IOO LA COTE NORD
Les cacao uis, les canards noirs, les canards macreux, etc., nichent en abondance dans les savanes et les lacs.
La rivière Marguerite est affermée pour droits de pêche à la compagnie « North Shore Railway and Navigation », pour $126,00 par année.
Nous ne dirons qu'un mot des pouvoirs hydrauliques formés par la rivière Marguerite. Il y a là, assez près de l'embouchure, deux cascades, dont l'une atteint soixantequinze pieds de hauteur.
Ces sources d'énergie sont devenues depuis 1903 la propriété de MM. James Clarke, de New- York, Clarke, de Toronto, et James Meaney, de Toronto, qui se sont constitués en corporation sous le nom de North Shore Railway and Navigation Co. La concession faite à cette compagnie comprend aussi 200 acres de terrains dans le canton Arnaud, une étendue de cent acres de terrains dans la baie des Sept-Isles, et 174 acres dans le canton Le Neuf qui se trouve à l'ouest de la rivière Marguerite.
A l'entrée de la rivière Marguerite, se trouve un petit hameau composé de quinze familles dont cinq de la tribu des Montagnais. Ces familles vivent uniquement de pêche.
Les Sept- Iles
Etablissons de suite les distances de ce village ou plutôt de cette région des Sept-Iles qui a pris un essor inattendu depuis que les pouvoirs hydrauliques de la rivière Marguerite sont utilisés, et qui est certainement appelée à un avenir encore plus brillant, alors que l'immense pulperie de MM. Clarke sera terminée.
Les Sept-Iles se trouvent éloignées de Québec de 300 milles, mais il y a un bateau à vapeur qui fait plusieurs fois par mois le trajet entre ces deux endroits. Durant l'hiver de 1907, en février, un bateau spécial, le Montcalm, a pu réussir à se tracer un chemin à travers les glaces et atteindre dans de bonnes conditions le port des Sept-Iles. Cette expérience sera sans doute renouvelée avec le même succès dans les hivers qui suivront et ainsi sera résolu le problème de la navigation hibernale pour la Côte-Nord. Comme conséquence de cette solution, ou entrevoit déjà une ère de développement pour cette partie lointaine du pays qui paraissait condamnée à un isolement perpétuel.
Le port des Sept-Iles n'est pas au reste ce qu'un vain peuple pense. C'est l'un des plus vastes du pays. Il a vingt-cinq milles de tour avec une longueur de trois à quatre milles, et est fermé par sept îles. C'est déjà dire qu'une flotte considérable trouverait à s'y loger aisément.
Le village — Saint-Joseph des Sept-Iles — est assis sur la rive même de la baie, le long du côté est. Il est composé en grande partie de familles de pêcheurs. On y fait cependant un peu de culture. Plusieurs familles possèdent des jardins, et l'on cultive avec succès les patates et les autres légumes. Le terrain est à la vérité sablonneux, mais d'un autre côté le varech rejeté par la mer fournit un excellent engrais qui ne demande que la peine d'être recueilli.
En arrière du village s'étend la forêt à perte de vue qui consiste principalement en sapin, épinette, bouleau, tremble et cyprès de petite taille.
Le village est doté d'une église et d'un bureau de poste. La Compagnie de la baie d'Hudson et la maison Révillon, de Paris, y entretiennent aussi des comptoirs où les sauvages et les chasseurs blancs viennent trafiquer de leurs pelleteries.
Nous avons mentionné, il y a un instant, l'acquisition des pouvoirs hydrauliques de la Marguerite par la North Shore Power and Navigation Company. Il nous reste à dire que cette acquisition a été immédiatement suivie de la construction d'une immense usine sur les bords de la rivière, qui, une fois parachevée, devra être en état de fabriquer quotidiennement 250 tonnes de pâtes à bois. Le syndicat a déjà dépensé $1,500,000 pour cette installation et l'on s'attend à ce que les travaux soient terminés dans le cours de l'année.
Le syndicat américain et anglais ne s'en est pas tenu à la construction d'une usine. Pour assurer l'expédition de sa pulpe, il a bâti un chemin de fer d'une longueur de 9 milles qui part de ses usines pour aboutir à une immense jetée qui vient d'être érigée sur le côté ouest de la baie des Sept-Iles. Le gouvernement fédéral s'est intéressé à cette entreprise et a fourni $70,000 pour l'érection de la jetée où aborderont les bâtiments affectés au transport de la pulpe.
Tous ces immenses travaux, en demandant une maind'œuvre considérable, ont fait surgir en pleine solitude, à 9 milles de la baie, du côté ouest, une petite ville remuante, à laquelle a été donné le nom de Clarke city. Quoique encore à ses débuts, la nouvelle petite ville est déjà pourvue de vastes entrepôts, de magasins, d'hôtelleries, d'un bureau de télégraphe, d'un bureau de poste, d'une maison d'école, de maisons d'habitation construites eu forme de chalets, etc. Une chapelle devra y être érigée avant peu. Elle promet de devenir encore beaucoup plus intéressante dans quelques années. Présentement Clarke city comprend une population de cinquante familles.
