‹ La couleur. Choix de textes précédés d'une étudeChapitre 7 sur 45 · L.-B. Alberti · texte numérisé non relu

L.-B. Alberti

Je ne voudrais pas être repris par les gens instruits qui suivent l’opinion des philosophes, affirmant que, dans la nature, il n’y a que deux véritables couleurs, le blanc et le noir, et que toutes les autres naissent de leur mélange. Quant à moi, je sens, comme peintre, que, du mélange des couleurs, on en peut faire d’autres à l’infini. Mais, pour le peintre, il y a quatre sortes de couleurs, nombre des éléments, et dont peuvent naître des variétés considérables.

En effet, il y a la couleur du feu, pour ainsi dire, et qu’on nomme rouge; il y a celle du ciel, qui s’appelle céleste ou bleue ; la couleur de l’eau, qui est le vert ; la couleur de la terre, ou couleur cendrée. Quant aux autres couleurs, elles résultent

du mélange, ainsi que font les jaspes et les porphyres. Ces quatre genres de couleurs forment, par leur mélange avec le blanc et le noir, des variétés innombrables... Le peintre se pourra convaincre que réellement le blanc et le noir ne sont, pour ainsi dire, que des modifications de colorations, attendu que le peintre n'a rien pu trouver que le blanc pour exprimer le dernier éclat de la lumière, ni rien avec quoi il pût davantage rendre l'extrême obscurité, que le noir. Joins-y qu'en aucun lieu tu ne trouveras le blanc ou le noir sans qu'il incline vers quelque genre de coloration.

De la Statue et de la Peinture (Traduction Claudius Popelin) .

Ludovico Dolce (1508-1568).

A Titien seul il faut accorder la gloire de la couleur parfaite que n’a atteinte aucun ancien. Il chemine côte à côte avec la nature et toutes ses figures sont vivantes, se meuvent et les chairs frémissent. Il n'a pas montré dans ses œuvres une vaine beauté, mais une parfaite convenance des couleurs, sans ornements affectés, et une solidité magistrale. Nulle crudité, mais le moelleux, et la fraîcheur de la nature ; et dans ses œuvres la lumière et l'ombre se perdent et se fondent de la même façon que dans la nature. Et l'on reconnaît facilement que c'est elle qui l'a fait peintre.

Dialogo Aretino , cité par Pacheco. Arte de la pintur a (Traduction H. Guerlin),

F. Pacheco (1571-1664).

La couleur c’est la partie par laquelle se révèlent et se distinguent les choses naturelles et artificielles. Et, bien qu'elle ne soit pas soumise à des préceptes infaillibles, comme le dessin, et qu'elle soit réduite, à cause de cela, à suivre des opinions

et des méthodes différentes, cependant les grands artistes en ont beaucoup disserté et écrit pour guider les autres.

Nous discernons dans le coloris trois qualités nécessaires, à savoir la beauté, l’iiarmonie et le relief.

Arte de la Pinlura (Traduction H. Guerlin).

Nicolas Poussin (1594-1665).

Des limites du dessin et de la couleur. — La peinture sera élégante quand ses termes extrêmes seront unis aux premiers par l'intermédiaire des termes moyens, de sorte qu’ils ne concourront ni trop faiblement, ni avec âpreté de lignes ou de couleurs ; ainsi Ton peut parler de l'amitié et de l’inimitié des couleurs, et de leurs limites.

Correspondance de Nicolas Poussin.

Molière (1622-1673).

Il1 nous étale enfin les mystères exquis De la belle partie2 où triompha Zeuxis,

Et qui, le revêtant d’une gloire immortelle,

Le fit aller de pair avec le grand Apelle ;

L’union, les concerts, et les tons des couleurs.

Contrastes, amitiés, ruptures et valeurs,

Qui font les grands effets, les fortes impostures, L’achèvement de l’art; et l’âme des figures.

