IM LA COTE DES ESCLAVES
Il a fallu l'orgueil naturaliste de notre époque, l'esprit de révolte poussé à l'excès, pour qu'on ait follement rêvé de supprimer l'idée de Dieu. On a voulu chasser Dieu de l'univers, on s'efforce de tout expliquer sans Dieu. Cependant, comme Dieu est présent partout et que partout il se manifeste dans ses œuvres, la science ou plutôt Vinvention moderne a dû le remplacer par quelque chose. Après avoir supprimé d'un trait de plume le sublime récit de la création, elle a imaginé la sélection naturelle et autres systèmes que Quensted résume • en ces termes avec ironie : « Alors grouillaient toutes les ordures de la vie organique, et la toutepuissance de la terre inerte ne pouvait se lasser de créer. »
Les noirs n'ont pas une théogonie nettement formulée; ils n'ont pas (le peuple du moins) un corps de doctrine religieuse. Des notions éparses, des connaissances sans liaison et environnées de mille obscurités suffisent à ces peuples mous, sans souci d'autre chose que des besoins et des jouissances du moment. Attachés superstitieusement à de certaines pratiques, ils les conservent sans raisonner, sans réfléchir. Quand ils redoutent les effets de leur infidélité ou de leur négligence, ils cèdent, inconscients, au besoin de se soumettre au pouvoir supérieur qui régit tout. Et ils se soumettent à ce pouvoir qu'ils ne se donnent même pas la peine de définir, et ils rendent leurs honneurs et leur culte à la multitude des orichas auxquels ils l'attribuent.
En théorie, le noir est théiste, monothéiste même, dans ses croyances. Il distingue Dieu de tout le reste, non-seulement des objets communs et profanes, mais encore des orichas, qui sont l'objectif de son culte. Dieu est au-dessus de tout, disent les Nagos; il est créateur, Eledda; roi de gloire, Oga- Oga; maître de la bonne terre, Olodouvmyé : maître du ciel, Oloroun; maître par essence, Olouiva.
Oloroun est l'appellation ordinaire par laquelle on désigne
' Quensted, Géologie, I, p. 169.
Dieu en nago; les Djedjis et les Minas le nomment Maou.
Le noir attribue à Dieu ce qui se produit de bien; c'est à lui qu'il le rapporte. Si un danger grave le menace ; s'il est injustement attaqué ou opprimé, il élève ses regards vers le ciel et il invoque Dieu; il s'écrie : « Oloroun! Maou! » Un proverbe qui a cours parmi les Dahoméens montre la foi de ces peuples en Dieu et dans sa providence : on dit sous forme de salutation : « Dieu aide celui qui travaille. »
Malheureusement, ces croyances sont sans influence sensible sur la pratique, et le noir vit comme si Dieu ne s'occupait point de lui ou comme s'il n'existait pas. Semblable aux païens de l'antiquité, aux Grecs et aux Romains dont parle saint Paul '. << ayant connu Dieu, ils ne l'ont point glorifié comme Dieu, ou ne lui ont pas rendu grâces; mais ils se sont perdus dans leurs pensées, et leur cœur insensé a été
obscurci Ils ont changé la gloire de Dieu incorruptible
contre une image représentant un homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles. Aussi, Dieu les a livrés aux désirs de leurs cœurs, à l'impureté, en sorte qu'ils ont déshonoré leur propre corps en eux-mêmes; eux qui ont transformé la vérité de Dieu en mensonge, adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni dans les siècles. »
Nous pourrions continuer notre citation ; car saint Paul semble avoir eu les noirs de la côte des Esclaves en vue, quand il traçait le tableau des égarements de l'antiquité pa'ienne.
Le noir dit que Dieu est l'auteur de tout bien, et cependant il demande tout à Yoricha : « // déplace Dieu », selon l'expression heureuse de M. Léonce de la Rallaye. Dans la pratique, il ne voit pas Dieu où il est, et il le cherche où il n'est pas : dans Yoricha qu'il a fabriqué. Il estime que Dieu est trop grand pour s'occuper de lui, et qu'il s'est déchargé
' Saint Paul aux Romains, c. i, 5" 21 à 25.
sur l'oricha du soin des noirs. Maître du ciel, Dieu jouit de l'abondance et des douceurs du repos, réservant ses faveurs aux blancs. Que les blancs servent Dieu, cela est naturel. Pour les noirs, ils ne doivent qu'à Yoricha leurs sacrifices, leurs offrandes et leurs prières. Dieu le veut ainsi; il dédaigne leurs hommages, et tous leurs efforts doivent tendre à se rendre Voricha favorable.
