‹ La coucarachaChapitre 71 sur 84 · I.KS .\10.\ I AllM- S UK 1,.V UHNDV · texte numérisé non relu

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i'a<]e et de jalousie ; j'en vins à reyretter que Tiiifilla n'eût pas tué cette l'emme.

Et puis je me mettais tellement à liaïr la Holièriir que je l'aurais , je crois , élranjjlée de mes propres mains et le beau jeune liomme aussi.

Ma damnation conmiençait ; mort Dieu ! elle n'était pas à bout.

Bientôt le jeune homme prit cette jolie maiu qu'on lui avait laissée, et, malgré une moue charmante e! le jeu menaçant de deux grands yeux qui montraient (l'un air d'cK'roi , assez rassuré d'ailleurs, l'homme à cheveux gris, l'amant porta cette main à sa bouche ; il la baisait délicatement depuis le bout des doigts jusqu'au poignet , et puis il la mettait avec ivresse sur ses yeux, sur son front, sur ses cheveux, sur sa joue, et il la baisait encore avec admiration, il Ih baisait comme un avare, n'eu perdant rien , ne laissant pas une fossette ni une phalange , pas un ongle rose et poli, sans y avoir amoureusement porté ses lèvres.

Sa maîtresse , elle, lui souriait avec idolâtrie ; ses '|oues, un peu pâles, se coloraient légèrement, et son autre main s'appuyait sur son sein, qui commenrail à battre avec force. \on, cent l'ois non, les souffrances physiques les plus aigui's ne sont rien auprès de la cuisante et profonde angoisse morale qui me torflait le cœur, tandis que je voyais cet amant si immensément heureux de ces légères laveurs; aussi hs-jc aiec cniaulé un mouvement assez bru.sque qui

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envoya bien vite la petite main se cacher dans les plis d'un vaste cachemire.

K Prenez garde, Paul, cet homme se réveille, — dit-elle bien bas d'une voix fraîche et suave comme sa douce haleine.

— \on , ne craignez rieu , Marie , — répondit Paul en demandant une main qu'on lui refusa sincèrement.

— Oh ! vous avez beau faire, Marie, — dit Paul, — et cacher cette main divine , il me semble que, si vous éprouviez autant d'amour que moi, ces baisers muets que je vous envoie iraient la caresser à travers les plis de votre schall, et que vous en sentiriez l'impression brûlante.

— Que vous êtes fou, l'aul I et pourtant non, vous n'êtes pas fou, — dit Marie; — car je sais bien que, quand tu me regardes fixement, j'éprouve comme un coup électrique, là..., dans mon cœur. Aussi, pourquoi un baiser muet ne m'atteindrail-il pas sous ce cachemire?

— Oh! Marie, Marie, — dit Paul, — quel bonheur est le notre! et combien cette contrainte même que les convenances nous imposent en augmente encore le ciiarmc ! Crois-tu pas , dis , mon ange aimé, qu'un regard, qu'un serrement de main nous plongeraient dans ces extases délicieuses , si nous étions toujours seuls? «

.'\ ma grande joie, la conversation lut interrompue par un effroyable bâillement du monsieur à cheveux

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gris, qui étendit ses bras, se roidit, se tourna, se retourna, et dit d'abord :

« HoDJour, Marie... j Puis : « Mirval, quelle heure est-il ?

— Mais bientôt midi , je pense , mon oncle, n dit Marie.

Puis me montrant du doigt, l'oncle dit à voix basse : « Est-ce qu'il dort?

— Il n'a fait qu'un mouvement depuis ce malin,

— dit Mirval.

— Il est néanmoins fort peu agréable d'avoir une pareille espèce dans sa voilure , — dit l'oncle ; — mais quand Marie veut quelque chose...

— Voyons, monsieur Mirval, je vous en fais juge,

— dit Marie ; — nous sommes à la merci de ces hori'eurs de guides ; un d'eux est renversé par son cheval , cette nuit; il est grièvement blessé, pouvionsnous faire autrement que de le recevoir dans notre voiture, par humanité d'abord, et puis ensuite pour nous faire bien venir de ces hommes avec lesquels, je l'avoue , je suis loin d'être en confiance?

— Et vous avez tort , Marie. Ces canailles-là ont un point d'honneur inconcevable ; c'est singulier, mais c'est cela ; et aussi , escorté par des voleurs, je dors aussi tranquillement que je le ferais escorté par des gendarmes de notre belle patrie.

