GUIGNON
T • * * ( Begon.
Lieutenants . . . . ^ ^
( Bourrât.
Spahis. .
Conducteurs sénégalais.
Capitaine Dumas.
Lieutenant Gervais.
t Capitaine Dubois.
' * / Lieutenant Trémollières.
A la" hâte les préparatifs étaient faits, lorsqu'une autre opération toute différente s'imposa encore.
Affaires de l'Akapless.
Les turbulentes populations situées sur les bords de la lagune de Grand-Bassam, celles même contre lesquelles nous avions eu si souvent à sévir depuis notre première occupation (1843), se mutinaient encore.
Le commandant Pineau fut désigné pour la conduite de l'opération, pour laquelle on disposait d'environ deux compagnies, y compris 50 hommes de la milice locale.
Il s'agissait de s'emparer de Bonoua, la capitale de l'Akapless, le pays mutiné, et qui se trouvait en pleine forêt.
Les troupes se heurtèrent à un premier obstacle en débarquant à Impérié sur les bords de la lagune.
Les palissades et les palanques dressées par les indigènes n'arrêtèrent guère cependant nos tirailleurs, qui se portèrent en masse sur Bonoua.
L'attaque, si énergique qu'elle fût, dut cependant céder devant la fusillade extrêmement nourrie qui partait du village. Beaucoup de fusils ennemis étaient chargés de mitraille qui nous faisait de nombreux blessés. Le lieutenant Hutin reçut une balle en pleine poitrine.
Après avoir longuement résisté, malgré les pertes et le feu des assiégés, pour donner le temps de relever les morts
et les blessés, le commandant Pineau donna l'ordre de se replier sur Impérié.
Le 15 novembre, de nouveaux renforts arrivaient sous les ordres du lieutenant-colonel Monteil. Le 16, l'attaque sur Bonoua était reprise en deux colonnes.
Colonne de gauche, lieutenant-colonel Monteil :
13® compagnie (3 sections) ;
Une section de miliciens : Lieutenant Largeau;
Une section de tirailleurs haoussas : Sous-lieutenant Phélis.
Un détachement du génie : Capitaine Dewrez ;
Une section d'artillerie : Capitaine Marchand. Colonne de droite, commandant Pineau :
10^ compagnie de tirailleurs sénégalais : Capitaine Lallement ;
14^ compagnie (1 peloton) : Capitaine Boussac.
Le reste des troupes composant la 14^ compagnie était resté en réserve assurant la garde du convoi et celle du camp. Avec moins d'efforts cette fois, mais non sans un égal courage, l'attaque réussit pleinement. Ces deux combats avaient mis en valeur la vaillance particulière de nos troupes indigènes, celle aussi de ceux qui les conduisaient.
A la suite de cette affaire, le colonel Monteil adressait au gouverneur du Dahomey un télégramme ainsi conçu : « Deux brillants combats nous ont rendu maîtres, le 9 et le 16, forteresse Bonoua; suis très satisfait conduite des Haoussas. »
A la fin de novembre 1894, les sept compagnies étaient ainsi réparties dans les villages occupés déjà par des administrateurs :
Toumodi (vallée du Bandama). . . 1 compagnie.
Tiassalé 1 —
Grand-Lahou 2 —
Dabou 1 —
Grand-Bassam 2 —
Le 12 décembre, toute la colonne était concentrée à Tiessalé pour s'enfoncer dans l'intérieur.
Un nouvel obstacle allait encore détourner la colonne de son but principal : ce fut l'insurrection du Baoulé.
Insurrection du Baoulé.
Le Baoulé est cette même région si rebelle à la pénétration où plusieurs de nos compatriotes avaient été assassinés. Ainsi, non seulement il était impossible de recruter des porteurs indispensables dans ce pays, mais encore on se heurtait à l'hostilité des indigènes. Des convois étaient attaqués près de Ouossou et à Ahnakré (lieutenant Hayes).
L'intelligence des chefs, le dévouement des tirailleurs, eurent également raison des nouveaux obstacles.
A citer les traits de courage des tirailleurs : Amady, par exemple, qui, alors que les communications étaient rompues entre Toumodi et Ouessou, se présenta pour porter la nuit un courrier entre ces deux postes et parvint à remplir sa difficile mission après une marche non interrompue de 84 kilomètres.
Néanmoins, cette insurrection avait retardé notre marche en avant, outre qu'elle nous avait encore coûté treize morts et de nombreux blessés. Il devenait d'ailleurs nécessaire de consacrer une partie plus considérable des troupes à protéger en arrière la colonne volante qui s'enfonçait dans l'intérieur.
