AU LECTEUR
Un des membres du cabinet de Québec, l'honorable M. Turgeon, ministre des Terres et des Forêts, avait déjà laissé pressentir, dans un discours justement remarqué, tout le parti qu'il serait possible de tirer des grands cours d'eau de la côte nord du Saint- Laurent.
« Toute la côte nord du Saint-Laurent, disait-il, que l'on croyait jusqu'ici inaccessible, inhospitalière, à peine recouverte de sapins rabougris, est coupée par des rivières que l'on pourrait appeler des fleuves gigantesques. Sur chacune de ces rivières il y a des centaines de chutes, . . Sur la rivière Manicouagan, par exemple, à quelques lieues de la mer, il y a une chute qui, par le volume et la puissance, laisserait loin derrière elle ce que l'on croyait être les incomparables chutes du Niagara.»
Et l'honorable ministre ajoutait : « Tous ces fleuves du Nord charrient entre leurs rives à peine connues, des forces, des énergies dont il est impossible de préciser la grandeur, et l'esprit est confondu devant le rêve de l'avenir qu'il est permis de faire pour notre pays . . . C'est du Nord que nous viendra la prospérité.»
C'est aussi notre sentiment. Le temps est venu de soulever le voile qui dérobait à nos yeux un coin du pays où tant de richesses sont accumulées, et c'est dans ce but que nous avons tracé dans les pages qui vont suivre une esquisse, aussi complète que possible, des cours d'eau de la Côte- Nord pouvant, à raison de leur volume et des belles forêts qui bordent leurs rives, constituer des auxiliaires précieux pour la grande et petite industrie, tout en demeurant des centres de pêche et de chasse de la plus grande fécondité.
Nous avons voulu faire davantage. Le Labrador et la Côte Nord du golfe étant appelés à des développements que l'on commence déjà à prévoir, ont été étudiés sous les aspects les plus multiples. En d'autres termes, nous avons