‹ La coucarachaChapitre 70 sur 84 · II · texte numérisé non relu

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Ht moi , je vous assure quo vi>us uc hieirz personne des voyageurs, fille de mon âme, car je réponds sous caution de leur vie ou de leur argent au seigneur Juan Dulce , — dit une voix. C'était Hasth'y, qui nous suivait et s'était approché de nous sans être entendu, grâce au ton animé de la conversation que j'entretenais avec sa fille.'

— Je vous dis, moi, que je le tuerai s'il regarde cette femme, — reprit Tintilla d'un air féroce.

— Vous me comprenez mal, fille chérie de mon cœur , — reprit Hasth'y avec un sang-froid imperturhahle ; — j'ai garanti à ces voyageurs leur vie , leur argent, et on ne touchera ni à un de leurs cheveux, ni à un de leurs réaiix, tant que moi et le compère au manteau noir nous pourrons tenir un poignard ou une escopette ; quant à tuer le seigneui- Arthur, vous aurez tort, fille de mon sang, car il m'a sauvé la vie; je lui ai déjà offert de s'en aller, il n'en a rien fait... tant pis pour lui ; j'ai sa parole d'officier de ne rien divulguer de ce qu'il aura vu pendant notre voyage ; si les gardes de ronde nous surprennent , tant pis pour lui. Quant à ce qui est (le regarder ou non la femme qui est là-dedans , c'est une dispute d'amoureux à laquelle ma gravité de père me permet de prendre peu de part, — ajouta Hasth'y de cet air froid et railleur qui avait la faculté de me mettre hors de moi.

— Eh bien donc! toi qui nés pas assuré, tu payeras pour elle ! » s'écria Tintilla avec un accent d'Iiorrihle inéi'liancetf , en donnant une si fni'liMisc

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saccade au mors do mon cheval, qu'il se cal)ra violemment ef se renversa avec moi dans un profond ravin que je côtoyais depuis un quart d'heure sans y l'aire attention.

Tout ce que je me rappelle de cet infernal accident, c'est que, lorsque mon cheval pointa, j'étais penché en avant , de sorte que la l)Oucle de têtière de hi bride me donna un coup si violent au front, (ju'il m'étourdit et me fit heureusement tomber avant le cheval, car je nie sentis tourner deux fois sur moimême , et un coup sourd et retentissant qui ébranla tout en moi , jusqu'aux fibres les plus déliées , me lit perdre tout à fait connaissance.

Quand je revins à moi il était grand jour, et j'étais assis sur le devant d'une voiture qui marchait au |)as ; les stores étaient baissés.

Je me sentais la tête horriblement pesante ; j'y portai la main et je la trouvai enveloppée d'un bandeau encore imbibi- d'eau de Cologne.

.Vous étions quatre dans cette berline. En face de moi dormait un homme de cinquante ans ; il avait une figure sèche et maigre, des cheveux gris, assez rares, et une grande distinction dans tous les traits, il portait un ruban de plusieurs ordres noué à la boutonnière d'une grande redingote de voyage. A côté de moi était un grand et beau jeune homme de Irente ans au plus, d'une figure pleine de noblesse ctde charmes, etvêtu avec autant de soin et de fraîcheur que s'il n'eût pas passé la nuit en voiture : il ne s'était pas aperçu du mouvement que j'avais fait

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c*n m'éceilbnt , car il attachait un regard fixe et amoureux sur une jeune femme endormie , placée en face de lui , à côté de l'homme aux cheveux jjris.

J'avoue qu'à la vue de cette merveilleuse créature j'oubliai et la blessure que je me sentais à la tête et les contusions dont j'étais moulu.

Le soleil, déjà fort élevé, frappait sur les stores (le soie cramoisie et jetait dans l'intéiieur de la voiture une teinte pourprée qui répandait autour de nous un délicieux reflet.