Grand-Lafiou tête d'étapes et camp. — Le point de Grand- Lahou sur la côte avait été choisi en quelque sorte comme tête d'étapes de guerre. C'était le trait d'union qu'il s'agissait de maintenir entre la colonne et le monde civilisé. C'est là qu'étaient concentrés les approvisionnements, là qu'on devait débarquer les vivres et munitions de réapprovisionnement, comme auparavant on y avait débarqué
— soles chevaux et les mulets destinés aux transports de l'expédition (1).
Le capitaine Braulot restait chargé d'assurer le service à Grand-Lahou.
La colonne wlante. — La colonne se reliait à Grand- Lahou par les postes de Tiessalé, Singoroho, Ouossou, Toumodi, placés sous la garde de quelques compagnies.
La composition de cette colonne était la suivante :
Commandant : Lieutenant-colonel Monteil.
f Chef : Commandant Pineau.
Etat-major. < Capitaine Marchand.
1 ^ . . . I Baratier.
\ Lieutenants. . .{ ^
\ Largeau.
Les troupes comprenaient :
Trois compagnies de tirailleurs sénégalais ( 10«, 14^ et J o«) ;
Une section d'artillerie;
Un petit détachement de spahis (16) ;
Un convoi et une ambulance (\)^ Réjou).
Le commandant de la colonne avait envoyé, suivant les instructions qu'il avait reçues, un interprète à Samory, chargé de faire à l'almamy des propositions de paix, moyennant l'évacuation des territoires du Diammala et du Djimini, placés sous notre protectorat. L'interprète ne revenant pas, la marche en avant n'en fut cependant plus retardée.
La colonne atteignait Kodiokofi-Krou le 19 février, où un nouveau poste était créé avant de pénétrer plus loin dans l'intérieur. Le capitaine Marchand, qui, connaissant déjà le pays, avait été envoyé en reconnaissance vers Satama, était de retour quelques jours après, rendant compte que les négociations de l'interprète avec Samory n'avaient pu aboutir. Le convoi avait môme été pillé par les sofas.
(1) Pas un soûl do cos animaux, au nombre d'environ :300, ne survécut aux fatigues de la colonne.
La colonne, qui s'était adjointe la 9® compagnie de tirailleurs sénégalais (capitaine Desperles), part de Kodiokofi le 21 et arrive à Satama le 28. L'ennemi était signalé dans la direction de Wandarama et Dakhara (le camp).
Deux reconnaissances sont envoyées : la première (9« compagnie, capitaine Marchand) sur Lafiboro, la seconde (15^ compagnie) sur Satama-Soukoura.
La première reconnaissance prend - contact avec les avant-postes ennemis à Lafiboro, où elle eut à subir plusieurs attaques.
La colonne restée maîtresse du village se concentrait en ce point pour prendre la route de Sokola-Dioulassou. La marche eut lieu de nuit ; après différents combats {Kassangoua, Dieliso, Kadiaouli, l'ennemi était refoulé vers le nord et la colonne entrait à Sokola-Dioulassou, qu'on trouvait évacué, mais où les approvisionnements et les munitions laissés par les sofas dénotaient la précipitation de la fuite.
Une reconnaissance était dirigée le dO mars vers le nord ■ ouest par le colonel Monteil. Elle eut un engagement le même jour (10 mars) à Naolo avec les sofas.
A ce moment, des pourpalers commencèrent avec l'almamy; on profita heureusement d'un armistice qui devait durer quarante-huit heures pour laisser prendre quelque repos à nos troupes exténuées, fort décimées déjà.
Cependant les pourparlers n'aboutirent pas et les hostilités reprenaient le 14 par le combat de Sokola qui fut un des plus meurtriers. Ce ne fut pas sans déployer toute leur bravoure et toute leur énergie que les troupes françaises restèrent maîtresses du champ de bataille. Pendant l'action, le colonel Monteil avait été blessé à la jambe par la balle d'un sofa.
Néanmoins le combat avait duré assez longtemps pour permettre à Samory, qui occupaitDabakala, de fuir en emportant tous ses biens ; en arrivant dans ce village le len-
demain, on ne trouvait qu'une courte résistance, mais il était trop tard.
Le commandant de la colonne ordonna alors de se replier sur Satama.
