JO LA COTK NORD
souvent très élevées. On en rencontre quelques-unes qui ont cent pieds et plus de hauteur.
La Bethsiamis, longue d'environ 260 milles, est navigable depuis son embouchure jusqu'à une distance de trente-six milles en remontant. A cette distance, la navigabilité de la rivière se trouve enrayée par une chute.
Cette rivière se jette dans le Saint-Laurent à 67 milles de l'anse de Tadoussac et à 179 milles de Québec. De Rimouski, elle est distante de 28 milles.
La Bethsiainis a ses sources dans la ligne de partage des eaux entre la province de Québec et l'ancien territoire de la baie d'Hudson. Sou cours est grossi par les eaux d'un grand nombre de tributaires, qui sont eux-mêmes de véritables rivières, et par des lacs d'une grande dimension, comme, par exemple, le lac Pipmuakan qui mesure au moins trente milles de longueur, et le lac Natuakiminu, long de treize milles. Ces deux lacs sont remplis de truite mouchetée, de touradi, de brochet, de poisson blanc, etc.
MM. Girouard et Beaudet, qui ont fait autrefois des chantiers sur cette rivière, montaient avec leurs bateaux à vapeur pour approvisionner leurs chantiers jusqu'au pied de la chute.
D'après M. Joseph Bureau, explorateur officiel, la Bethsiamis est une rivière offrant de grands avantages pour l'exploitation des bois ainsi que pour la pêche.
La région traversée par cette rivière a été ravagée à plusieurs reprises par l'incendie. Il s'est fait aussi une exploitation forestière assez considérable durant quelques années. Toutefois, d'après M. de Puyjalon, qui a remonté cette rivière, il y a quelques années, il reste encore beaucoup de bois pouvant être utilisé pour la fabrication du bois de pulpe.
Cette rivière — qui appartient exclusivement aux sauvages de la Côte- Nord — renferme beaucoup de saumons
et de truites. A l'embouchure, on pêche, outre la truite, l'anguille et l'éperlan.
Par contre, les terrains de chasse sont assez pauvres. M. de Puyjalon attribue cette pénurie à la chasse excessive des sauvages depuis nombre d'années.
L/'estuaire de la rivière est affermé à MM. Rob. J. Dale et Wm. Murray.
Le village de Bethsiamis est bâti au fond d'une large et profonde baie. Il est assez considérable. On peut évaluer à près de 500 âmes la population qui l'habite. Cette population se compose pour plus des trois quarts de sauvages montagnais qui ont ici une église desservie par les RR. PP. Arnaud et Bebel.
La réserve de terrain affectée aux sauvages sur la côte est de la rivière embrasse une étendue de 63,100 acres. Il y a quelques bonnes terres, mais en général le terrain est sablonneux. Au reste, les sauvages ont assez peu d'aptitudes pour la culture. Quelques-uns seulement récoltent des pommes de terre ; le plus grand nombre se livrent à la chasse et à la pêche.
La compagnie de la baie d'Hudson possède ici un comptoir pour la traite des pelleteries. Il y a en outre un bureau de poste et un bureau télégraphique.
Bethsiamis est aussi un lieu d'escale pour le bateau à vapeur qui fait la navette entre Montréal, Québec et la Côte-Nord.
Rivière Papinachois
Il convient ici de citer trois petits cours d'eau et ruisseaux placés entre la Bethsiamis et la rivière aux Outardes, la rivière de la fei-me des Oblats, la rivière Papinachois et la rivière et les ruisseaux des Rosiers.
Tous ces cours d'eau regorgent de truites, mais à cause des chutes qui sont trop rapprochées, le saumon ne peut y avoir accès.
Les lacs environnants sont poissonneux. Quant aux terrains de chasse, ils n'ont guère d'importance. Il n'y a, à proprement parler, que du gibier de mer (*).
Rivière aux Outardes
Située à douze milles à l'est de Bethsiamis et à 189 milles de Québec.
Bien qu'un peu moins étendue que la Manikuagan, la rivière aux Outardes constitue encore l'un des plus grands cours d'eau qui se déversent dans le Saint-Laurent. Sa longueur est d'environ trois cents milles. Bile coule presque parallèlement à la Manikuagan.
M. l'arpenteur Bignell qui en a fait le relevé, estime sa profondeur moyenne à huit pieds, avec une largeur variant de sept à quinze chaînes.
Les principales chutes se trouvent environ à sept milles et demi de la mer ou de la Pointe-aux-Outardes, et la marée se fait sentir jusqu'au pied des chutes où elle monte d'une quinzaine de pieds daus les hautes mers d'équinoxe.
La hauteur de la chute est d'environ deux cents pieds et l'on estime que cette puissante cascade peut développer une énergie de 180,992 chevaux-vapeur et même plus (2).
La navigation n'offre pratiquement aucun accès à ces chutes, mais il serait facile de les mettre en communication avec celles de Manicouagan au moyen d'un tramway ou chemin à lisses, dont la longueur serait d'environ cinq milles pour atteindre la chute d'en haut.
(1) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897
(2) Rapport de 1907, par M. J.-C. Langelier, surintendant des gardesforestiers.
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La forêt qui environne cette rivière n'est pas inférieure à celle de la Manikuagan. Le bois de pulpe y est pour le moins aussi abondant et l'on estime même qu'il pourrait donner deux cordes à l'acre, soit un total de 9,400,000 cordes.
Territoire lacustre très poissonneux et d'une très grande étendue. On est à peu près sûr d'y trouver toute la série des poissons, depuis la morue de lac jusqu'à l'éperlan, en y comprenant les plus beaux poissons de sport, tels que truites grises, rouges, ouananiche, etc.
Les éturgeons de grande taille et le marsouin s'engagent quelquefois dans cette rivière à marée haute. On y rencontre également les loups-marins d'esprit en troupe considérable au pied de la première chute.
Les rives basses, herbeuses et quelque peu boisées de la rivière ne laissent pas que d'être très favorables aux canards bruns, aux sarcelles, aux bécassines et aux outardes.
La région arrosée par cette rivière donne encore asile au castor. Puis, ce sont, en grand abondance, les lièvres, les perdrix, les tétras, les siffleux. En somme, c'est un territoire de chasse de premier ordre (1).
