CHAPITRE III
De Québec au Labrador. — Modes de communication. — Service par eau et par terre. — Deux lignes de bateaux à vapeur. — Le cométique et le chien esquimau. — Apparition du renne. — Tableau des distances entre Québec et les principaux postes de pêche.
Si l'on a pu souffrir dans le passé de l'absence de communications régulières et suivies entre les villes de Montréal et de Québec et les postes lointains de la côte-nord du fleuve Saint-Laurent, on ne pourrait guère aujourd'hui formuler de plaintes à cet égard.
Le service par eau est en effet assuré par trois excellents bateaux à vapeur, le King Edward, le Ristigouche et le Natashquan.
Les points d'arrêt des deux premiers sont Portneuf, Bethsiamis, Manicouagan, Godbout, Pointe-des-Monts, Baie-de-la-Trinité, Ile-aux-CEufs, Pentecôte, Sept-Isles, Moisie, Rivière-aux-Graines, Sheldrake, Rivière-au-Tonnerre, Magpie, rivière Saint-Jean, Longue-Pointe, Anticosti, Mingan, Pointe-aux-Esquimaux, Piasthe-Baie, Natashquan.
Le King Edward et le Ristigouche, qui sont la propriété de MM. Holliday & frères, de Québec, font, en moyenne, quatre voyages par mois. Ils transportent passagers, malles et cargaison.
Le Natashquan, bateau à vapeur de deux cents pieds de longueur sur trente de large, fait la navette entre Montréal, Québec et différents postes de pêche de la Côte-Nord. Ce
vaisseau est la propriété de la North Shore Transportation and Wreckage Cie et a inauguré avec succès son service l'année dernière.
Voilà pour la grande navigation, ou plutôt la navigation régulière. Il y a, en outre, entre les différents postes de pêche qui sont assez distants les uns des autres, le service des goélettes, des barges, des yachts et des canots de toute dimension. Durant la saison de l'hiver, les habitants de la Côte et du Labrador, pour communiquer de poste en poste et s'approvisionner de bois de chauffage, se servent du comètique, sorte de traîneau d'une longueur de neuf à dix pieds que tirent cinq ou sept chiens esquimaux.
Un bon attelage de chiens esquimaux peut fournir, dans un cas pressé, plus de quinze milles à l'heure et plus de cent milles par jour.
Ces animaux, qui ont plusieurs points de ressemblance avec le loup, ne sont nourris qu'une fois par jour, alors que la course est terminée. On leur sert d'ordinaire du maigre de baleine, ou de la farine de blé-d'Inde mélangée avec de l'eau, ou encore des têtes de morue. Tous les grands postes de pêche utilisent les chiens esquimaux durant la rigoureuse période de l'hiver. La Pointe-des-Esquimaux possède à elle seule près de quatre cents de ces chiens.
Nonobstant les services qu'ils ont pu rendre et qu'ils rendent encore, il n'en reste pas moins établi que ces chiens esquimaux ont une mauvaise réputation justement méritée, qu'ils sont gourmands, querelleurs, qu'ils s'attaquent aux troupeaux de moutons et qu'ils sont la terreur des poulaillers où ils exercent de nombreux ravages. Ajoutons que leurs hurlements lugubres et prolongés, qui se font entendre dans le silence de la nuit, n'ont pas, non plus, rien de rassurant et qu'ils tiennent souvent tout un hameau en éveil.
Pour toutes ces causes, on a fréquemment songé à se
débarrasser de ces animaux incommodes et il n'est pas impossible qu'à brève échéance ce projet soit mis à exécution, si surtout l'on arrive à acclimater chez nous le renne de Laponie ou de Norvège.
C'est à M. le docteur Greenfeld, médecin-en-chef de l'hôpital de Harrington, que nous sommes redevables d'une expérience dans ce sens. Désireux de rendre service à toute cette population de la Côte Nord qui est privée d'animaux domestiques, le docteur Greenfeld a songé à faire venir de la Norvège 250 rennes qui seront distribués, dès le printemps prochain, le long de la Côte.
On estime avec raison que le renne rendra ici, tout comme en Laponie et en Norvège, d'in appréciables services. Il fournira aux pêcheurs de la Côte-Nord sa chair et son lait et lui servira en outre de bête de somme. Sa souplesse et sa force de résistance sont en outre bien supérieures à celles du chien esquimau. C'est ainsi qu'un renne ordinaire peut fournir en une journée une course de 90 milles avec un traîneau chargé de plus de deux cents livres.
L'entretien du renne est aussi peu dispendieux qu'on peut le souhaiter. Cet animal se contente, comme nourriture, de mousses et de lichens qui poussent sur les rochers, toutes choses qu'on rencontre en abondance sur la côte du nord du Saint-Laurent.
Si cette expérience du docteur Greenfeld est couronnée de succès, comme nous sommes porté à le croire, on peut déjà entrevoir quelle somme de bien-être il en sortira pour cette brave population de la cote et quelle transformation elle est appelée à opérer dans ces régions lointaines qui n'ont connu jusqu'ici, comme modes de locomotion, que le maussade chien esquimau.
A titre de renseignements complémentaires, nous dressons ici un tableau des distances des différents postes échelonnés le long de la rive nord du Saint-Laurent, depuis Québec jusqu'à Blanc-Sablon.
Tableau des distances de Québec à Blanc-Sablon (x).
Noms des Postes.
No. de milles. Noms des Postes. No. de milles.
Les Petites- Bergeronnes .122 Escoumains . .' . . .131
Mille-Vaches 142
Portneuf 146
Sault-au-Cochon . . .154 Ilets de Jérémie. . . .173
Bethsiamis 179
Pointe-aux-Outardes . .189 Manicouagan .... 205 Rivière Godbout -231
Pointe-des- Monts . . 240
Trinité 246
Ilets-à-Caribou . . . .251 Baie des Caouis (Kawec). 270
Jambon 279
Rivière Marguerite . .287
Sept-Iles 300
Rivière Moisie . . . .318
Rivière à la Truite.
Pointe-du-Cormoran .
Pigou
Rivière-au- Bouleau . .
Rivière Manitou .
Rivière Chaloupe .
Rivière Sheldrake .
Rivière-du-Tonnerre .
Magpie 380
Rivière Saint- Jean'. . . 385
Mingan 390
Pointe-aux-Esquimaux . . 408
Natashquan 480
Kegaska 498
Mécatina 578
Bonne-Espérance . . . 668 Blanc-Sablon .... 692
(1) Ces distances nous ont été communiquées par M. A. E. Joncas, garde-chasse du ministère de la colonisation et des pêcheries qui voyage depuis trente ans entre Québec et l'extrême limite de la Côte-Nord.