Dans cette manœuvre, la colonne fut harcelée par les sofas qui tentèrent vainement de nous arrêter au passage du Bé. C'est dans un de ces engagements que le lieutenant Baratier tua de sa propre main le meurtrier du capitaine Ménard, Sékou-Ba.
Après un nouveau combat à Gouameladoujou, la colonne parvenait enfin à Satama le 17.
Le courrier de France était arrivé depuis plusieurs jours ; un pli venant du ministère contenait l'ordre pour le colonel Monteil de revenir immédiatement à la côte. Deux compagnies de tirailleurs (commandant Caudrelier) devaient continuer seules, s'il y avait lieu, les hostilités.
C'était la fin de la colonne de Kong.
Marche vers la côte. — La marche vers la côte reprenait donc, suivant les ordres supérieurs, le 24 au matin.
A grand'peine la colonne se procurait maintenant en enlevant les villages (Satama, Soukoura) des approvisionnements qui ne lui parvenaient plus. Il s'agissait maintenant de se frayer un passage à travers les pays des indigènes N'Gouans révoltés.
Partout à Alangoua, Simbo^ etc., il fallait tenir tête à l'ennemi presque invisible qui, caché dans la forêt, harcelait continuellement les troupes. L'interprète était tué. En même temps les fatigues, la fièvre et les privations terrassaient beaucoup d'officiers.
La traversée de la forêt tropicale s'acheva enfin. La colonne arrivait à Grand-Lahou, après avoir surmonté de nombreux obstacles.
Jamais troupes composant une expédition n'avaient mieux rempli leur devoir.
Sans chercher les autres résultats et conséquences de la
colonne de Kong, nous n'avons qu'à constater qu'elle avait servi, en tous cas, à consolider notre influence dans ces régions. Une connaissance plus grande des territoires soumis à la France était acquise. L'occupation permanente était assurée par la création de nouveaux postes à Tiessalé, Singorobo, Ouossou, Toumodi et Kodiokofi, occupés par des troupes sénégalaises.
L'ancien poste deDabou, resté longtemps abandonné, était à nouveau gardé par un détachement d'artillerie de marine.
M. le chef de bataillon Pineau, qui s'était trouvé partout aux nombreuses opérations de la colonne Monteil, restait commandant des troupes à la Côte d'Ivoire après la dislocation de la colonne. Sous sa direction, un poste fut en outre créé à la frontière ouest de la colonie à Hidié sur le Cavally, dans une région où, pour la première fois, se montraient nos armes.
Retrait des troupes. — L'état pacifique du pays semblant devoir se perpétuer, le retrait des troupes s'effectua peu à peu. C'est ainsi que l'année 1896 vit leur remplacement par la milice indigène.
L'œuvre de colonisation devra être désormais continuée par les administrateurs.
Les administrateurs de la colonie (divisée en cercles) sous les ordres du gouverneur à Grand-Bassam, résident en majeure partie sur la côte, où ils sont échelonnés sur les principaux points (la/îow, Sassandrah, Sari Pedro, Berebi, Tabou) Les autres postes sont placés dans la région est, la même, où la dernière colonne a opéré.
Est-ce à dire que l'usage de nos armes ne s'imposera plus dans ces régions, et qu'il faille désormais se fier à une douce quiétude pour la garde d'une colonie naissante?
Bien au contraire, et en admettant que l'ère des conquêtes soit terminée là-bas, il nous faudra quand même lutter encore, lutter pour conserver nos anciens territoires.
En somme, cette colonie de la Côte d'Ivoire, dont on pourrait dire qu'elle est en même temps la plus ancienne (par ses origines) et la plus récente, est loin d'avoir terminé son histoire.
Les dangers politiques à la Côte d*Ivoire.
Voyons donc d'où peuvent venir pour elle les complications et les dangers immédiats.
lo A l'est: Les Anglais. — A ses côtés, à l'est, l'Achantî s'agite et les Anglais dans leur expédition récente à la Côte d'Or n'ont pas caché leurs convoitises. On pourrait même dire que cette expédition n'est qu'un moyen secondaire d'arriver à leurs fins : s'assurer la possession de l'hinterland oriental de notre colonie de la Côte d'Ivoire et détourner les routes commerciales vers la Côte d'Or.
Le prétexte à l'expédition, mûrie déjà depuis longtemps, fut vite trouvé. Les Anglais prétendirent que la clause du traité de 1874 concernant les sacrifices humains n'était pas observée : un résident était imposé au roi de l'Achanti.
