‹ La côte des Esclaves et le DahomeyChapitre 31 sur 65 · LA MERE ET L'ENFANT · texte numérisé non relu

LA MERE ET L'ENFANT

Il y avait une jeune mère très-pauvre, si pauvre qu'elle n'avait pas même un pagne autour du corps ; elle attachait l'enfant sur son dos avec une feuille de bananier.

Dans la forêt, où d'habitude elle venait couper du bois pour le vendre, se trouvait un aranran \ Il y avait un grand arbre sous lequel la pauvre femme venait s'asseoir, et où elle couchait son enfant par terre.

Tandis qu'elle coupait le bois, Toiseau que nous appelons aranran vient prendre lenfant et l'enlève. Cependant, elle a fait son fagot; elle vient voir son enfant; elle arrive à l'endroit où elle l'avait couché; elle ne l'aperçoit pas. Elle cherche partout : plus d'enfant! Elle court en tous sens à travers la forêt, qu'elle arrose de ses larmes; elle arrive; elle voit, là-haut sur l'arbre, son enfant entre les griffes de ce méchant aranran. Elle se met à crier : « Aranran, èj/èigho-igbol prends mon enfant, rends-le-moi vite, ighol — Voici une corde faite de feuilles de bananier : attache vite mon enfant, igho-igbo ! »

Quand la femme eut chanté de la sorte, l'aranran lui jeta un sac de coraux. Cette mère délie le sac, regarde : son enfant n'y est pas!... Elle jette le sac à terre. Et elle chante toujours son même refrain.

L'aranran prend toute espèce de choses et les lui jette. Et la mère regarde en toute hâte : son enfant n'y est pas! ... Et elle crie.

L'aranran prend l'enfant et vient le déposer sur le sol. La mère vole auprès de l'enfant, le prend, le met sur son dos. Elle prit aussi ce que l'aranran avait jeté à terre pour elle, et elle l'emporta au logis, et de la pauvreté elle passa à l'abondance

Aranran espèce d'oiseau

Or, la pauvre femme devenue riche alla offrir vingt coraux à son iyalléK L'iyallé refuse avec dédain, va prendre l'enfant dune autre femme et l'emporte dans la forêt. Elle agit de la niêm efaçon que la femme dont nous venons de parler. Mais quand elle s'éloigne pour couper du bois, l'aranran prend l'enfant, le tue et le mange.

De retour à l'endroit d'où elle était partie, riyallé, ne voyant plus l'enfant que l'aranran a dévoré, se met à chanter. Et l'aranran de fienter abondamment dans un sac. Il lie le sac et le jette à terre. La femme accourt, délie le sac et ne trouve que des bananes de fiente dedans. Elle rejette le sac avec dégoût.

La voilà qui derechef reprend ses chants. Cette seconde fois, l'aranran urine dans une grande calebasse et brise la calebasse sur la tète de la femme.

Elle chante encore. Et l'aranran attache les ossements de son enfant et les lui lance dessus. Elle regarde : ce sont les ossements de son enfant. Alors, elle chante à tue-tète : « Ce n'est pas mon fds, c'est le fds d'une autre que cet oiseau a tué, croyant tuer le mien. » Et elle se retira.

La mère de l'enfant vint le réclamer à l'iyallé. Celle-ci répondit qu'il se portait bien.

Deux mois s'écoulèrent sans que l'enfant reparût. La mère porta la cause devant le roi. Elle fit le récit de tout ce qui s'était passé, raconta que l'iyallé avait pris l'enfant de ses mains, et qu'après deux longs mois elle ne l'avait pas encore ramené.

Le roi manda l'iyallé à sa barre. On la cita : elle vint et subit son interrogatoire : « Comment donc a-t-elle traité l'enfant d'autrui? Qu'en a-t-elle fait? — Que voulez- vous que j'en aie fait? »

Le roi, s'adressant à l'assemblée, demanda : « Si cette femme dépendait de vous, dites, quel traitement lui feriez-

ï lyallé, la premiùre femme, la maîtresse de maison.

VOUS subir? » Toute la ville s'écria : « Si elle dépendait de nous, nous n'hésiterions pas un instant, nous la tuerions. — Alors donc, dit le roi, qu'on la mette à mort, n Et on alla la tuer.

Que tout ceci nous serve de leçon : lorsqu'on vous offre quelque chose, si peu que ce soit, acceptez-le. Ne vous laissez pas dominer par l'envie.

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