Rivière Manikuagan
Manikuagan, que quelques-uns orthographient Manicouagan, est un mot montagnais qui signifie «là où l'on donne à boire.»
Cette rivière, située à 205 milles de Québec, roule une énorme masse d'eau. Elle a un cours de 350 milles qu'interrompent de nombreuses cascades susceptibles de
(1) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897.
développer des forces hydrauliques d'une puissance prèsqu'incommensurable.
A son embouchure, la Manikuagan mesure plus de trois milles, d'une rive à l'autre, et la partie la plus étroite, dans les premiers douze milles en remontant son cours, est de 1650 pieds, ou 550 verges de largeur. Les premières chutes se trouvent à douze milles de la mer. Elles ont 110 pieds de hauteur, d'après les mesurages faits par M. Low, de la Commission Géologique du Canada. Dix milles plus haut, ou à une distance de 22 milles de la mer, se trouvent les deuxièmes chutes, qui ont 165 pieds de hauteur. En amont de ces chutes et sur une distance de trente milles en remontant, la largeur de la rivière varie de % à y2 mille, et son lit est parsemé de hauts fonds de sable.
La rivière continue ainsi une dizaine de milles, jusqu'aux approches du confluent de la Toolnustook, grand tributaire venant du nord-est. Douze milles plus haut, commence le portage Chesniup, qui évite cinq chutes d'une hauteur collective de 115 pieds.
A 124 milles de la tête de la marée, commence une série de cascades de deux milles de longueur et de 175 pieds de hauteur. A cinq milles en amont de ces chutes, se rencontrent celles de Kikaskuatagan, longues d'un mille et hautes de vingt pieds. La rivière, ici, n'a que trois cents pieds de largeur et peu de profondeur.
Au 148e mille, au pied du portage Long, la rivière se rétrécit tout en s'approfondissant, et sur un parcours de quatre milles forme une série de petites cascades que l'on peut descendre en canot, lorsque l'eau est basse. Dans les onze milles qui suivent en montant, la rivière est étroite, profonde, et le courant très fort.
Un lac d'une longueur de 63 milles sur un demi mille à deux milles de largeur — le lac Ichimanikuagan — se rencontre à cinq milles du confluent. Ce lac qui reçoit les
eaux de plusieurs rivières, n'est qu'une expansion du bras de l'est.
A partir du confluent, la branche de l'ouest ou rivière principale, est profonde et mesure 300 pieds de largeur. Son étroite vallée est encaissée entre deux murailles formées par des collines atteignant de 800 à 1000 pieds de hauteur, diminuant à 500 pieds à mesure que l'on remonte vers le nord. Ces collines sont bien boisées. A cinq milles du confluent, la rivière est traversée par un banc de roc formant une petite chute et des rapides que Ton évite par un portage d'une couple de milles. Cinq milles plus haut, ou à une douzaine de milles du confluent, commence le lac Mouchalagan, expansion du lit de la rivière, mesurant 4 milles de longueur et d'un à deux milles de largeur dans sa partie supérieure. Ce lac est élevé de 830 pieds audessus du niveau de la mer. A 1500 pieds de la grève de l'ouest, dans îa partie nord, les sondages de M. Low ont donné une profondeur de 655 pieds, la plus grande profondeur trouvée dans les lacs du Labrador. Le bois a été en partie brûlé par les sauvages autour de ce lac. « Ce qui en reste, dit M. Low, dans son rapport de l'année 1896, se compose principalement d'épinette noire, excédant rarement douze pouces de diamètre, du bouleau, du sapin, du tremble, du cyprès et de l'épinette rouge.»
La rivière entre dans les lacs par son extrémité nord. Jusqu'à cinq milles elle coule à travers la partie ouest d'une grande vallée plate et dans un chenal large d'un quart de mille. A quatre milles, elle reçoit les eaux de la Kawikwanipinis, fort tributaire, large de 100 verges et d'une profondeur moyenne de 6 pieds. Ce tributaire a plus de 50 milles de longueur. Dans les 14 milles audessus de la Kawikwanipis, la vallée mesure de un demi mille à un mille de largeur, et le lit de la rivière de 300 à 1200 pieds. Dans les cinq premiers milles le terrain est bien boisé en épinette
blanche et en bouleau de grosseur moyenne. Vers le milieu de la distance, la rivière franchit une gorge de 150 pieds de largeur, où elle forme des cascades et des rapides très forts, que l'on détourne par un portage d'une couple de milles. Au-dessus de ce portage, la vallée s'élargit et la rivière est large de 1 200 pieds. Le bois, sur ces cinq milles, est de bonne grosseur. La forêt se compose d'épinette noire, pour la plus grande partie, d'épinette blanche, de sapin, de bouleau, de tremble, d'épinette rouge et de cyprès. Sept milles plus haut ou environ 249 milles de la tête de la marée, se trouve le confluent de la Pepechekan, qui se jette dans la rivière principale par une chute perpendiculaire de 50 pieds de hauteur. Les vingt milles suivants ne sont qu'une série de rapides et de remous, qui se terminent en haut par une cluse (canon) d'un mille de longueur, dans laquelle le lit de la rivière s'élargit, s'abaisse de 140 pieds. Au-dessus de la cluse, la vallée se développe et atteint plusieurs milles de largeur; sur un parcours de 14 milles la rivière s'élargit au point d'avoir l'apparence d'un lac, avec un courant à peine perceptible. Cette espèce de lac est désigné par les sauvages sous le nom de Natokapan.
A huit milles de Natokapan, débouche V Attikopi, qui vient du nord-ouest. Une vingtaine de milles plus haut du côté du nord-est, débouche la rivière Mossy-Pine, et après avoir franchi une série de rapides, en amont du confluent, on entre dans le lac Itomani, ou du Sommet, élevé de 1940 pieds au-dessus du niveau de la mer et d'une longueur de six milles. C'est la source de la branche principale de la Manikuagan, dont la tête se trouve ainsi par 53 ° de latitude et 690 20 de longitude.
