l'argent ; dans les quartiers de Coumbala et de Huéla des fabricants de paniers et de nattes.

Puis viennent les métiers méprisés de boucher et de for-

geron. Ceux qui exercent cette dernière profession forment, comme dans toute la haute Côte, la caste des Noumourous. A Bondoukou ils n'extraient pas le fer de la latérite et n'emploient que de vieilles ferrailles pour la fabrication d'outils agricoles. Leur enclume ou sulukii est l'un des fétiches inspirant le plus de crainte aux gens du pays.

Enfin parmi les. principales cultures de la région, il convient de citer celles de l'igname, du maïs et du coton.

Attirer l'étranger, l'amener à stationner le plus longtemps possible chez lui parait être le plus grand souci du Dioula de Bondoukou. C'est ce qui explique, en dehors de l'influence de la nature et du milieu, son goût tout particulier pour les réjouissances à tout propos en dehors même des beaux clairs de lune et des fêtes annuelles des pintades, de l'eau, du ramadan, des jeunes filles, des mariages, du mouton, etc. Cette misère dorée saisit toutes les occasions pour s'endimancher, s'affubler de boubous sensationnels, esbroufer sa clientèle de passage.

Une physionomie intéressante domine cependant la masse de la population ; c'est celle de l'Almamy Kounandi Timité dont l'influence religieuse s'étend non seulement sur l'élément musulman de la circonscription mais sur des villages islamisés de la Gold-Coast(Dienéné, Tougoula, Wanchi, etc.)." Agé de 56 à 58 ans, intelligent, lettré, orgueilleux dévoué à notre cause, Kounandi Timité a été pour nous un auxiliaire précieux lorsque vers 1896 les Abrons manifestèrent quelque turbulence.

Son prestige moral s'exeree même sur les Goulangos et les Abrons, et il jouit près de leurs chefs d'un ascendant personnel incontestable. L'intérêt qu'il a porté de tout temps

à l'évolution de notre administration est vu d'un assez mauvais œil des notables des quartiers dioulas de la ville confinés dans la routine. Ne lui ont-ils pas interdit, il y a quelques années, de porter des sandales brodées d'or et de fréquenter Técole française sous jDrétexte que la coutume ne le prévoyait pas ? En somme, l'Almamy a des allures d'indépendance contrastant assez avec l'austérité qui convient à un chef religieux. Kounandi Timité s'est de plus trop occupé de commerce sans doute dans l'espoir d'arriver à faire face aux dépenses que nécessitent son train de vie. Soit qu'il ait voulu spéculer sur les bœufs, les colas ou le karité il a toujours fait de mauvaises affaires et s'est endetté. Cette situation l'a mis parfois en si fâcheuse posture qu'il a tenté sous divers prétextes de s'installer hors de Bondoukou. L'obligation d'y séjourner que lui imposent les chefs de quartier par la menace de le remplacer ne lui ont jamais permis de réaliser son projet.

Bondoukou était un gîte d'étapes important pour le caravanier du Soudan soit que celui-ci se rendît dans rAshanti anglais pour vendre du bétail ou des pagnes, soit qu'il en revint avec des colas, de la poudre, du sel ou d'autres produits d'importation européenne. Dans cette ville de plaisir où les fêtes coutumières sejsuccèdent et où naturellement les occasions de dépenses sont nombreuses, les noirs étrangers aimaient à stationner après avoir traversé des villages habités par des indigènes de races différentes et parlant d'autres dialectes. Les caravaniers arrivaient à Bondoukou et descendaient dans l'un de ses quartiers comme dans un hôtel. Amenaient-ils un troupeau, ils payaient à leur hôte 1 fr. 25 par tête de bœuf et 0,60 centimes par tête de mou-

GÉOGRAPHIE URBAINE -ï"

ton. Us payaient leur nourriture et celle de leurs bergers ou de leurs porteurs, l/hôte dioula se chargeait souvent luimême de la vente du bétail à Wanchi, à Sikassiko et à Cooniassie. Et, pendant ce temps le marchand demeurait à Bondoukou où, avant son départ, on s'entendait à lui faire dépenser, par les femmes et par le jeu, le plus clair de ses bénéfices. Cet état de choses subsiste toujours. Mais, pour des causes diverses le nombre d'étrangers passant par Bon- <loukou semble diminuer depuis deux ans. Les troupeaux do bœufs sont plus i^res, et les charges de colas transitant dans le cercle sont bien moins nombreuses.