11 nous dit clairement dans quel choix le plus beau On peut prendre le jour et le champ du tableau ;

Les distributions et d’ombre et de lumière Sur chacun des objets et sur la masse entière;

î. Mignard.

Leur dégradation dans l’espace de l’air Par les tons différents de l’obscur et du clair.

Et quelle force il faut aux objets mis en place Que l'approche distingue et le lointain efface ;

Les gracieux repos que par des soins communs Les bruns donnent aux clairs, comme les clairs aux bruns ; Avec quel agrément d’insensible passage Doivent ces opposés entrer en assemblage ;

Par quelle douce chute ils doivent y tomber.

Et dans un milieu tendre aux yeux se dérober ;

Ces fonds officieux qu’avec art on se donne,

Qui reçoivent si bien ce qu’on leur abandonne ;

Par quels coups de pinceau, formant de la rondeur,

Le peintre donne au plat le relief du sculpteur ;

Quel adoucissement des teintes de lumière Fait perdre ce qui tourne, et le chasse derrière.

Et comme avec un champ fuyant, vague et léger,

La fierté de l’obscur, sur la douceur du clair Triomphant de la toile, en tire avec puissance Les figures que veut garder sa résistance,

Et, malgré tout l’effort qu’elle oppose à ses coups,

Les détache du fond et les amène à nous.

La Gloire du Val-de-Grâce.

J -F. Desportes (1661-1743).

L’élégance du coloris. — Cette élégance consiste dans l’heureux assemblage de plusieurs couleurs rompues, amies et voisines les unes des autres, qui, ayant de l’union et de la sympathie entre elles, sont soutenues par des couleurs fortes et brunes, comme dans la musique les sons doux et les accords sont soutenus par les basses. Il y a de l’élégance dans les pas-

sages insensibles d’un ton à un autre, dans la comparaison qui fait valoir les couleurs, dans les oppositions, dans ce qu’on appelle la perspective aérienne qui n’est autre chose que l’altération des couleurs par l’interposition de l’air.

Conférence à l'Académie royale.

Ant Goypel (1601-1722).

Le grand art est d’imiter exactement la nature, et de faire paraître un objet par la comparaison d’un autre en opposant des couleurs les unes aux autres, qui, se faisant valoir réciproquement, augmentent toujours la force, le vrai et l’harmonie de l’ouvrage.

... Plus il entre de parties différentes dans un chœur de musique, plus l’harmonie en est parfaite. Plus il entre de tons de couleurs variées dans la machine d’un tableau, plus il devient harmonieux. Si chaque partie qui compose un chœur de musique chante bien, l’harmonie du tout augmente infiniment.

Conférence.

Le coloris doit être aimable. « — Ce n’est pas toujours assez que le coloris soit vray, pour être gracieux, il faut choisir dans la vérité ce qui est le plus aimable, et prendre son ton selon les sujets que l’on traite, et les lieux où l’on peint. Le coloris fier, fort et vigoureux du Giorgion, quelque aimable qu’il soit, ne conviendroit pas à des plafonds de sujets gracieux qui demandent du vague et du lumineux.

Conférence.

Comte de Caylus (1692-1765).

En quoi consiste une belle couleur. — Il me paraît que la meilleure couleur et qui conduit à la plus solide ainsi qu’à la plus grande harmonie est celle qui, dorée comme celle du

Titien, et qui, n'étant point fatiguée, est employée ordinairement dans les demi-teintes. Par conséquent, les couleurs les plus franches mêlées dans les chairs et dans les devants du tableau produiront cette harmonie séduisante et si fort à rechercher, surtout si, commençant par le fond, on se taille par des couleurs hautes, une besogne qui nous force, pour ainsi dire, à aller en avant et à chercher sur notre palette ce qui y est sans doute, et que, sans cette nécessité, nous n'aurions pas été chercher.