Ainsi raisonne le noir.
Qu'est-ce que l'oricha ?
Il importe peu qu'on fasse dériver le mot fétiche dejictitins, artificiel, imaginaire, ou de fatum, destin; peu importe que les blancs aient envisagé le culte des noirs de telle ou telle façon. Nous voulons savoir comment les noirs euxmêmes l'entendent.
Ce que nous appelons fétiche, les noirs le nomment oricha, c'est-à-dire, en s'en tenant à l'étymologie, celui qui mérite, qui voit le culte : Yoricha voit le culte, tandis que Dieu y est insensible. On l'appelle aussi alayihawi, celui qui gronde, qui châtie, qui malmené. Dans l'esprit du noir, l'oricha est une puissance, quelle qu'elle soit, supérieure à l'homme, à laquelle l'homme est soumis. N'en demandez pas davantage à l'homme du peuple : il ne saurait comprendre qu'on puisse pousser plus loin ses investigations. Il honore cette puissance, parce qu'il en attend quelque bienfait, ou bien pour conjurer sa funeste influence. Donc, il est idolâtre; car « celui-là est idolâtre qui rend à des images le culte dû à Dieu seul ' ».
Les objets les plus divers peuvent devenir fétiches : plusieurs sont déclarés tels par leur nature, comme le serpent fétiche de Wydah, le caïman à Abomey, etc. Tout objet devient oricha, dès qu'il a reçu la consécration d'usage : ce bâton, ces pots, ces tessons, cet amas de terre le deviennent quand ils sont consacrés.
' Saint Auglstin, Ve Trinilafe, I.
Cela veut-il dire que le noir dirige so!i culte à la matière? que l'objet matériel est la puissance qu'il adore? — Nullement; l'objet oriclia est pour le noir un objet inerte et vulgaire, tout le temps qu'il est privé de la consécration d'usage. Seulement, lorsqu'il l'a rerue, il acquiert une espèce de personnalité : ce qui n'était que terre, ou bois, ou fer... devient oricha, c'est-à-dire puissance surhumaine.
En réalité, ce n'est pas la matière pure qui reçoit les hommages du noir; celui-ci les dirige à un pouvoir supérieur, et Ion ne saurait dire que la religion des Dahoméens et des Nagos est un véritable fétichisme tel qu'on le comprend habituellement. « On avait, dit très-bien M. J. E. Bouche dans le Cotite?nporain ', on avait re(jardé le fétichisme comme étant le fond de cette religion: tout, à l'extérieur, était de nature à le faire croire ; on voit les nègres s'agenouiller devant les caméléons, les statuettes et les arbres, leur oiïrir des présents, leur adresser des prières et négliger pour eux le Créateur do toutes choses. Les premiers Portugais qui visitèrent la côte occidentale ne balancèrent pas à traiter de fétichisme une semblable religion, et ils donnèrent à ses prêtres le nom de féticheurs. A partir de ce moment, on demeura persuadé que le seul culte rendu par les noirs était le culte de la matière : les voyageurs ne prirent pas la peine d'examiner la chose de plus près. »
Puisque nous voilà avertis de ne point juger par les apparences, défions-nous de la traduction que les interprètes donnent du mot oricha. Les interprètes noirs visent moins à être exacts qu'à ne pas mécontenter le blanc, et ils ne se font pas défaut de le flatter par des interprétations qu'ils savent être de son goût ou du moins dans ses idées. C'est ainsi qu'ils appellent les orichas des saints, sans savoir ce qu'est un saint.