— Le fait est, — dit Mirval, — qu'à part le peu lie gène que nous occasionne la présence de ce misérable , nous avons fait une action assez politique , je crois, en le prenant avec nous.

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— Pourquoi ne pas l'aioir place sur le siéjjc, ronime je le voulais, puisque la place est libre, cl (|ue nous ne retrouverons nos gens qu'à Séville?

— V pensez-vous , — dit Marie , — sur un sié<{P aussi élevé! ce pauvre homme était évanoui, et ils y (mt mis d'ailleurs un autre de leurs camarades, jine sais pourquoi.

— A la bonne heure ! j'ai tort, ilarie ; mais voyez donc un peu la mine de noire compagnon de voyage, — dit l'oncle en relevant le capuchon de mon manteau. Je fermai les yeux et je restai immobile.

— Ah ! mon Dieu ! mais ce malheureux-là n a pas dix-huit ans ! — s'écria l'oncle avec horreur.

— Si jeune, et déjà infâme! et digne de la potence ci des galères! — dit Paul.

— Le fait est qu'il y a bien de la fatalité sur ce i isage , — dit Marie avec une expression de frayeur... — C'est dommage, car il a d'assez beaux traits. D

Celte dernière réflexion me lit monter le sang au visage.

Il Tiens, il rougit, — dit l'oncle.

— C'est qu'il a la fièvre, — dit Mirval.

— Va penser, — ajouta l'oncle, — qu'un pareil scélérat a peut-être déjà dix meurtres à se reprocher! n

■ Je passe sous silence le reste d'une communication à peu près aussi llatleusc pour moi , et qui inc lil passer les trois plus cruelles heures de /na vie. A Sibeyra la voilure s'arrêta.

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Feignant toujours de dormir , je laissai les voya- ;{eufs descendre.

•le vis Hasth'y s'approcher de la voilure , cl jCii descendis d'un saut.

— Mon cheval, — lui dis-jc, — est-il lue du blessé?

— \i l'un ni l'autre.

— Faites-le seller, je pars...

— Comme vous voudrez!... ça onchaulei-a ma

— Fcoutez , Hasth'y , votre damnée fille a voulu me tuer. Quoique ce soit une Icnmie , si je ne mClais pas évanoui sur le coup , ma violence m'cùl peut-être entraîné au delà des bornes de la politesse, le retourne à Cadix, vous avez ma parole : pas un mot de ce que j'ai vu ne sortira de ma bouche ; mais jurez-moi, si vous pouvez jurer par quelque chose, (le veiller avec dévouement au salut de cette femme (|ui est là ; vous savez si je suis généreux : une fois de retour à Cadix , prouvez-moi qu'elle est arrivée sans malheur à Séville, il y a dix onces d'or pour vous.

— Je n'avais pas besoin de cet encouragement, seigneur Ailhur ; je vais faire seller votre che\al. Voulez-vous voir Tintilla?

— \on , au diable ! mon cheval ! mon cheval ! ' Fn attendant Frasco , je jelai un dernier regard

d'amour et de regret sur cette auberge qui renl'er'rnail la femme dont la grâce avait l'ait naître eu (nui la |)i'emièi'e el vérilable passion.

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Frasco vint, je sautai en selle et partis au «jalop. J'étais alors d'un tempérament de ler : aussi, malgré ma chute et ma blessure , j'arrivai tout d'une traite à Xérès , où je ne fus pas tenté de visiter Juan Dulce. Le surlendemain j'étais à Cadix, le jour d'après à bord , et le jour d'ensuite au fort Sainte- Catherine , où je fus emprisonné pendant un mois pour avoir quitté et déserté le bord.

Pendant ce mois de captivité, vin<{t l'ois je me reprochai ma faute ; je me disais : n J'ai agi comme un sot, il fallait rester ; peut-être que ma bizarre aventure aurait intéressé cette femme à mon amour, s I']nfin, ce furent des remords affreux pendant les premiers huit jours, puis je n'y pensai plus, puis je l'oubliai.

Comme mon temps de prison finissait, notre frégate reçut l'ordre d'aller à Malte, et nous partîmes le jour où j'appris par la voix publique qu'Hasthy et ses associés avaient été qui pendus, qui aux galères. Mon ami intime était, j'aime aie croire, de ces derniers. En conscience je le regrettai un peu, car il est de ces amitiés qu'on n'oublie pas.

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