Cette femme endormie paraissait avoir au plus vinjjt ans, et son joli visage était d'une incarnation si délicate et si tri^nsparente , qu'on voyait de petits réseaux de veines azurées courir sur son menton , sous ses longues paupières fermées et sur les côtés de son front blanc et poli comme du marbre, que de longues boucles de cheveux châtains laissaient voir par moment.

Un nez digne d'une statue grecque, et deux sourcils bien arqués et plus foncés que la chevelure, donnaient un charmant caractère à cette délicieuse physionomie.

Un tout petit chapeau de moire bleue à l'anglaise, garni en dedans d'une ruche de dentelle , je crois , encadrait cette ravissante figure.

Quoique cette femme fût vêtue d'une longue et large blouse de couleur sombre, comme elle était penchée sur un des côtés de la voiture, on devinait la taille la plus gracieuse et la plus svelte.

Une de ses mains était gantée d'un gant-de peau

LES MONTAGNKS DE LA RONUA. ISl

(le Suède, et l'autre, dune blancheur, d'une délicatesse et d'une beauté merveilleuses, était nue et aussi toute veinée de bleu.

Mon voisin tenait cette main si mignonne et si potelée dans les siennes ; sans doute que celte jolie femme l'avait oubliée en s'endormant , car ce jeune homme la tenait avec amour et respect; sans oser changer sa position , qui devait être horriblement gênante, car il avait le bras presque tendu, mais il avait peur sans doute d'éveiller la belle dormeuse par le plus léger mouvement.

Je ne saurais dire l'atroce sensation de jalousie et d'envie qui vint me serrer le cœur à la vue de ces deux jeunes gens si beaux et si distingués. Par instants je leur devinais un amour si délicat, si gracieux, si plein de charme et de poésie! Je compris tout à coup, avec une facilité désespérante, qu'il y avait un autre amour que l'amour brutal et emporté que j'avais éprouvé pour Tinlilla.

Expliquer comment la vue de cette femme fit sur mon àme et sur mon corps une impression aussi rapide et aussi profonde, c'est ce que je puis à peine comprendre, ajourd'hni que j'ai l'expérience de l'âge; mais jamais passion plus profonde et plus subite n'a éclaté dans le cœur d'un homme ardent.

Les yeux fixes, j'attendais avec une anxiété dévorante que cette jeune femme ouvrît les siens , car j'éprouvais le besoin de me dissimuler une vérité devinée malgré moi. Je cherchais à me persuader que ce jeune homme était le frère ou leraari de cette

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(emmc, ce ([iii lu'cùt bien console et donne (jnelque (!spoir.

Knlin, un léycr caliol de la voituir li( un peu dévier le l)fas de mon voisin, et ce mouveriieul éveilla sans doute la jolie dormeuse, car elle retira d'abord sa main , puis la posa sur son Iront , et ouvrit lanyuissamment les deux pins jjrands yeux que j'aie vus de ma vie.

Je m'étais brusquemcnl rejeté dans mon coin, e(, ;jràce au capuclion de mon manteau ([ue j'avais rabaissé sur mon front, en feignant de dormir, je pouvais tout voir sans être vu. Je crois encore ressentir l'angoisse cruelle que j'éprouvai quand j'aperçus le regard long et passionné que cette femme jela sur son aman! , car on ne peut regarder ainsi ([lu- son amant.

Qu'il était dou\ ce cbarmant, ce délicieux regard ilu réveil, qui allait aussitôt et comme par instinct chercher le regard d'un ami.

Puis, la jolie femme entrouvrit sa petite bouche , garnie de dents admirables, et, par un léger et gracieux pincement de ses lèvres, elle parut envoyer des baisers sans nombre à son amant. Il fallait voir aussi comme, à chaque tressaillement de ses lèvres, ses beaux yeu.\ se fermaient à demi, et toul ce ipiils révélaient de bonne et tendre passion!

Knfer!... enfer!... chacmi de ces coups d'œil, de ces baisers feints, marrivèrent au cœur aigus et acérés; j'eus en vérKe un épouvantable mouvunn'iil de

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