Les principaux pouvoirs hydrauliques de la Manikuagan sont distribués comme suit, en calculant de l'extrémité de l'embouchure de la rivière ou du bord de la mer proprement dit :
i° — A 12 milles, chutes et cascades, no pieds de hauteur.
2° — A 22 milles, chutes et cascades, 165 pieds de hauteur.
30 — A 65 milles, chutes et cascades, 115 pieds de hauteur.
40 — A 125 milles, chutes et cascades, 175 pieds de hauteur.
50 — A 145 milles, chutes et cascades, 20 pieds de hauteur.
Les premières chutes pourraient développer à elles seules, d'après l'estimation qui en a été faite, une énergie de 331,456 chevaux-vapeur, la deuxième chute, 575,000 chevauxvapeur, la troisième qui se trouve à 65 milles de la mer, 265,000 chevaux-vapeur et la quatrième, 20,000 chevauxvapeur.
Les experts ont également reconnu que toutes ces immenses forces hydrauliques étaient d'une utilisation relativement facile.
On n'a pas tardé, au reste, à s'en rendre compte, puisque à différentes reprises, d'Angleterre, de France et des Etats- Unis, des syndicats de capitalistes ont délégué des représentants qui n'ont pu qu'admirer la puissance des chutes de Manikuagan et reconnaître leur importance.
Finalement, un syndicat français, représenté par M. A.- E. de Lorimier, de Montréal, s'est rendu acquéreur des premières cascades, à la date du 21 juin 1906. La concession est faite pour une période de quatre-vingt-dix-neuf ans et embrasse, outre les premières cascades, cinq cents acres de terrains situés dans le voisinage de ces chutes, et deux cent cinquante acres à la baie des Anglais.
Le syndicat français paie un loyer annuel de $2,000 pour cette concession et a pris l'engagement de dépenser
$200,000 dans les cinq ans qui suivront pour mettre en valeur le pouvoir hydraulique qu'il vient d'acquérir.
Dans le voisinage de la chute, à douze milles environ, se rencontre un petit cours d'eau que l'on a dénommé la rivière Salée et qui recèle une eau minérale dont on dit beaucoup de bien. Il se peut qn'on songe à l'exploiter quelque jour.
La rivière Manikuagan est encore renommée par ses huîtres perlières. Il s'y en trouve en quantité. Il y a quelques années, un sauvage montagnais qui faisait la pêche aux huîtres, vendit l'une d'elles pour la somme de $27.00. Et il est tout probable que ce pauvre sauvage ne connaissait guère la valeur des perles.
Quant à la forêt de cette région, elle est presqu'inépuisable. Parlant du territoire compris entre les premières et deuxièmes chutes, M. Low fait remarquer que les bords de la rivière et les collines sont bien boisés en gros arbres de différentes espèces : bouleau, épinette blanche, tremble, épînette noire, peuplier, baumier, sapin, merisier, cyprès, pin blanc et frêne noir.
Ce sont à peu près les mêmes essences forestières que l'on rencontre sur une distance de trente milles entre les deuxièmes chutes et le confluent de la Toolnustook.
A partir des troisièmes chutes, le bois dans la vallée et sur le flanc des collines est de bonne grosseur, l'épinette blanche est en particulier de bonne qualité et assez abondante pour faire l'objet d'une exploitation profitable.
A soixante-dix milles plus haut, l'on rencontre encore une bonne forêt d'épinette, de tremble et de bouleau.
La même végétation forestière se continue vers le nord, jusqu'à Natokapan, à plus de trois cents milles de la mer. La plus forte partie des limites à bois de la Manikuagan est actuellement la propriété de la compagnie « Manicouagan and English Bay Export. »
Au point de vue de la chasse et de la pêche, la rivière Manikuagan n'est pas à dédaigner. Elle est d'abord très riche en truites, surtout aux pieds des chutes, puis en loupsmarins et en poissons mixtes de toute variété.
C'est, d'après M. de Puyjalon, le lieu préféré de l'aigle doré et de l'aigle à tête blanche, qui nichent sur ses bords.
Les caribous s'y rencontrent aussi par nombreux troupeaux. Le castor y apparaît fréquemment. Il y a encore abondance de gibier de mer, et puis assez de lièvres et de perdrix pour tenter n'importe quel amateur.
Comme on a pu le voir, Manikuagan possède de grands tributaires et est émaillée de nombreux lacs dont quelquesuns atteignent jusqu'à 50 milles de longueur.
Tous ces lacs, aussi bien que les tributaires de la rivière, sont très poissonneux. Ils contiennent surtout en quantité notable, de la truite, du saumon et même de la ouananiche.
L,& petit fis tcle de Manicouagan, située sur la rive gauche du fleuve Saint-Laurent et entourée par les rivières aux Outardes et Manikuagan, a été partagée en 270 lots d'une contenance totale de 26,727 acres. C'est une immense plaine de glaise superposée de tourbe ou de terre noire, pour une partie, et de terre jaune pour l'autre.
La partie sud de la péninsule est celle qui vaut le moins. C'est une savanne où l'on ne peut guère songer à faire de la culture. Par contre, toute la partie nord du canton est composée de terre forte, arable et très riche.
On estime d'autre part que dans les envions des grands pouvoirs hydrauliques de la Manikuagan et de la rivière aux Outardes, l'étendue des terrains cultivables peut être portée à 130,000 acres.
Les rives de la péninsule ue sont pas uniformes. Du
côté sud comme du côté est, elles sont coupées presque verticalement et atteignent une hauteur qui varie de trente à soixante pieds. Quant à la rive ouest, elle est plus basse et couverte de bois vert.
L,es fermiers fixés dans le canton Manicouagan font chaque année une grande récolte de foin de grève qu'ils recueillent sur les battures.
C'est un appoint précieux que ces terrains cultivables, surtout si l'on considère que dans un avenir prochain l'utilisation des sources d'énergie fournies par la Manikuagan et la rivière aux Outardes aura nécessairement attiré ici un groupe considérable d'ouvriers. Il se créera un peu partout sur la péninsule de bonnes fermes dont les produits pourront ainsi, grâce à l'accroissement de la population des travailleurs, s'écouler avec autant de facilité que de profit (1).