... Les couleurs hautes et pures, autant qu'on les peut employer dans les demi-teintes, doivent conduire à la meilleure des harmonies, à laquelle les couleurs fatiguées ne peuvent jamais arriver; enfin par cette voie, Taccord du temps se fait tout seul, sans aucune altération, et sans avoir la peine de l’estimer pour l'avenir, ce que tout artiste doit faire quand il veut travailler pour la postérité, article sur lequel nous n’en voyons que trop qui se sont trompés, et cela dans tous les temps.

Discours sur la Peinture.

W. Hogarth (1697-1764).

... La plus grande beauté du coloris dépend du principe important d.e la variété et de l'art de fondre convenablement les différentes teintes.

Je suis persuadé que c'est le défaut d'avoir appris à connoître la manière dont opère la nature dans l’union des différentes teintes, qui est cause que les peintres de tous les temps ont regardé le coloris comme un mystère ; de sorte qu'on peut avancer hardiment que parmi tant de milliers d'artistes, qui ont fait des efforts pour y parvenir, il n'y en a pas au delà de

dix ou douze qui soient parvenus à posséder parfaitement toute la magie du coloris.

Analyse de la Beauté , p. 209

J.-B.-S. Chardin (1699-1779).

On se sert des couleurs, mais on peint avec le sentiment.

Eloge de Chardin , par Haillet de Couronne.

M.-F. Dandré-Bardon (1700-1783).

La magie du coloris roule non seulement sur la justesse des dégradations de toutes teintes, mais encore sur les diverses combinaisons du ton gris et du ton coloré. Tout le monde sait que le ton gris tire ordinairement sur le bleu verdâtre ; on le place dans les tournants et dans les parties où Ton aperçoit moins l'abondance du sang.

Un beau coloris est le résultat d'une belle façon de peindre.

Traité de Peinture.

F. Algarotti (1712-1764).

L’harmonie d'un tableau qu’on peut définir un véritable concert pour les yeux résulte particulièrement de l'art de rompre les teintes et de les fondre de façon que la lumière qui réfléchit de deux objets y participe. Cette harmonie a ses principes dans l’Optique.

Essai sur la Peinture.

D. Diderot (1713 -1784).

La vigueur et l'éclat du coloris sont deux choses diverses : on est éclatant sans vigueur, et vigoureux sans éclat.

Essai sur la Peinture.

Ch.-M, Cochin (1715-1790).

Difficulté d'échapper , dans les ombres , au ton roussâtre marron. — ... Le ton roussâtre marron est presque partout le

dominant; c'est le plus généralement adopté; il y a plus, c’esl qu'il faut beaucoup de courage pour en sortir : non seulement tes amateurs qui ont beaucoup plus vu de tableaux qu'ils n'ont examiné la nature, le préfèrent au point de ne donner le nom de coloristes qu'à ceux qui en font usage, mais môme beaucoup d'artistes ont bien de la peine à résister à cette séduction.

Il est d'autant plus difficile d'y échapper, que toutes les ombres devant être une, c'est-à-dire participer au même ton plus ou moins, selon qu’elles sont plus ou moins éclairées par les lumières de réflexion, on est nécessité de faire choix d'un ton général, qui puisse rompre les couleurs et répandre cet accord qui fait la principale harmonie d'un tableau.

Tous ces tons factices, cependant, qui ne sont point celui de la nature, sont autant de faussetés ; mais la difficulté est de trouver mieux. Si cependant il était inévitable de tomber dans quelque fausseté, peut-être pourroit-on tolérer davantage celle dont l’habitude de la voir a coutume de séduire les yeux des connoisseurs, ou de ceux qui prétendent l’être ; mais c’est toujours être tombé dans la manière. Ce sera la meilleure, si l'on veut; mais enfin c'en est une, et il serait à souhaiter qu'on pût éviter d'être maniéré à aucun égard.

Discours prononcé à l’Académie de Rouen.