Pour le noir, l'oriciia n'est pas un intermédiaire, im inter-
' Conleinporain. Novembre 1871, page 857.
cesseur entre Dieu et l'homme; il est le terme final du culte ; c'est à lui que s'adressent l'ofîrande et la prière ; de lui, et non de Dieu, on attend ce que l'on demande, quoiqu'on reconnaisse à Dieu le pouvoir de l'accorder. Tout se termine à l'oricha dans le culte; il y est l'alpha et l'oméga, le principe d'où tout découle en pratique et la fin à laquelle s'arrêtent toutes les cérémonies et tous les rites.
L'oricha des noirs et les idoles des anciens peuples ont les mêmes traits caractéristiques; Ozanam ' les résume en deux mots : « C'est l'aveu des sages du polythéisme, dit-il, que les idoles furent considérées comme des corps où les puissances supérieures descendaient quand elles y étaient invitées selon les rites requise On croyait les y retenir par la fumée des victimes ; elles se nourrissaient de la graisse dont on arrosait les statues. Quelquefois le prêtre désaltérait leur soif en leur jetant à pleine coupe le sang... Des hommes raisonnables passaient leur journée au Capitole, rendant à Jupiter les services que les clients rendent à leur patron; i'un le parfumant, un autre lui annonçant les visiteurs... »
Les prêtres sont plus avancés dans leurs mystères et admettent une espèce de dualisme, non pas dans la création précisément, mais dans le gouvernement du monde. Plus éclairés que le vulgaire, ils ont puisé dans l'initiation une idée claire, nette, du démon ; ils avouent qu'ils servent cet archange déchu; que leur religion, en bien des points, est pure dèmonolàtrie .
Un jour, je conversais avec un des prêtres les plus influents de Chango (oricha de la foudre). C'était à Porto-Xovo. L'onichango ^ avait dit « que Dieu a tout créé; qu'il est
' OzAXAM. Histoire de la cicilisation chrétienne au cinquième siècle, V^ leçon.
' « Les païens transforment des pierres, du bois, de grossières statues en divinités qu'ils y enferment comme dans une prison. » Saint Jeax Chrysostome, Hom. sur la nativité de Jésus-Clirist.
^ Onichango, sectateur du Chango, littéralement : celui qui a Chango.
grand, très-grand ; que les blancs ont raison de le servir, puisqu'il les comble de bienfaits; que les noirs n'ont rien à en attendre, parce qu'il dédaigne de s'occuper d'eux et qu'il les a abandonnés à l'oricha. » — L'oricha est-il Dieu? demandai-je à mon interlocuteur. — Point du tout! me répondit-il ; l'oricha, c'est le démon. — Comment ! répliquaije; tu connais donc le démon? — Le démon! me dit-il avec un sourire qui me fit mal, le démon a été fait par Dieu ; il s'est révolté contre Dieu son créateur, contrariant ses vues et se plaisant à faire du mal; il est plus faible que Dieu ; Dieu est son supérieur ; mais Satan persévère dans sa révolte contre Dieu et ne cesse de lui résister. Je demandai à mon interlocuteur : — Puisque le démon est révolté et méchant, tu ne peux le servir et lui rendre un culte? — Et l'onichango : — C'est précisément parce que le démon est méchant qu'il nous importe de prévenir et de détourner ses coups. Dieu est bon et ne nous sera point nuisible; mais le démon est terrible par sa malice ; il est bon de le calmer par des présents et de se le rendre favorable par des sacrifices. En outre, le démon est très-puissant; bien des choses impossibles à l'homme, il peut les faire, lui; c'est pourquoi nous lui demandons d'exercer en notre faveur sa puissance .surhumaine.
Le coupable avoue son crime d'une façon trop nette pour laisser place au moindre doute : les orichas des noirs, comme les dieux des autres nations païennes, sont les démons, omîtes dii gentium dœmonia. (Ps. xcv, o.) Les prêtres païens, à la côte des Esclaves, ne l'ignorent pas : ils adressent un culte direct au démon ; ils se courbent volontairement sous le joug de Satan ; Satan est leur maître.
Le peuple n'a pas des notions aussi claires. Pour lui, le démon est un des nombreux orichas. Cependant, on ne saurait douter que la magie joue un grand rôle dans les pratiques superstitieuses des noirs. Tous sont unanimes à affirmer que l'oricha, très-souvent, fait des choses que
l'homme ne peut faire et que l'on ne saurait attribuer aux moyens naturels employés pour les produire.