Le canton Laflèche, au nord de la péninsule, ne comprend qu'une concession et six lots d'une contenance totale de 687 acres. Trois de ces lots sont, depuis 1905, la propriété de la compagnie Manicouagan and English Bay Export qui les a acquis pour fins industrielles.
Rivière Saint- Athanase
Cette petite rivière est placée à peu près au milieu de la presqu'île de Manicouagan.
C'est un faible cours d'eau sans importance et de peu d'étendue où l'on pêche quelques truites à la saison, mais dont le bassin est assez bien pourvu de loups-cerviers, de
(1) La loi (article 1307) autorise la gouvernement à affermer cette péninsule pour une période de dix années ou moins, soit à une rente annuelle fixe, soit à un percentage sur les produits nets obtenus par les fermiers, si le territoire ainsi affermé est utilisé pour des fins de manufac ture ou de commerce.
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lièvres, de perdrix et de tétras. On y rencontre aussi le canard gris et le canard français ou colvert, devenu très rare, sauf sur quelques points spéciaux comme Saint-Athanase (1).
Rivière des Anglais
C'est un faible cours d'eau descendant des montagnes, mais fort poissonneux à son embouchure.
On tend des filets à saumon aux pointes. Nombreuses truites de mer.
A peu de milles de la baie des Anglais, dans le fond du cirque de Saint-Pancrace, deux ruisseaux se précipitent en cascades du haut des roches. Ils sortent de deux lacs placés sur le bord du sommet et par suite très près de la mer.
Aux pointes, bonnes places de filets à saumon. Assez bon territoire de chasse. Région de l'ours, de même que dans la petite rivière de la baie des Anglais. Gibier de mer (2).
Rivière Mistassini
A huit milles de la pointe Saint-Gilles et à trente-six milles de Bethsiamis.
La rivière Mistassini se jette à la mer au fond'd'une anse toute parsemée de blocs erratiques. Cette agglomération de roches, quelquefois très volumineuses, rend son accès très difficile sinon inabordable aux navigateurs qui en ignorent l'usage. Cependant en venant dans l'est et en choisissant le point le plus élevé de la marée, une embarcation de
(i) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897. (2) Idem.
faible tonnage peut s'y introduire et y trouver un asile assuré à l'entrée de la rivière même.
Ce cours d'eau à régime mixte, c'est-à-dire coupé de cascades et de rapides que réunissent des eaux mortes ou calmes, coule entre les roches sur un lit d'alluvions, que bordent quelquefois des falaises argileuses recouvertes de sable et assez élevées où croissent les principales essences forestières de la région, mais plus particulièrement les bouleaux blancs et gris, les épinettes blanches et jaunes et le sapin, he cyprès, le pin et l'épinette noire occupent le sommet et les pentes arides pendant que le mélèze et accidentellement le cèdre blanc se rencontrent à la queue des lacs et dans les terres sa vanneuses et mouillées.
Cette petite rivière dont le cours ne doit pas excéder 25 ou 30 milles, eu y comprenant le développement linéaire des lacs où elle prend naissance, se dirige d'abord vers le nord-ouest en quittant la mer.
A un mille environ de son embouchure se présente sa première chute dont la hauteur et le volume sont médiocres, quoique suffisants pour obtenir une force hydraulique considérable.
Rivière exceptionnellement poissonneuse. Le saumon n'atteint pas de grandes dimensions, mais il s'y trouve en quantité. On peut y faire aussi une excellente pêche au filet à la mer.
Il y a bon nombre de lacs sur le parcours de cette rivière ; quelques-uns même sont assez rapprochés du littoral, trois à cinq milles par exemple. Tous fourmillent de truite.
Territoire de chasse justement recherché. Fréquenté par l'ours, le loup-cervier, le castor, etc.
Du gibier de mer de toutes les variétés, puis lièvres, perdrix, tétras, aigles et pêcheurs (1).
(1) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897.
L/estuaire est visité par nombre de loups marins et de marsouins.
La Mistassini est affermée au club Weymahigan.
Rivière Bec-Scie
Cette rivière ne se trouve qu'à trois milles à l'est de la
Mistassini.
A l'instar de cette dernière, l'entrée est défendue par une
batture de roches s'étendant sur une longueur de trois
quarts de mille.
A marée basse, elle est à peu près impénétrable, mais à
marée haute les petites embarcations peuvent y circuler.
La rivière, tout étroit que soit son bassin, offre même un mouillage sûr. Toutefois, les meilleures mouillages pour les navires chargeurs se trouvent à Saint-Nicolas, à 7 milles à l'est, à Godbout, 14 milles à l'est et à Saint- Pancrace, 7 milles à l'ouest. Ajontons que dans le bassin, on peut pêcher à loisir l'éperlan, la loche, sans compter la truite de mer qui y est fort belle.
ïl y a deux chutes sur cette rivière, l'une assez peu élevée, à un mille de la mer, et la seconde atteignant près de vingt-cinq pieds de hauteur, à deux milles de l'embouchure. Entre ces deux chutes, on trouve de la truite et du saumon.
Cette rivière dessert plusieurs lacs dont trois au moins sont placés à l'entrée même, sur la rive droite, presqu'audessus de la première chute.
Le lit de ce cours d'eau, plus riche en aliuvions, est aussi mieux fourni d'espèces forestières que celui de sa voisine de l'ouest. Les essences exploitables y sont les mêmes que celles qui ornent la Mistassini, mais s'y sont multipliées en plus grande abondance. Un explorateur estime que dans le voisinage immédiat de cette rivière et de ses tributaires,
Pon pourrait manufacturer 15 a 20.000 billots de bois résineux, épinettes variées, pins et cyprès, etc.
Bon territoire de chasse, mais très montagneux. L'ours fréquente ces montagnes ; il en est de même de plusieurs autres animaux à fourrures.
M. de Puyjalon dit qu'il y a de nombreux visons et qu'on y rencontre le castor.
Comme partout ailleurs sur la Côte-Nord, le gibier de mer y est aussi abondant que varié.
Loups-marins, marsouins, à la mer.
