‹ La côte des Esclaves et le DahomeyChapitre 5 sur 65 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

1" habitations; 2° mobilier; 3" vktements et parures; 4° insectes et reptiles.

Une chose frappe l'Européen, quand il arrive à la côte des Esclaves : l'absence de tout ce qui constitue chez nous ce que nous appelons les commodités de la vie : habitation, mobilier, vêtements, tout se réduit au strict nécessaire. Le nègre est dépourvu de souliers, de cliapeau, de draps de lit. délit même, de cuillers, de fourchettes... de ces mille ustensiles que nous jugeons indispensables au bien-être, et dont la privation nous rend la vie pénible.

Et l'on est tenté de regarder en pitié ces pauvres gens privés de tant d'objets que l'éducation nous a rendus nécessaires. Ne les plaignons pas pourtant. Est-il absolument nécessaire d'avoir une serviette? Ne peut-on pas se lécher les lèvres et les doigts? En fait de fourchettes, y en a-t-il de meilleures que les doigts? Peut-on être trop légèrement vêtu, quand la chaleur est accablante? Pourquoi s'embarrasser les pieds de bas et de chaussures? Pourquoi s'emprisonner le corps dans des habits toujours gênants? Paletot, gilet, chemise, cravate : objets de luxe ! superflu !

1° Habitations. Un jour, je m'approchai d'un groupe d'enfants, et j'entendis l'un d'eux réciter le conte suivant :

Le Loup et l'Once.

a Le loup ayant eu un petit, ce petit mourut. L'once eut aussi un petit qui mourut.

« L'once prit son pays en dégoût; le loup en fit autant: et chacun de son côté chercha un séjour meilleur. Arrivé en un certain endroit, le loup se dit : « Demain, au point « du jour, je viendrai arracher l'herbe. » L'once survint, arracha l'herbe et se retira à l'écart.

« Le loup étant revenu : « Oh! oh! s'écria-t-il, quel bo!i « pays! je venais ici arracher Iherbe, et l'herbe s'est déjà (' arrachée d'elle-même! » Il prend possession, balaye la place et s'en A^a.

« A son tour, lonce revient. « Certes! dit-elle, quelle « bonne terre! Je me proposais de la venir balayer, et voilà « qu'elles'est balayée elle-même! » L'once coupe des arbres, les laisse à terre et s'éloigne.

« Le loup arrive, plante ces arbres et rentre en son gîte.

« Et l'once : « Ces arbres, dit-elle, se sont plantés eu\- « mêmes. » Elle va couper des bambous et les dépose sur le sol.

« Le loup vient et attache les bambous,

« Est-ce possible? dit l'once; ces bambous se sont liés « d'eux-mêmes! » Et elle arrache de l'herbe; et elle couvre la maison. — « Tiens! s'écrie le loup, en arrivant : l'herbe " s'est coupée!... la toiture est faite!... » Et il partage la maison en deux, se réservant l'une des pièces et destinant l'autre à sa femme. — Et l'once de s'écrier : « Bon ! la '( maison s'est divisée en deux! Voici la partie que je garde « pour moi; voilà celle que je laisserai à ma femme. Quand « viendra le cinquième jour, je porterai mes bagages et je « m'installerai. » — Le loup, de son côté, se fit le même raisonnement.

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