Le nombre des orichas n'est pas facile à déterminer. En supposant même qu'on puisse fixer celui des orichas qui se partagent les honneurs et la confiance des noirs à un moment donné, rien ne s'oppose à ce que ce nombre ne varie dan.^ la suite. Donc, nous n'essayerons pas de compter les oriehas, même d'une manière approximative. Burton, qui donne un chiffre, n'oserait pas, je pense, en garantir l'exactitude.
Je me bornerai à donner le nom des principaux orichas : je dirai leurs attributs spéciaux, coordonnant ici ce qui est épars et sans ordre dans la croyance populaire.
On attribue aux orichas les pouvoirs les plus divers : celui de prévenir et de guérir les maladies, aussi bien que celui de les donner; celui de préserver des accidents et des blessures, comme celui de tuer; le pouvoir de donner bonne chasse, la victoire dans les combats; celui de détourner les voleurs, de tromper la vigilance du maître qu'on veut surprendre ou voler, etc., etc.
Chaque nation, chaque ville, chaque individu a ses orichas : il y a l'oricha des fermes ou des champs, des bois, des rivières, de la mer...
Là où se produit un effet favorable ou contraire, le noir a imaginé, comme cause, un oricha bon ou mauvais. Chango est celui de la foudre: orkha'ho, celui des champs... et ainsi du reste. Les noirs adorent des animaux auxquels ils attribuent un pouvoir bienfaisant ou malfaisant : le serpent, le caïman, l'once, Veddoum, petit singe que l'on vénère comme patron des jumeaux. Us adorent aussi des membres du corps humain, l'orteil ou gros doigt du pied, et même le membre viril. Le culte du phallus s'étale avec effronterie. On voit partout l'horrible instrument que Liber inventa pour servir aux abominables manœuvres de sa passion : dans les maisons, dans les rues, sur les places publiques. On le trouve isolé ; les phallophores le portent quelquefois avec
grande pompe, dans certaines processions, l'agitent avec ostentation et le dirigent vers les jeunes filles, au milieu des danses et des éclats de rire d'une populace sans pudeur. Les noirs sont bien inspirés quand ils font de cet instrument l'attribut d'Elegbara, personnification du démon.
Au sommet de l'échelle des orichas, il est facile de distinguer une triade sacrée ; Burton, peu suspect de préoccupations religieuses, né manque pas de la signaler dans son ouvrage sur Abéokouta. Du reste, voici un fait qui vient bien à l'appui de ce que nous avançons.
C'était en 1867, dans la ville de Porto-Novo. Une femme avancée en âge et infirme, se voyant rejetée des siens, alla se réfugier à la mission catholique. Elle élut domicile sous un palmier, ne délogeant que quand la pluie la forçait à chercher ailleurs un abri. Elle se mettait alors sous la galerie de l'habitation. Jamais on ne put la décider à s'installer à l'intérieur dans une chambre de l'hôpital, où les missionnaires recueillent les infirmes et les malades : la pauvre vieille était convaincue que l'oricha ne voulait pas qu'elle habitât dans la maison des blancs. En présence de sa superstitieuse obstination, il fallut céder et la laisser à la belle étoile sous son palmier.
Je voulus faire à l'àmé de cet hôte singulier le bien que Dieu me permettait de lui faire, et je chargeai un catéchiste de l'instruire. Celui-ci faisait de son mieux pour développer les premières vérités de la religion, lorsqu'il s'entendit apostropher en ces termes : « Tu es bien jeune pour prétendre m'enseigner des choses de ce genre. Création! Triiùté! Crois-tu que j'ignore ces choses? Et certainement ils étaient trois qui m'ont créée : Obhatalla^ Chango et I/a. »
Nous avons nommé les trois membres de la triade sacrée.
Ohhaialla. — Que signifie ce nom d'après son étymologie propre? Veut-il dire grand roi? [Obha ti nia, roi qui est grand ?) Onpourrait le croire, d'autant mieux qu'on donne à ce même oricha la dénomination de oricha-nla ou grand oricha.