M. Archibald Laurie, de Québec, a affermé cette rivière.
Baie de Saint-Nicolas
Dans le fond de la baie se rencontre un torrent à l'entrée duquel fourmille la truite.
Cette baie est un havre de premier ordre.
Sur la branche de l'est de la petite rivière du port Saint- Nicolas, on trouve, à sept ou huit milles de la mer, un lac de douze milles en longuenr et très poissonneux.
Il y a aussi de bons endroits de filet à saumon aux pointes.
M. de Puyjalon classe ce territoire parmi les bons territoires de chasse. Du gibier de mer et de grève, de l'ours, et à la mer loups-marins, marsouins, etc.
Rivière Godbout
A 231 milles de Québec et à 47 milles à l'est de Bethsiamis.
C'est l'un des points d'escale des steamers qui font le service de la Côte-Nord.
Cette rivière est très riche en truites de mer, surtout à son entrée. On y pêche aussi le saumon jusqu'au lac Peseton où elle prend sa source.
On aura une idée de la richesse de cette rivière si nous disons que son détenteur y a pris en 1906, à la ligne, plus de 500 saumons.
Nonobstant les bancs de sable qui en masquent l'entrée, Paccès de la rivière est assez facile.
Deux lacs, dont l'un mesurant six milles et l'autre neuf, se rencontrent à trois milles au plus de la côte ; ils sont très poissonneux.
La baie formée par cette rivière est aussi large que profonde. Les bateaux à vapeur peuvent s'approcher à un demi-mille du rivage. A partir de cette baie, la chaîne des Laurentides prend des proportions presque majestueuses et se rapproche de la mer jusqu'à une assez longue distance.
La rivière Godbout a été vendue en 1867 à M. Gilmore.
MM. Gilmore et Law possèdent aussi de chaque côté de la rivière 5,000 acres de terre qui leur ont été concédées par le gouvernement de Québec.
Quant à l'estuaire de la rivière qui est demeuré la propriété de la Couronne, il est affermé à M. James Law, à raison de cent piastres par an.
Le village de Godbout — qui contient une dizaine de familles — est bâti au fond d'une baie qui s'étend entre le cap de la Pointe-des-Monts, à l'est, et l'entrée de la rivière Godbout, du côté de l'ouest. Il y a là un ancrage sûr et un port bien protégé surtout contre les vents d'ouest (J)
La population s'occupe de pêche au saumon, au hareng et au maquereau. L'hiver on fait la chasse aux phoques ou loups-marins à travers les glaces.
(r) Labrador et Anticosti, M. l'abbé V.-A. Huard (1897).
86 h A COTK NORD
Le poisson que l'on prend ici est expédié et vendu à Québec.
La baie de Godbout se termine, à l'est, par une longue pointe de rochers qui s'avance au loin et à laquelle on a donné le nom de Pointe-des-Monts.
Cette Pointe-des-Monts est en quelque sorte la ligne de démarcation entre le fleuve et le golfe Saint-Laurent. Le fleuve s'élargit en effet ici soudainement et l'on n'a plus maintenant devant les yeux que le spectacle de la mer infinie.
Un phare de cent pieds a été dressé ici et sa lumière peut être aperçue à une distance de quinze milles.
La Pointe-des-Monts, placée à 240 milles de Québec, est renommée pour la chasse au loup-marin qui se fait généralement de décembre au mois d'avril (1). C'est aussi un excellent endroit pour la pêche au hareng.
Le canton De Monts, qui est traversé par la Grande Trinité, comprend 5,000 acres de terres arpentées et divisées en blocs. Ces terrains n'ont de valeur que pour l'industrie de la pêche. MM. Mossom, Boyd, d'Ontario, possèdent 146 acres dans ce canton.
A mi-chemin entre la Pointe-des-Monts et les Sept-Isles c'est-à-dire à 50 milles de l'un et l'autre poste — se dressent deux îlots ou rochers qui furent longtemps tenus en estime par les chasseurs ; ce sont les Caouis. Ils ont beaucoup perdu de leur réputation comme terrains de chasse, mais ils constituent encore un excellent havre de refuge pour les vaisseaux.
(1) En moyenne le loup-marin donne cinq gallons d'huile, celui du printemps, dix ou quinze.
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Rivière Trinité
La rivière Trinité, distante de Québec de 246 milles, se jette dans la baie du même nom. Elle se trouve placée à sept milles environ du phare de la Pointe-des-Monts et à dix-sept milles à l'est de la rivière Godbout.
L'entrée de la rivière est caractérisée par une batture de roches et un rapide que refoule la haute mer.
La Trinité, sans être d'une grande étendue, est alimentée par plus de cent cinquante lacs qui tous contiennent de nombreuses truites.
Cette rivière est fort riche en saumons et en truites. On y rencontre aussi une variété de saumon blanc assez commune dans plusieurs rivières de la Côte-Nord et à la mer. Ce poisson atteint dix-huit pouces de longueur. Il est relativement long et très élégant, a les écailles très fines, argentées et la chair blanche ; sa queue est fourchue.
Comme territoire de chasse, la Trinité ne le cède à aucun autre. On y voit le castor, le porc-épic et quantité de gibiers de mer et de grève. Puis lièvres, perdrix et tétras à foison (1).
Le détenteur de cette rivière est M. H. H. Holk. Elle lui est affermée à raison de $250.00 par an.
Baie de la Trinité. — Les gens de la côte lui donnent aussi le nom à? Eternité.
Quelques familles sont installées sur les bords de la baie et vivent de l'industrie de la pêche qui est assez considérable. Il n'y a pas en effet que la rivière qui fournisse le saumon. Celui-ci se pêche encore au filet dans le fleuve,
(l) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897.
et puis il y a la morue et le hareng que l'on sale pour être expédiés sur les marchés étrangers.
Le hameau de la Trinité possède un bureau de poste et un bureau de télégraphe.
Rivière du Petit Mai
Faible cours d'eau à troismilles à l'est de la Trinité.
L'étendue de cette petite rivière ne dépasse pas douze milles.
Bile dessert quinze ou dix-huit lacs dont le plus grand peut mesurer un mille de longueur.
Elle donne asile à la truite de mer, même au saumon, surtout à son embouchure.
