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LE CHATEAU DE LUSSA.V

Je le tiens , le voilà conçu , l'enfer et la uuit feront éclore à la lumière ce fruit monsti'ueux.

SHAKSPEAnE, Othello, acte I.

A quelques mois de là , toute notre petite nichée d'amants, de maris et de maîtresses, s'était rassemblée au château de Lussan ; — suivant son usage , M. de Lussan était resté à Paris pour l'Opéra , — et sa femme faisait les honneurs de sa terre à M. et

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madame de Céri<]ny , à il. Georjjcs de Veniciiil , h sa (aiite , ù Al. et madame de Jlersac et à leur fils , à Jf. et madame d'Alby, — euûn, pour se procurer encore plus de liberté en réunissant plus de monde, madame de Lussan avait invité quelques voisins de terre fort insij]ni(îants et habilement cboisis pour ne donner aucun ombrage ni aux amants , ni aux maîtresses.

Je ne sais comment Crào était parvenu à accompa;;ner madame de Lussan, il s'était fait cliarj^er , je crois , par son maître , de quelques affaires à ré- <]Irr avec les régisseurs ; toujours est-il que le bossu se tapissait là dans sa haine comme une araignée dans sa toile.

Lussan, situé au centre de la Bourgogne, était un des plus magnifiques châteaux de France, des bois immenses rigoureusement gardés , et percés comme des forêts royales, promettaient une chasse admu-ablc. Aussi AL de Lussan entretenait-il à sa terre un fort bel équipage à l'anglaise pour pouvoir y chasser deux ou trois mois d'hiver.

C'était à la fin d'août , le soleil se levait à peine , et déjà les piqueurs sonnaient le réveil , les chevaux piaffaient devant le perron, les chiens aboyaient, impatients, car on avait fait le bois pendant la nuit, et la forêt était si proche du château qu'on pouvait entrer en chasse presque au sortir du parc.

linfin , mesdames de Gérigny , de Lussan et les autres femp<cs descendirent du perron accompa-

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gnées de Georges , de MM. de Cérigny, de Mersac , etc., etc.

Les dames se placèrent dans les calèches découvertes pour suivre la chasse , et les hommes montèrent à cheval. — Quoique hlasée sur les éloges qu'on s'accordait à faire de son amant , Hortense ne put s'cmpccher de sourire de bonheur en entendant les autres femmes vanter la tournure de Georges.

En effet, il était impossible d'avoir meilleur air que lui. — Son habit rouge dessinait parfaitement sa taille élégante , encore serrée par le ceinturon de son couteau de chasse. 11 était coiffé d'une petite casquette de jockey en velours noir, et je terminerai eu disant qu'il portait des bottes à revers faites par le fameux Crobby de Londres ; quant à sa culotte de daim blanc à la fois ample et juste, elle avait une coupe insaisissable pour tout autre que pour l'artiste qui avait résolu ce problème.

Le cheval de chasse que Georges maniait avec une audace et une grâce parfaites était (selon la dernière mode anglaise) de pur sang, nerveux et découplé comme un coureur.

Monsieur de Cérigny , vêtu comme Georges , et encore de la plus charmanle tournure, montait au contraire, ainsi que les autres chasseurs, des chevaux de demi-sang, d'une proportion plus forte et plus ramassée , de véritables types du Hiinfer.

Les voitures partirent , et les hommes accompagnèrent jusqu'à ce qu'ils fussent sous bois.

La calèche de madame de Lussan avait un atte-

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lage croisé de quatre chevaux noir - zain et grissanguin, menés en Daumont par deux petits postillons à chapeaux gris et à vestes rayées bleu et blanc.

Un morne et profond silence succéda tout à coup au bruyant tumulte qui avait retenti si matin dans les cours du château. — Car, excepté les gens, personne n'y était resté... Je me trompe, j'oubliais Crào qui, réveillé comme les autres, se tenait encore accoudé sur la fenêtre d'une petite tourelle où il logeait.

Le bossu avait suivi d'un œil irrité toute cette cavalcade si étincclante , si folle , si dorée ; il avait vu reluire au soleil levant le cuivre des cors , les harnais des chevaux , les galons des livrées ; il avait vu à travers des tour])illons de poussière tout ce luxe s'ébranler et partir. — Il avait vu les écharpes des femmes se gonfler comme autant de petites voiles de mille couleurs soulevées par le vent frais du matin. — Il avait vu les habits rouges des hommes se découper éclatants sur le vert des prairies. — Il avait vu ces élégants cavaliers se pencher aux portières, et faire bondir leurs chevaux, pendant que de jolies mains de femmes , agitant des mouchoirs brodés , faisaient aux chasseurs des signes d'amour et d'adieu.

Et toute cette heureuse et ardente jeunesse , encore animée par ces sourires de femmes , par les sons vibrants et sonores des fanfares, par le glapissement des chiens, s'était élancée à un plaisir eni-

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