La pêche à la baleine dans le golfe Saint-Laurent — pêche qui se pratiquait de temps immémorial mais qui avait été presqu'abandonnée — a été reprise avec plus d'entrain que jamais. Cette pêche a paru assez fructueuse, pour
déterminer une compagnie d'armateurs à faire, en 1905, tous les frais d'outillage nécessaires et à installer même sur le côté ouest de la baie des Sept-Iles, à quelques arpents du quai des Clarke, une usine où l'immense cétacé est dépecé et jeté dans des fosses d'eau bouillante.
Depuis qu'elle se livre à la poursuite de ces animaux — de juillet à octobre — la Qîiebec Steam Whaling n'a eu à enregistrer que des succès. En 1905 elle a capturé quatre-vingtsix baleines, en 1906, soixante-douze, l'une d'elles mesurant quatre-vingts pieds de longueur, et en 1907, 75, mais de dimensions plus modestes que les années précédentes. Les soixante-douze baleines de 1906 ont rapporté 180,000 gallons d'huile.
La conversion de ce monstre marin en produits de commerce emploie une cinquantaine de personnes, Le gras de l'animal se métamorphose en huile de baleine et le maigre avec les os qui sont broyés forment un guano qui se débite à deux piastres le sac. Les fanons sont utilisés par les corsetiers.
On estime qu'une baleine peut rapporter de $1,000 à $1,500, suivant sa dimension.
Plusieurs rivières ou ruisseaux viennent verser leurs eaux dans la belle baie des Sept-Iles.
Ce sont, en partant du portage de la rivière Marguerite et en se dirigeant vers la rivière du Poste : la rivière à Hall, le ruisseau à Clet, le ruisseau des Roches, la rivière des Rapides, la rivière du Foin et la rivière du Poste.
En réalité, les rivières à Hall, des Rapides et du Foin sont les seuls cours d'eau méritant le nom de rivière, les autres n'étant que de simples ruisseaux dont le volume varie avec les saisons.
La rivière des Rapides forme deux chutes d'eau dont la première est à un mille et la seconde à trente-et-un milles environ de son embouchure. La première chute, c'est-àdire celle qui est la plus rapprochée de la mer, est devenue depuis 1868 la propriété de Wm. Molson, de Montréal.
La rivière à Hall est navigable à marée haute pour les canots sur une étendue de deux milles et demi. Elle peut mesurer de trente à quarante mètres de largeur. Ses rives sont formées de glaise d'un gris bleuâtre surmontée de sable d'épaisseur variable, mais se réduisant quelquefois à une couche très mince et facilement mélangeable au sous-sol argileux.
Dans de semblables conditions, il semble que tous les terrains qui s'étendent des deux côtés de cette rivière sont faciles à transformer en terres arables de valeur.
De nombreuses essences ligneuses croissent en abondance sur ce sol encore inculte. Elles y sont de bonne venue et de dimensions suffisantes quelquefois pour donner des pièces d'appareil en petit nombre, mais toutes seraient éminemment propres à alimenter une fabrication de pulpe assez importante. Ces essences sont : l'épinette blanche, l'épinette noire, le sapin, le tamarac, le cyprès, le bouleau.
Tous les autres cours d'eau arrosent des terrains où l'on rencontre des conditions de culture et de sylviculture industrielle à très peu de chose près analogues.
Cependant la rivière des Rapides ou du Rapide semble mieux partagée que les autres au point de vue de l'exploitation forestière.
La rive nord du Grand Lac, qui fait partie du système lacustre de cette rivière, est surtout très bien pourvue de belles épinettes blanches et noires. Ce réservoir est placé à 3 milles ou 3^ milles de la mer et son orientation relativement au village doit être sensiblement le nord-ouest
ou le nord nord-ouest. On y accède par le cours de la rivière du Rapide.
Au pied des formations argilo-siliceuses qui viennent d'être décrites s'étend une zone de terrain plan, d'une acre de diamètre environ, et toute recouverte d'aulnes dont les racines pénètrent dans un sous-sol composé d'argile, de sable et d'humus. Une seconde zone, de même diamètre et concentrique à la première, et où pousse assez dru du foin salé, fait suite à la première qu'elle sépare des battures vaseuses alternativement couvertes et découvertes par la mer, et qui se développent tout autour de cette portion de la baie des Sept-Isles.
C'est sur cette dernière bande que les habitants du village viennent, pour la plupart, récolter le fourrage nécessaire à l'alimentation de leurs bêtes à cornes.
Le drainage bien compris de ces deux zones les rendrait d'une parfaite fertilité et en augmenterait les produits actuellement médiocres, bien que suffisants en l'état actuel des choses (1).
« La zostère (Zostera marina) plante marine de la famille des naïadées, qu'il ne faut pas confondre avec les algues, bien qu'on la désignât autrefois sous les noms d'« algue marine ou d'algue des Verriers, » pousse en prodigieuse quantité dans les baies profondes, abritées et à fonds argileux qui découpent si profondément les côtes du Labrador canadien.
« Cette herbe, que les gens de la côte désignent sous le nom d'herbe à Bernache ou d'herbe à Outarde, a de nom-
Ci) Rapport du Commissaire des terres, 1899. M. H. de Puyjalon, inspecteur des pêcheries et de chasse.