Le territoire qu'elle arrose était considéré, il y a quelques années encore, comme l'un des mieux pourvus de castors. On y signale aussi la présence du vison, de la loutre, du rat musqué, avec en outre, toutes les variétés du gibier de mer.
Il y a enfin de bonnes places de pêche à saumon à la mer (1).
Dans le voisinage de cette rivière, se rencontre le ruisseau Vachon possédant un volume d'eau assez considérable pour le flottage du bois. On trouve aussi là un bon petit havre. La forêt environnante se compose d'épinette de bonne qualité.
Rivière Petite Trinité
Petite rivière torrentueuse bien pourvue de saumons et de truites.
Cette rivière se trouve à trois milles à l'est de la pointe
(i) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897.
ou îlets à Caribou et à neuf milles de la Grande Trinité. Son accès est assez difficile, défendue qu'elle est par une batture de roches.
A deux ou trois milles de son embouchure se rencontre une cascade en plan incliné que franchit le saumon et qui s'y fait capturer par les aigles à tête blanche et par les orfraies (aigles pêcheurs).
L/'entrée de la rivière fourmille de truites et de saumons. On y voit même, comme sur la Grande Trinité, une espèce de saumon blanc.
Bon territoire de chasse. Lièvres, perdrix, tétras, gibier de mer, loups-marins. Les ours sont eux-mêmes assez nombreux dans cette région.
La Petite Trinité a été louée à M. Peter McKenzie, de la compagnie de la baie d'Hudson, pour $15,00 par an.
Nous venons de dire que les Ilets-à-Caribou se trouvaient à une distance assez rapprochée de cette rivière et à 251 milles de Québec.
Ces îlets sont justement renommés comme endroits de pêche à la morue. Quinze à vingt barges constituent la flotte de pêche et s'éloignent depuis un mille jusqu'à trois milles au large pour rencontrer les bancs de morue. On utilise, comme bouette, le hareng, le lançon ou les clams, mollusques bivalves qu'il faut aller déterrer dans le sable où ils s'enfoncent durant la marée basse.
Durant l'automne, on fait aussi, aux Ilets, la pêche au hareng. Dans l'été, il se prend aussi beaucoup de flétan, et nous en avons vu qui mesuraient de six à huit pieds de longueur.
M. l'abbé V. Huard estime à $500 le reveuu annuel de
l'habitant des Ilets qui se livre à la chasse au loup-marin et à la pêche du hareng, du saumon et de la morue (1).
Le canton Royer, qui est arrosé par la petite Trinité, se compose des blocs A, B, C, D, — 176 acres — qui ont été adjugés pour fins industrielles à MM. Mossom, Boyd, d'Ontario.
Rivière Calumet
Cette rivière se trouve dans le voisinage de la Petite Trinité, à quatre milles environ à l'est.
Elle sort d'un lac de six milles de longueur environ, assez élevé au-dessus du niveau de la mer, à sept ou huit milles du littoral, et regorge d'éperlans.
Une batture rocheuse encombre son entrée, ce qui en rend l'accès assez difficile, sauf pour les canots.
La rivière est riche en truites, surtout à son embouchure, mais on y rencontre assez peu de saumons.
Il y a du gibier de mer, comme tout le long de la côte, puis lièvres, perdrix, tétras.
Maître Martin n'est pas non plus inconnn dans cette région. On y fait encore la chasse au loup-marin (2).
Entre la rivière Calumet et celle de la Pentecôte, on rencontre sept à huit ruisseaux de volumes différents, mais intéressants par la quantité d'alevins de truite qui s'y réfugie. Ils sont également d'excellents relais de gibier. A l'embouchure de l'un d'eux, rapproché de la Pentecôte, se trouve une bonne place de filet à saumon (3).
(1) Labrador et Anticosti, par M. l'abbé Huard, 1897.
(2) Notes manuscrites de M. de Puj'jalon, 1897.
(3) Idem.
On a érigé ici le canton Cannon qui comprend les blocs A, B, C, D, E, F, — 432 acres en tout — qui sont devenus la propriété de MM. Mossom, Boyd, d'Ontario. Ce canton ne vaut quelque chose qu'au point de vue minier et industriel.
Rivière Pentecôte
Située à 300 milles de Québec et à 9 milles de l'Ileaux-CEufs.
Cette rivière coule tranquillement environ neuf milles, puis grossie des eaux de nombre de petits lacs, elle se fait de plus en plus rapide.
On compte deux cascades importantes sur le parcours de cette rivière, depuis son embouchure jusqu'au lac Misticarpin.
L'entrée de la rivière forme un havre commode pour les petits vaisseaux, bien qu'à marée basse il y ait peu d'eau dans ce mouillage.
La rivière Pentecôte est un grand cours d'eau dont la valeur sportique n'est grande que dans le haut. Elle donne accès à beaucoup de truites de mer, maïs il n'y entre pas de saumons. La Pentecôte reçoit de nombreux tributaires très poissonneux et regorge de lacs également très bien pourvus.
Sans être un territoire de chasse supérieur, on y voit encore beaucoup d'animaux à fourrure. Par contre, peu de gibier à la mer.
MM. Gagnon & frère, de Québec, ont fait autrefois de grands chantiers de bois sur les bords de cette rivière. Aujourd'hui, les concessions forestières dont ils étaient les détenteurs, — environ 196 milles — sont passées aux mains de la Pentecost Lumber Co.
Le locataire de cette rivière est M. Joseph-Alphonse Bégin. Prix de l'affermage : $100.00 par an.
Le village de Saint-Patrice de la Pentecôte est bâti de chaque côté de l'embouchure de la rivière.
C'est l'industrie du bois, commencée il y a vingt ans, qui en a provoqué la naissance.
Ce village est doté d'une église, d'un bureau de poste et de télégraphe. Depuis quelques années, un médecin y réside et dessert une partie des postes de la côte.
Il y a un peu de culture ici, consistant principalement en pommes de terres. On pourrait faire davantage, car il y a dans les environs du lac Pentecôte — douze milles de longueur — toute une belle vallée de terre argileuse qui s'adapterait parfaitement à l'agriculture.