En 1901, en effet, 1" Administrateur signalait que, dans le seul mois de mars, il était passé à Bondoukou 1 29 caravanes comprenant 1.100 personnes et provenant de San, Boromo, Ségou, Bandiagara, Sikasso, Bobo, Safana et Touba, c'est-àdire surtout des villages situés sur la grande voie commerciale du Soudan vers Tombouctou. La vente du bétail et particulièrement l'achat des colas rouges en pays Ashant^ avaient créé ce mouvement. 11 y a lieu de penser que l'arrivée de la voie ferrée à Bouaké, centre commercial qui a pris en quelques années une importance très grande au coeur de la Côte d'Ivoire, est pour beaucoup dans le ralentissement des transactions. En tout état de cause, cette situation économique qui s'est révélée assez brusquement atteignant une population nombreuse n'a pas manqué d'appeler l'attention de l'administration locale qui se préoccupe de diriger les indigènes vers les travaux agricoles susceptibles de leur pvocurer de nouvelles ressources.

De Bondoukou partent deux voies commerciales impor-

tantes : celle de Coomassie et celle d'Aboisso par l'Indénié, cette dernière de moins en moins fréquentée.

Pour détourner au profit de la Côte dl voire et de son chemin de fer le commerce qui se fait de Bondoukou vers Coomassie, il faudrait arriver à drainer les produits du cercle et ceux venant du Soudan soit sur Bouaké par la nouvelle route de Groumania, soit sur Dimbokro par la route d'Akakoumoékrou, soit enfin sur Agboville par l'Indénié et Tx^ttié.

Dans le Sud de Bondoukou et sensiblement jusqu'à la latitude de Bondoukou, la culture du cacaoyer commence à se développer dans de bonnes conditions. L'exploitation des gîtes aurifères de la région est susceptible également de procurer aux indigènes des revenus appréciables. Les essences latécifères, principalement le funtumia^ abondent dans la forêt du sud et leur exploitation rationnelle et méthodique peut, chaque année, fournir quelques tonnes de bon caoutchouc. Au Nord de la ligne Bondoukou-Groumania, les efforts des indigènes doivent être surtout orientés dans la voie de l'extension des cultures du coton et du riz (cantons du Bini, du Barabo, du Nasian), de l'exploitation des lianes à caoutchouc et de la cueillette du kapok blanc. Ce dernier produit acheté jusqu'à 0.70 le kilo égrené peut être récolté et égrené par les enfants, puis pressé dans des sacs qui seraient mis à la disposition des indigènes par les maisons de commerce. Dans le Nord, notamment dans la région de Bouna, la graisse de karité commence à faire l'objet d'une exploitation sérieuse, puisque six tonnes en ont été exportées dans les premiers mois de 1914.

Le cercle de Bondoukou n'est pas encore assez étudié au

poiat de vue de sa flore et de sa géologie pour que son avenir économique et minier puisse encore faire l'objet de prévisions bien établies. Cette étude peut réserver d'intéressantes découvertes. C'est ainsi qu'il y a quelques années on a signalé la présence en abondance dans la foret d'une essence, le « cinchona af ricana », de l'écorce duquel il sera peut-être possible de tirer des sels de quinine. C'est ainsi que plus récemment j'ai pu recueillir dans le massif de Kinta des roches syénitiques renfermant des éléments titanifères.

Mais le problème délicat qui se pose pour le moment est celui de l'évacuation des produits du cercle vers la voie ferrée de la Côte d'Ivoire. Bouaké est environ à 280 km. de Bondoukou, Dimbokro approximativement à la même distance et pour atteindre ces centres commerciaux l'indigène est obligé — ce qui le rebute assez — de traverser de grands cours d'eau comme la Gomoé et le N'Zi. L'établissement d'un caravansérail et d'un vaste hangar abri à Groumania sur les bords de la Comoé serait susceptible de solutionner la question. Les commerçants de Bouaké établiraient en ce point de petites boutiques. Ils achèteraient aux indigènes du cercle de Bondoukou leurs produits et leur vendraient les marchandises européennes qu'ils vont actuellement chercher à Coomassie (fil, pagnes, pétrole, sel, allumettes, etc.). Ce moyen éviterait aux vendeurs le long portage entre Groumania et le rail, alors que le commerce de Bouaké pourrait faire venir soit par charrettes soit par auto-camions, à Groumania où il ^es achèterait, les produits indigènes rassemblés en quantité suffisante. De la sorte, même la vente du riz, produit pauvre, serait rémunératrice pour l'indigène du Barabo, du Nasian ou du Bini (cantons proches de Groumania). Le commerçant

— sans songer à faire l'exportation de ce riz — trouverait de son côté mille occasions de le céder dans la Colonie par exemple pour la nourriture de la nombreuse main-d'œuvre que demandera encore la construction du prolongement Nord et de l'embranchement Ouest de la voie ferrée ou pour celle de l'importante garnison de tirailleurs qui sera stationnée à Bouaké.

La question envisagée est évidemment un peu en dehors du sujet. Mais il paraissait indispensable de l'exposer puisqu'elle intéresse l'avenir même de la ville de Bondoukou dont les habitants vivent encore des transactions commerciales entre Soudan et Gold-Goast alors que comme les Goulangos, autochtones du pays, ils seront peut-être, dans un avenir très prochain, obligés de rechercher une partie de leurs ressources dans les travaux agricoles.

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