‹ La côte des Esclaves et le DahomeyChapitre 6 sur 65 · LA COTK DES ESCLAVES · texte numérisé non relu

LA COTK DES ESCLAVES

« Le cinquième jour étant venu, l'once prend ses bagages et vient avec sa femme. Le loup en fait autant. Le loup entre dans une pièce, l'once dans l'autre, chacun se croyant seul au logis. Or, l'un et l'autre en même temps, ils cassèrent quelque chose de leur côté. Et chacun de se demander : « Qui donc a cassé quelque chose dans la pièce voi- « sine? » Et cliacun de s'enfuir.

« Ils coururent comme d'ici ' à Glékhoué et allèrent se rencontrer au loin. « Que fais-tu, ô loup? dit l'once. — « J'avais fait une maison, dit le loup ; je ne sais quoi m'en « a chassé. — Justement, réplique l'once, pareille chose « m'est advenue. J'avais abattu des arbres : d'eux-mêmes « les piquets se sont plantés. » — Le loup dit : « J'avais '( trouvé un terrain où je me proposais d'arracher l'herbe; le « jour venu, je trouvai l'herbe arrachée. »

« Là-dessus, l'once et le loup se remettent à courir. Jamais ils n'ont pu se regarder en face. »

Tel est le conte que j'entendis. On y décrit bien toutes les opérations d'une installation. C'est bien la manière de faire de tous : le loup, en cela, agit comme l'once, sans se concerter avec elle.

D'abord on choisit le terrain et on l'approprie. L'herbe (jui en encombre le sol étant arrachée, on l'enlève ou on la brûle. Pas de pierres, pour bâtir : on coupe des arbres, on les plante sur quatre lignes formant un quadrilatère. Les arbres ainsi plantés sont assujettis par le haut, à l'aide de bois passés dans les échancrures ménagées à l'extrémité supérieure. Ces bois, fortement fixés, relient les arbres entre eux et constituent la carcasse inférieure du bâtiment sur laquelle on établit la charpente de la toiture : charpente de construction toute simple, composée de longs bâtons maintenus par des liens.

' Glékhoué est le nom que les indigènes donnent à Wydah. Le conteur élait à Porto-Novo.

3i LA COTE DES ESCLAVES.

Il n'y a plus qu'à couvrir et à former ce qui tiendra lieu de murs. On porte les matériaux : des bambous, des branches de palmier, des cordes de paille, et Ton se met à l'œuvre.

Voyons d'abord former l'enceinte de la maison. Les ouvriers attachent transversalement aux piquets une ligne de bambous, à trente ou quarante centimètres du sol; puis ils établissent trois ou quatre autres lignes semblables, parallèles à la première, à cinquante ou soixante centimètres L'une au-dessus de l'autre. Tous ces bambous sont dans une position horizontale. Contre ces premiers bambous on applique ceux qui forment cloison. Ils sont placés perpendiculairement et attachés fortement entre eux et avec ceux des hgnes horizontales. On a soin de laisser le moins de vide possible ; mais la maison ne laissera pas que de ressembler à une cage, même avec la précaution que l'on prend souvent de faire une seconde cloison à l'intérieur. Au surplus, on se préoccupe seulement de la porte, et souvent on oublie ou l'on néglige de laisser une lucarne. De fenêtres il n'en est guère question dans cette architecture primitive de nos nègres.

Il est essentiel d'observer que la porte des habitations donne sur une cour attenante; elle n'ouvre point sur la rue.

Passons à la construction de la toiture. Du bois faîtier a la ligne inférieure de la toiture, on fixe des bambous de la même manière que dans le bas. La distance de l'un à l'autre est de trente centimètres environ. On attachée ces bambous des couches superposées de branches de palmier garnies de leurs feuilles ; on arrange avec plus de soin celles qui forment le faîtage ou, comme disent les nègres, le chapeau de lamaison. et l'édifice est terminé.

La porte est en bambous, confectionnée de la même manière que les cloisons et placée avec des liens en paille : en sorte que, dans beaucoup de cases, on n'a pas eu besoin d'employer un seul clou.

Il y a beaucoup de maisons dont les murs sont en terre : à Porto-Novo et à Wydah, en ari,Mle glaise fort tenace quand elle est bien préparée; à Lagos et chez les Minas de Popo et d'Agoué, en terre tourbeuse mêlée de sable dans des proportions déterminées.

Arrêtons-nous à considérer les ouvriers d'un chantier. Ils ne vont pas chercher la terre ou le sable hors de la Aille. A côté même de l'endroit où ils veulent bâtir, dans la rue, sur une place, ils prennent ce qui leur est nécessaire, et ils laisseront là un trou béant, où l'on jettera plus tard toutes sortes d'ordures. A Porto-Novo en particulier, on rencontre dans l'intérieur de la ville plusieurs excavations de quinze à vingt mètres au plus de profondeur. C'est là qu'on prit la terre pour bâtir les maisons de quartiers entiers.

Les ouvriers sont tous armés des mêmes outils : une pioche et un petit panier. Ils vont chercher la terre dans leur panier, la portent à une place unie et préparée d'avance, remettent, l'émiettent, la répandent sur le sol, et en forment une couche de vingt centimètres environ. Ensuite, ils arrosent abondamment toute cette couche. Tous en ligne, à l'extrémité de Taire, ils se prennent par la main et partent en battant la mesure de leurs pieds, avançant, reculant, piétinant sans cesse. Cependant ils s'aident de la voix et s'excitent par leurs chants, jusqu'à ce que la terre soit bien pétrie et forme une masse onctueuse. Alors, ils font de toute cette boue un grand tas qu'ils couvrent de feuilles, afin de labriter contre les ardeurs du soleil; et ils laissent la masse abandonner en partie l'eau qu'elle contient : ce (jui donne à la boue plus de ténacité et de consistance.

Deux ou trois jours après, ce résultat est obtenu : c'est le moment de bâtir. Les ouvriers reprennent la boue et la façonnent en grosses boules. Cette opération terminée, trois ou quatre d'entre eux s'établissent maçons; les autres servent de manœuvres. Ceux-ci passent les boules aux premiers

Page 1