‹ La côte des Esclaves et le DahomeyChapitre 14 sur 65 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

KTAT RELIGIEUX.

On dit généralement que le fétichisme est la religion des noirs; le fétichisme, c'est-à-dire l'adoration des objets naturels, animaux, plantes, rivières, etc.

Il est vrai, les noirs adressent leur culte aux objets naturels; par peur, par reconnaissance ou par superstition, ils se prosternent devant la créature; mais on a tort de supposer qu'ils ignorent le Créateur. Nous ne nions pas que ce culte soit grossier, très-grossier ; cependant, il ne nous est pas possible d'admettre qu'il n'y ait dans ce cuite que l'élément grossier. Les noirs ont plus que l'adoration de la matière ; on est injuste à leur égard, lorsque, par légèreté ou parti pris, on en veut faire une espèce d'hommes primitifs que des transformations successives ont distingués de l'animal, sans les rendre semblables encore à l'homme blanc; on est injuste à leur égard lorsqu'on prétend que leur culte exclut l'idée de Dieu et les tient à genoux devant la matière pure.

Ils n'ont pas besoin d'arriver à l'idée de Dieu. Cette idée, ils l'ont ; et, dans leur cœur, un sentiment domine toutes les aspirations : le sentiment religieux. Cette idée s'est obscurcie; ce sentiment s'est corrompu; l'esprit a eu ses défaillances, le cœur a eu ses faiblesses; malgré tout, le noir

' Ce chapitre et les deux suivants ont été publiés dans la Revue du Monde catholique.

n'a pu accumuler assez d'erreurs pour faire disparaître cette idée qui prime toutes les autres dans l'esprit humain; il n'a pu se dégrader au point de perdre le sentiment religieux.

Cicéron disait : « Il n'existe pas de peuple, si barbare et si sauvage qu'on le suppose, qui nait la pensée d'un Dieu, quoiqu'il ignore sa nature '. » Depuis Cicéron, des peuples, en grand nombre, sont entrés dans l'histoire, et la parole du philosophe romain est demeurée toujours vraie. Ce n'est pas en parlant des noirs de la côte des Esclaves qu'on pourra lui donner un démenti.

Qu'on me permette de citer des observations fort justes de M. Léonce de la Rallaye * : « On se fait d'habitude une idée fiiusse du paganisme antique, surtout aux premiers âges du monde. Le paganisme n'a été dans l'origine qu'une altération (Ir la vraie doctrine révélée de Dieu à Adam et aux patriarches, altération coupable, sans doute, dans son principe, puisqu'elle émanait de l'orgueil de l'esprit et de la faiblesse des sens, mais qui laissait néanmoins subsister un grand fond de vérité. La grande erreur et le grand crime de ces temps-là fut, en quelque sorte, de déplacer Dieu et de prétendre voir une vertu divine résider essentiellement dans des êtres qui n'étaient que de pures créatures... Mais l'idée même de Dieu demeurait profondément empreinte dans l'humanité primitive. «

Alors même que ■< tout était Dieu, si ce n'est Dieu luimême * », on conserva le souvenir d' « un être au-dessus des autres êlres, Père des dieux et des hommes... maître des vents et des tempêtes, etc.. » Toujours l'homme adressa ses sacrifices, ses offrandes et sa prière à un pouvoir supérieur. L'antiquité éleva des temples « au Dieu inconnu » que son esprit dévoyé n'avait pu oublier en entier ; et en même temps, elle imaginait des dieux à sa façon.

' Cicéron, De leg., I, 24.

' Revue du Monde calholique, JO juin 1877, p. 677.

■" BOSSL'ET.

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