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DEUX MENACES : L’ÉCLAIRAGE ET LE TEMPS

de chauffer vigoureusement les ombres en exagérant l'emploi des orangés et des jaunes, qui seront amortis par l’addition du bleu provenant d’une faible luminosité. Les clairs, dans la même circonstance, auront des tendances à pâlir et seront soutenus par des couleurs plus vives et plus saturées.

Dans le cas contraire, c’est-à-dire si la lumière blanche éclairante est abondante, on pourra multiplier les gris dans les ombres sans crainte de voir celles-ci s’alourdir en perdant leur transparence.

La couleur (H. Laurens, éditeur, 1916).

VL Hogarth (1697-1764).

Le temps ri améliore pas les tableaux. — Malgré l’idée si fortement enracinée parmi le plus grand nombre de peintres même, que le temps ajoute beaucoup à la beauté des tableaux, je vais tâcher de prouver que rien n’est plus absurde. Après avoir indiqué plus haut tout l’effet que produit l’huile, voyons maintenant de quelle manière le temps opère sur les couleurs mêmes, afin de connoître si leur altération peut donner plus d’ensemble et d’harmonie à un tableau, qu’il ne l’a été au pouvoir d’un maître habile d’y donner avec le secours des règles de l’art. Lorsque les couleurs éprouvent quelque altération, il faut que cela se fasse à peu près de la manière suivante; car, comme il y en a quelques-unes extraites de métaux, d’autres de terres, d’autres de pierres, d’autres enfin de matières moins solides, le temps ne peut opérer sur elles que de ia manière que nous l’enseigne une expérience journalière; c’est-à-dire que l’une passe au noir tandis que l’autre devient plus claire, qu'une troisième prend une teinte différente, et qu’une quatrième, telle que l'outremer, conserve, même dans le feu, son éclat primitif.

Comment serait-il possible que de pareilles matières, qui s’altèrent de différentes façons, et cela même visiblement au bout d'un certain temps, coïncidassent accidentellement avec l'intention de l'artiste, et produisissent un plus grand accord dans son tableau, tandis qu'on sait que cela est manifestement contraire à leur nature? carne voyons-nous pas dans la plupart des cabinets que le temps nuit à l'harmonie des couleurs, les rembrunit et détruit même par degrés les tableaux qu'on conserve avec le plus de soin.

Analyse de la beauté

Cl. -H. Watelet (1718-1786).

Le tableau qui sort des mains d’un bon artiste est un instrument qui vient d'être parfaitement accordé. Alors on juge sainement de sa bonté. Cet instrument abandonné à lui-même, se désaccorde immanquablement.

Dictionnaire des arts de Peinture.

Et. Omet (né en 1861).

Le temps est un fin connaisseur, et quand une matière est laide, il l'enlaidit encore et la détruit avec une sorte de rage, tandis qu’il embellit et affermit celles qui sont capables de lui résister longtemps.

Les fléaux de la Peinture, 1905 (E. Rey, éditeur).

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