Gela étant, qu'est-ce qui a fait donner ce titre ? Obbatalla est-il une personnification de l'Être suprême? Est-ce un personnage illustre dont la tradition conserve le souvenir et que l'on a divinisé, à cause de ses grandes qualités ? Je ne donnerai pas carrière à mon imagination, afin de chercher à expliquer ce que peut être le grand roi placé à la tête des orichas.
Une seconde interprétation prête à des digressions qui ne sont pas sans originalité. Obbatalla signifierait roi du pagne blanc. La légende donne à cet oricha un pagne blanc, et le pagne blanc rentre dans le costume reHgieux de ses adeptes.
Les deux explications précédentes ont leur raison d'être. Cependant, je crois mieux traduire le nom qui nous occupe en me basant à la fois, et sur l'étymologie du mot, et sur les attributs de l'oricha auquel on l'applique. Obbatalla voudrait dire roi des visions (obbat'ala). Obbatalla pénètre les plus secrets mystères; il rend des oracles, prédit l'avenir et dévoile les choses cachées.
C'est cet oricha qui forma le corps du premier homme et qui forme celui de l'enfant dans le sein de la mère. On lui donne le nom de alamorèré, maître de la bonne terre, parce qu'il forma de terre le corps du premier homme; et parce que lui-même façonna cette terre, on l'appelle oricha-kpokpa.. l'oricha qui pétrit l'argile.
Les noirs confondent-ils Dieu avec Obbatalla, l'auteur de ces œuvres ? Nullement. Malgré ce qu'on dit de la puissance et des œuvres de ce grand oricha, on ne cesse pas de le distinguer de Dieu qui, seul, est eledda, créateur, parce que seul il donne à tous l'âme et la vie.
Le dimanche, consacré à Obbatalla, est généralement chômé par les noirs. Ils consentent difficilement à travailler ce jour-là. Pour les y décider, en un cas pressant, on est obligé de leur offrir du tafia et un salaire plus élevé.
La femme d'Obbatalla est lyangha, dont nous parlerons ailleurs.
Chango. — Chango est le « Jupiter toiians » des Nagos, l'oricha de la foudre, de la destruction. On l'appelle aussi Jukouta, « jactator lapidum « .
Il naquit à Ifé ' d'Oroun ga7i, midi, et de Yémodja, petite rivière qui coule dans le Yorouba. Il est petit-fils d'Agandjou, l'espace. Il eut deux frères : Dada, la nature, son aîné, et Ogoun, son puîné. Ses femmes sont trois rivières : Oi/a, Osoun et Oha.
Chango régna, dit-on, à Kouso, circonstance qui lui a fait donner le nom de roi de Kouso, ohba-Kouso. Ce qu'on raconte de ses richesses et du luxe qui éclatait dans son palais dépasse tout ce que Timagination aurait pu trouver, si elle ne s'était inspirée des souvenirs d'un autre pays. Ainsi, on donne à Obba-Kouso un palais de cuivre ou d'or tout étincelant, des milliers de chevaux, une maison nombreuse, etc., etc.
Les onichangos ne tarissent pas d'éloges pour exalter leur oricha. Les récits que M, J. E. Bouche leur attribue * sont loin d'être imaginaires ou exagérés. « Le premier auquel Dieu donna l'être, dit-il, fut le saint ■' de la foudre, qui est appelé Chango par les Nagos, et Khévioso par les Djedjis. Il l'emmena bien haut dans les airs, racontent les prêtres dans leurs chants, et lui dit : — Laisse la terre à tes pieds et règne au sein des nuages. Voici le saint aux riches couleurs que j'ai créé pour te servir. Aïdo-Khoucdo {Y arc-en-cieV), t'apportera les eaux de l'Océan dans ton céleste séjour...
« ...Tu seras le maître de la nature, et la terre tremblera devant toi. Prends en main ces pierres ardentes : qu'elles servent également à ta justice et à ta colère : les arbres qu'elles toucheront seront fendus et brisés ; à leur contact, un feu rapide et dévorant s'étendra sur les prairies et les forêts; les animaux qu'elles toucheront cesseront aussitôt de vivre.
' Voir Bévue du monde catholique, n" du 2o avril 1877, page 175.
- Coniemporain, novembre 1874.
■"' Qu'on n'oublie pas nos réserves sur ce mot.