Ile-aux-Œufs. — Cet îlot, qui n'est à proprement parler qu'un rocher stérile, surmonté d'un phare, se trouve à quelques milles seulement de la rivière Pentecôte. Dénuée de toute végétation, sa longueur est d'environ trois quarts de mille. Du côté est il y a une batture le long de cette île ; mais à l'ouest c'est une muraille coupée à pic où les flots viennent se briser.
Iv'île-aux-CEufs a ceci de particulier qu'elle constitue un excellent abri pour les vaisseaux et que ses alentours sont de bons endroits de pêche, surtout pour la morue et le hareng. En automne, les canards y pullulent. Le garde-pêche de l'endroit nous a même raconté qu'en novembre 1905, il avait vu lui-même s'abattre d'un seul coup sur l'île quatre à cinq cents canards. D'un coup de fusil il avait eu la bonne fortune d'en faire tomber vingt-cinq dans sa gibecière.
C'est sur cette Ile-aux-CEufs, placée à quarante lieues de Tadoussac, et demeurée fameuse par le naufrage de la flotte de l'amiral anglais Walker, que François Bissot jeta en 1661
les fondations de son premier établissement de pêche. Il avait choisi de préférence cet endroit pour se mettre à l'abri des invasions des sauvages esquimaux. Un peu plus tard, il devait transporter son exploitation au fond du havre de Mingan.
Point e-aux- Anglais. — On donne ce nom à la longue batture qui s'avance dans la mer, vis-à-vis de l'Ile-aux- (Eufs.
Elle donne asile à une quinzaine de familles, presque toutes acadiennes.
L'endroit est assez réputé pour la pêche au hareng que l'on prend au rets, de mai à novembre, à sept ou huit arpents du rivage.
Mais c'est surtout la morue dont se préoccupent les habitants. On la pêche à des distances variant d'un à cinq milles de terre.
On pêche le saumon, du côte de l'ouest, à mi-chemin depuis la Pointe- aux- Anglais, et à l'est, en bas des Caouis} îles situées à l'extrémité est de la baie des Homards (*).
Rivière à Riverin
Faible cours d'eau qui se précipite à la mer par une chute assez élevée. Il est situé à un mille de la Pentecôte et tombe dans le Saint-Laurent.
La cascade formée par cette rivière a servi durant plusieurs années à faire marcher un moulin dont les propriétaires étaient MM. Gagnon & frère, de Québec.
D'après un récent rapport, on trouve encore une grande quantité de bois à pulpe tout le long de cette rivière.
(i) Labrador et Anticosti. Abbé V. Huard, 1897.
La truite de mer fourmille à l'entrée de la rivière. Audessus de la chute, l'on peut pêcher l'anguille. Lacs poissonneux.
Rivière de la baie des Homards
Petite rivière assez peu considérable à trois milles à l'est de la Pentecôte.
La truite de mer se pêche à l'embouchure, les lacs environnants ne laissant pas d'être eux-mêmes fort poissonneux.
Mais l'importance de ce territoire tient surtout à son abondance de gibier de mer et de grève. Vous voyez ici des légions de bécassines et bernaches, de canards eiders, etc. Il y a aussi assez de lièvres et de perdrix pour distraire les amateurs de chasse.
De la baie des Homards à la rivière des Ilets-de-Mai, on rencontre une série de petits cours d'eau bien pourvus de truites de mer à leur entrée, mais ayant plus de valeur comme système lacustre et comme territoire de chasse que comme lieu de chasse sportique. Quelques-uns de ces cours d'eau servent de décharges à des lacs assez grands, d'autres égouttent des savanes qui contiennent encore quelques castors.
L'entrée de ces cours d'eau — des Caouis aux Islets-de- Mai — est défendue par de nombreux îlots ou roches très fréquentés par le gibier et le homard.
La rivière des Ilets-de-Mai, la rivière à Vachon et les autres petits cours d'eau que l'on rencontre jusqu'à la rivière des Rochers se comportent de la même manière et offrent les mêmes avantages et les mêmes défauts que les précédentes de même espèce (1).
(i) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897.
du saint-laurent 95
Rivière des Rochers
Très jolie rivière d'un cours de 150 à 180 milles. Elle se jette à la mer par une série de chutes, puis se divise en trois branches et atteint la grève par trois canaux.
Pour franchir les chutes qui sont au nombre de sept, et dont la hauteur varie entre vingt et quatre-vingts pieds, sur une distance de dix milles, il faut parcourir au moins treize portages. Aussi les chasseurs, écrit M. de Puyjalon, ont-ils modifié ce trajet et créé un portage à trois quarts de mille dans l'ouest de l'estuaire de la rivière. Ce portage, connu sous le nom de Portage des mousses, commence au fond d'une anse vaseuse. On gravit une côte abrupte, l'on prend ensuite une savane tremblante et mouillée que l'on suit sur une étendue de plus de deux milles; enfin, l'on redescend une côte et l'on tombe sur la rivière que l'on remonte sans obstacle jusqu'au premier lac. Ce parcours embrasse bien trois à trois milles et demi de la mer à la rivière.
Cette rivière dénommée aussi rivière à Vallée et rivière du Portage des mousses, est remarquable par les grands lacs qui lui sont propres et par ceux de ses tributaires. Quelques-uns de ces lacs assez rapprochés de la mer — de dix à vingt-cinq milles — mesurent jusqu'à trente milles de longueur. Ils sont d'une grande profondeur et contiennent d'énormes truites, des ouananiches, du poisson blanc, de la morue de lac, etc.
L'un de ces lacs, le lac des Caouis, est entouré de bons terrains sur lesquels il serait possible de faire un peu de culture. On y a même trouvé de l'amiante, mais il faudrait une exploration plus minutieuse pour déterminer la richesse et la qualité de ce minerai qui a atteint de nos jours une grande valeur sur le marché.
La rivière des Rochers se trouve placée à vingt milles
à l'est de la rivière Pentecôte et à vingt-cinq milles des Sept-Isles. L'entrée de la baie, au fond de laquelle elle s'écoule, est facile et l'on peut aller mouiller en yacht au pied du premier rapide (x).
