CHAPITRE \ II
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(i Grâce au mariage d'une de mes holles-sœurs qui s'unit à un homme qu'elle aime depuis cinq ans, je n'ai pu, ma clière Cécile, répondre à votre lettre, d'autant plus que je loulais le faire très-longuement, afin de vous prouver toute votre folie , toute votre mauvaise volonté à ne pas jouir d'un bonheur réel que vous méprisez par cela peu! -être (jue vous le possédez.
n Oui , ma chère Cécile , je vous parais peut-être liien sévère ; mais en vérité votre dernière lettre est tellement remplie d'cNagérations et d'idées chimériques, que je suis obligée de vous gronder bien sérieusement cette fois ; car vos autres lettres n'étaient rien auprès de celle-ci, et je me croirais réellement coupable si je vous laissais plus longtemps accuser le ciel parce qu'il lui plaît de vous combler de ses dons.
5 En résumé, eu l'ait, en posilii', de quoi vous plaignez-vous? que vous manque-t-il pour être heureuse? oui, que vous manque-t-il? Vous le voyez, Cécile, je dis comme ce monde que vous accusez ù tort d'écroïsme et de cruaulé, car il ne faut pas ainsi, ma chère oniie, rc'pudipr la logique et l'appréciation fin
ru LA COUCAnATCHA.
monde ; elle esl ordinairement marquée d'un cachet de profonde vérité.
1 Si vous n'aviez pas cette admirable pureté de principes que je vous connais , si votre conscience pouvait vous faire le moindre reproche... je comprendrais le chagrin vague et indéterminé que vous croyez- ressentir; mais vous, d'une piété sincère, d'une vertu si angélique, pourquoi vous tourmenter ainsi quand vous savez n'avoir rien i\ vous reprocher ?
n Le plus grand de vos griefs , dites-vous , est de n'être pas comprise par M. de Noirville ;... mais cela est un mot , ma chère enfant. V.n quoi n'ètesvous pas comprise? Votre mari comprend vos goûts, vos volontés , quand vous les lui exprimez ; je suis sûre que vous lui diriez demain que voire (erre de \'orrnandi(; vous déplaît et que vous en vnnlr/ une en Touraine , qu'il vous comprendrait à merveille, et qu'il ne serait fâché que dune chose, ce serait de n'avoir pas prévenu votre désir.
» Encore une fois, ne prix être comprise, c'est un mol romanesque, une chimère, un prétexte à désespoir, et pas autre chose... \ ons vous plaignez de ce que M. de Xoirvillc vous tutoie devant vos gens ; sans doute il mauqife de saioir-vivre , iiiais , ma chère amie, les honinics ne sont pas parfaits, et, selon moi, vaut encore mieux un homme comme votre mari, bon, dévoué, aux façons un peu vulgaires, j'en conviens , qu'un homme à la mode, charmant, l'ernpli fie tact et d'exfiuisitistne, qui vous reiidi'ail la pins
l'NK FEMMK IIEIIRECSK. I3.>
mallipurcuse des femnips avec le meilleur air du monde et toutes les grâces possibles.
» Voyez-vous, ma chère amie, vous vous souienez trop de notre âge déjeune fille. Kh ! mon Dieu... moi aussi , vous le savez, comme vous j'ai aimé les promenades sur le golfe, la rêverie du soir et le clair de la lune ; mais, encore une fois, il y a un âge pour cela, c'est quand l'âme et l'esprit sont vides de soins sérieux,... car, au résumé, que prouve toute cette poésie-là pour le bonheur réel?... C'est un rêve , et tout rêve a son réveil... Pourquoi donc rêver quand on peut s'en passer? La vie positive a ses charmes, et surtout depuis mon mariage , je les conçois ; le secret est seulement de savoir, ou plutôt de roiiloir se faire Jicitveusr : imitez-moi donc, chère /o//e; je me suis faite heureuse, très-heureuse , parce que j'ai voulu mettre mon bonheur où il est réellement, dans mes soins domestiques , dans mon intérieur, dans l'affection de mon mar' , qui m'aime comme je l'aime.
!' Mais avant tout, il faut en finir avec vos rêveries sans but. Alors vos devoirs de religion , vos devoirs (le femme , et un jour vos devoirs de mère , vous suffiront, et vous n'aurez plus à vous plaindre de ces chagrins sans raisons qui vous fatiguent et vous tourmentent vous et les vôtres.
•» Vous me trouverez sévère , ma clière enfant, mais vous le méritez bien; jusqu'ici je n'avais vu dans vos lettres que l'expression d'une sensibilité trop vive, qui ne trouvait pas d'issue ; je comprenais par-
|:i(! I.A r.OLCARATCllA.
l'iiilomoiU qiiP \oiis deviez avoir (|iiel(|iie peine à vous habihier, roiis, aux deliors un peu vulgaires de votre mari; aussi était-ce avec indulaeucc que j'accueillais le récit de vos horribles tortures ; mais en vérité je croyais que , ce reste de susceptibilité romanesque étant épuisé, vous reviendiiez il la raison, an bon sens, et que, votre esprit supérieur ayant dissipé le brouillard de tous ces chagrins chimériques qui vous cachaient le bonheur réel, vous arriveriez à la vérité, c'est-à-dire à cette conviction que vous êtes In plus heureuse des femmes.
)) Au lieu de cela, je vois que cette susceptibilité exagérée augmente de jour en jour; vos plaintes redoublent, vos préfendues souffrances s'accroissent. Or, ma chère enfant, je croirais manquer à mon devoir d'amie, et d'amie sincère, en ne vous disant pas avec sévérité tout ce que je pense , tout ce que je ressens en songeant qu'avec toutes les chances de bonheur possibles , vous finirez peut-être par vous croire la plus malheureuse des femmes.
» En vérité, Cécile, tout ceci a l'air d'un parti pris, et, si je ne vous connaissais pas comme je vous connais , je dirais presque dune prètentfO)i ; mais non , chez vous , mon amie , c'est une habitude ; car, encore une fois, que vous manquc-t-il?
I Je suis sévère, cruelle, direz-ious; non, mon amie, je veu\ vous voir tout simplement apprécier votre bonheur.
» Aussi, prenez-y bien garde. Si dans la première lolti'e (lue je iTçois de vous , je retrnnv e de ees \\-
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liiiiies plaiiiles sans hiil (•( sans raison , j'envoie la Miissivp ;\ AI. de Xoirville , qui vous «jrondera i'ovl, Ini, et aura bien raison.
y J'aurais presque envie de ne pas vous eml)rasser; mais j'ai tant de foi dans votre grand caractère, que je vous pardonne encore cette fois, dans l'espoir (|ne vous serez plus raisonnable à l'avenir...
1' Baronne Hkri.iiaw. »