Sir Francis Scott avait le commandement de cette expédition qui avait été préparée avec un grand soin, et pourrait servir de modèle même à ce sujet à toute entreprise coloniale analogue. Peu d'Européens parmi les troupes composées d'indigènes. Après avoir établi sans précipitation des camps bien approvisionnés pour le ravitaillement, la colonne marchait sur Coumassie, capitale de l'Achanti. Elle y entrait sans coup férir le 17 janvier 1896, faisait le roi prisonnier (1), annexait de nouveaux territoires.
Grâce à une hygiène sévère, on ne comptait que trois morts et cinquante- quatre malades dans les troupes anglaises à la fin de cette expédition.
A l'heure actuelle, les Anglais réclament le Mossi, le
(1) Le roi de l'Achanti et sa suite viennent d'Outre rôccmmi^nt exilés par les Anglais.
Côte d'Ivoire . 3
Manpoursi. Des traités ont été rapportés de ces régions par de nombreux explorateurs français (Binger, Braulot, Baud) , tous officiers chargés de cette unique mission. Cependant, à ces traités les Anglais osent opposer les arrangements commerciaux qu'un de leurs agents nègres, nommé Fergusson, a pu conclure avec quelques rares indigènes.
Il semblerait encore que, de ce côté, Samory aussi travaille pour eux. En 1893, le roi de Bondoukou était, en effet, chassé de sa capitale par les sofas. Ardjoumani venait nous demander asile et protection en même temps contre les Anglais.
Les territoires attenant à la Côte d'Or anglaise doivent être, malgré les frontières établies, constamment défend us contre les convoitises de nos voisins.
2» A l'ouest : Guerre cavallo libérienne. — Du côté de l'ouest, une légère agitation, bien moins considérable toutefois, mérite cependant notre attention.
Les populations de la rive gauche du Cavally, semblant s'inspirer du mot de Pascal : (( Plaisante justice qu'une rivière ou qu'une montagne borne ! )) revendiquent leurs territoires de la rive droite, placés par l'arrangement de 1892 dans les pays du Libéria.
Les indigènes habitant les villages de ces territoires (entre autres Half-Cavally) sont même des sujets rebelles, contre lesquels la République libérienne a été tout récemment obligée de sévir (1895-96).
Dans cette lutte, où l'unique aviso qui compose la marine du Libéria a bombardé ces villages qu'on a essayé aussi de prendre par la famine, il est difficile de dire qui a eu le dessus. Les troubles ont pris fm maintenant, non sans avoir coûté la vie au Président de la République, Cheeseman, mort empoisonné par les rebelles.
Néanmoins, toute cette région est plutôt sympathique à la France et, d'ailleurs, on doit espérer qu'un statu quo indulgent se maintiendra et effacera pour les indigènes, si
lents à adopter nos réformes, tout ce que l'arrangement de 1892 avait de brusque et d'absolu.
Malheureusement, là aussi, il faut se mettre en garde contre l'influence anglaise.
Les Anglais dans le Libéria. — Une compagnie commerciale anglaise (Libéria government concessions and expéditions Company) s'est engagée envers les chambres libériennes à sortir la République de ses embarras financiers, moyennant la concession de l'exploitation du caoutchouc et des bois dans les forêts du Libéria.
De là aux influences politiques il n'y a qu'un pas.
Mais ces traités sont contraires d'ailleurs aux dispositions conclues avec les autres puissances et en particulier avec la France.
Une convention à ce sujet avait été conclue le 17 avril 1892 entre le capitaine de vaisseau Baudin et le secrétaire d'État libérien Teage.
Les Anglais n'en ont cure.
3° Au nord: Samory. — Au nord, la colonie qui n'a pas de limites déterminées est occupée par Samory, le grand pourvoyeur d'esclaves. Des pourparlers échangés avec l'almamy (capitaine Braulot 1896), n'ont pas abouti. Samory se trouvait alors (septembre 1896) « à Kouroiinsa, sur le Comoë par 8° en amont de Mango. A l'ouest, il occupait le Djimini et le Diammala avec des postes avancés à Farako et Kouronkono, au nord de Satama-Soukoura. A l'est, Samory avait des troupes dans le Bondoukou, sous le commandement de Sanié Mori, son fils. »
La prospérité de la Côte d'Ivoire, proprement dite, n'est nullement compromise par l'échec de ces négociations.
Même si la pénétration du Soudan nous était momentanément interdite par la voie de la Côte d'Ivoire, il resterait assez à faire ailleurs dans la colonie, pour que cette tache fût reprise plus tard.