Le poisson est en grande quantité dans cette rivière et dans ses réservoirs. Le saumon y mord à la mouche et la truite y est fort abondante.
M. de Puyjalon signale cette région comme étant l'un des lieux de nidification du canard histrion (Histrionicus torquatus) ou cane de roche. Il constate aussi la présence de tous les gibiers de mer, ainsi que celle des perdrix, des lièvres, des tétras (1).
Ce sont des capitalistes d'Ontario, MM. Mossom, Boyd et compagnie, de Bobcaygeon, qui ont fait en septembre 1901, l'acquisition des forces hydrauliques fournies par cette rivière. Les mêmes capitalistes disposent de six cent vingt milles de concessions forestières dans la région arrosée par les rivières des Rochers, du Calumet, de la Grande et de la Petite Trinité. L'exploitation de ces concessions, où l'épinette domine, n'est cependant pas encore commencée.
Sur tout le parcours de la rivière et de ses tributaires, le terrain est rocheux, sablonneux et peu propre à la culture.
Le bois de commerce, comme l'épinette, commence à l'embouchure de la rivière, sur un mille ou deux, surtout du côté ouest, jusqu'au premier lac; on en trouve aussi
(1) De Puyjalon. Rapport de 1901.
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dans tout l'espace compris entre la branche nord-est et la branche nord-ouest, sur sept ou huit milles (1).
Le canton Babel, sur la rivière des Rochers, ne comprend encore que cinq blocs, A, B, C, D, E, d'une étendue de 576 acres. Ces terrains ont été concédés pour fins industrielles MM. Mossom, Boyd, de la province d'Ontario.
Rivière Brochu
Quatre ou cinq ruisseaux poissonneux à leur entrée et fort giboyeux séparent la rivière des Rochers de la rivière â Brochu.
Cette dernière n'est à la vérité qu'un faible cours d'eau, mais elle mérite une mention spéciale à cause de l'abondance des truites de mer qui la fréquentent à la saison.
A un mille du littoral, ce cours d'eau se divise en deux branches, l'une faisant le nord-ouest, l'autre se dirigeant au nord-est. C'est dans cette dernière qu'il faut chercher la truite lorsqu'elle a quitté l'embouchure pour remonter la rivière.
A noter ici de bonnes places de pêche à saumon à la mer.
Territoire assez giboyeux. Ours, visons, renards, gelinottes, tétras et lièvres, nombreux gibier d'eau (2).
Rivière Marguerite
A 287 milles de Québec et à douze milles, à l'ouest, du village des Sept-Isles.
C'est une des plus belles rivières de la Côte. Elle est
(1) Rapport de 1901. M. G. Gagnon, A. G.
(2) Notes manuscrites de M. Puy jalon, 1897.
navigable pour les goélettes et les bateaux jusqu'au premier rapide.
La première cascade se rencontre à quatre milles de l'embouchure de la rivière ; à deux milles plus haut surgit une seconde chute que ne peut franchir le saumon, bien plus à cause de la disposition spéciale de cet obstacle qu'à cause de son élévation de 15 pieds.
La rivière Marguerite, ainsi que ses tributaires, sont bien boisés en épinette blanche, de bonne qualité et en grande quantité, de 30 à 40 pouces de diamètre à la souche, et cela, depuis son embouchure jusqu'au Grand Portage, distance de 52 milles, sauf un espace de 9 milles, sur environ 1 y2 mille de profondeur, entre la rivière au Canard et la rivière Ochogan, cette partie de territoire ayant été ravagée par le feu.
Le sol, sur ces 52 milles, est presque partout de terre glaise recouverte d'une épaisse couche de sable. En différents endroits, les montagnes se rapprochent de la rivière, et en d'autres, elles s'en éloignent d'une vingtaine d'arpents.
Le long du Grand Portage, les bois sont mêlés, francs et mous, de moyenne pousse. Les terrains sont sablonneux et rocheux (1).
Entre la deuxième chute et le Grand Portage, il existe 25 relais (remous) à saumon. On compte dans cet espace, de chaque côté de la rivière, treize affluents pouvant porter canot. Chacun d'eux s'échappe de lacs formant des systèmes lacustres secondaires.
Au-dessus du Grand Portage, il y a moins d'affluents, mais ceux qui existent semblent plus développés que les affluents inférieurs au Grand Portage (2).
(1) Rapport du Commissaire des terres, 1889. M. G. Gagnon, A. G.
(2) Notes manuscrites de M. de Puyjalon, 1897.
Outre le saumon, la rivière Marguerite fournit le touradi, le brochet, l'alose, le poisson blanc, la carpe, le caplan, etc.
Depuis la rivière au Goujon jusqu'à la rivière à Gamache, distance de 21 milles, les montagnes sont généralement escarpées et les bois de petite et de moyenne pousse.
Sur tout le parcours de la rivière Marguerite, on trouve, en différents endroits, des bancs de sable magnétique.
De la rivière à Gamache à la rivière Kamalatshinekikatest, distance de 24 milles, les montagnes s'aplanissent ; on voit partout des éboulis de sable, des plateaux s'étendant de 20 à 30 arpents, en différents endroits, et bien boisés en bois francs et bois mous, où l'épinette blanche, de bonne pousse, propre au commerce, se trouve en assez grande quantité. Les flancs des montagnes, au loin, ont été balayés par le feu il y a une quinzaine d'années.
Depuis la rivière de la Montagne blanche, jusqu'aux Fourches, distance de 33 milles, le feu a exercé presque partout ses ravages. Les endroits épargnés fournissent des bois francs et des bois mous d'une grosse pousse; dans certains endroits, on en trouve même ayant 15 à 20 ans d'existence.
Le dernier lac, dans la rivière Marguerite, est entouré de hautes montagnes où se rencontre aussi le minerai de fer.
Aux Fourches, près de la hauteur des terres, le climat est propre à la culture (1). »
Cette rivière, on vient de le voir, en est une de premier ordre pour la pêche. Elle n'est pas moins recherchée comme territoire de chasse : animaux à fourrures, lièvres, gelinottes, tétras et gibier de mer.
(ï) Rapport du Commissaire des terres, 1889. M. G. Oagnon, A. G.
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