J. -J. Winckelmann (1717-1768).

La couleur contribue à la beauté, mais elle ne la constitue pas : elle relève seulement et fait valoir les formes. C'est ainsi que le goût du vin flatte plus agréablement notre palais, lorsque nous voyons briller sa couleur vermeille au travers d’un cristal, que quand nous le buvons dans une coupe d'or. Comme la blancheur est de toutes les couleurs celle qui réfléchit le plus

de rayons, et qui par conséquent frappe le plus sensiblement l’œil, il en résulte qu'un beau corps augmente de beauté à raison de sa blancheur.

Histoire de l’Att chez les anciens.

Raphaël IVlengs (1728-1779).

La beauté du coloris demande une imitation exacte des couleurs locales, ou que les tons des couleurs soient bien observés : c’est-à-dire que l’on conserve partout le même ton dans les clairs comme dans les ombres, ainsi que dans les demi-teintes; que chaque couleur ou teinte perde de sa force par degrés, suivant que la lumière s’affaiblit, ou que l’interposition de l’air entre les objets et nos yeux produit d’effet; et enfin qu’il y ait une parfaite harmonie entre les couleurs, et qu’elles reçoivent tous les accidents qui se voyent dans la nature ; de sorte que le coloris soit beau, brillant, moelleux, vigoureux et doux.

Lettre à M. Pons.

Louis David (1748-1825).

Il ne faut pas être plus maniéré dans les teintes que dans les formes .

Gomme il est difficile de changer une chose de mal en bien, de même si une chose est bien, elle ne changera pas aisément en mal. Ainsi, quand on sait dessiner, l’application au coloris ne fait rien perdre du dessin.

Cité par Paillot de Montabert.

Psillot de lYlontabert (177M849).

Non, le beau coloris n’est pas toujours celui qui, par de brillantes couleurs et d’heureuses associations de teintes, charme les yeux, surprend et attire la vue. Le beau coloris est souvent au contraire celui qui, en s’adressant à l’esprit ne lui présente que des teintes tranquilles et compose une harmonie triste,

sombre, pathétique, et par cela même conforme au sujet. Le beau coloris est un coloris beau pour l’esprit, pour l’intelligence, et pour le cœur. Le beau coloris est le coloris convenable au mode du tableau, et de même qu’il doit presque toujours former un concert qui plaise aux yeux, de même il doit former un accord moral et parfait entre son caractère et celui du sujet, en sorte qu’il dispose à cette même harmonie l’âme de celui qui contemple le tableau.

Aujourd’hui on ne colorie pas gris dans l’école française, on vise à une harmonie très forte, et de nouvelles matières colorantes favorisent cette exaltation. Du tems de Boucher on y coloriait gris; sous David on coloriait blanc et noir.

Le coloris gris, le coloris briqueté, violet, roussâtre, provient de l’habitude que se fait l’artiste d’admettre pour tous les sujets une couleur que, faute de science, il prend, pour ainsi dire, en affection préférablement à d’autres dans les mélanges de ses teintes, soit pour les clairs, soit pour les ombres.

Traité complet de la Peinture .

J.-D.-A. Ingres (1780-1867).

Point de couleur trop ardente, c’est antihistorique. Tombez plutôt dans le gris que dans l’ardent.

Cité par Delaborde. Ingres (Plon, éditeur).

Eug. Delacroix (1799-1863).

La peinture est toujours trop grise. — Penser que l’ennemi de toute peinture est le gris : la peinture paraîtra presque toun jours plus grise qu’elle n’est, par sa position oblique sous le jour.

Journal (Plon, éditeur).

R. Toppfer (1799-1846).

La couleur, c’est par où triomphe l’art moderne. Il a produit en ceci d’inimitables chefs-d’œuvre. Le procédé moderne de la peinture à l’huile est si riche, si admirable, si parfait qu’il a été pour beaucoup dans cet immense progrès.

Il est à croire toutefois que la couleur a été trop souvent cultivée à l’exclusion des deux autres moyens d’imitation ; et pourtant, comme je l’ai dit plus haut, en elle ne résident pas les plus grandes qualités de l’art, ses plus énergiques moyens d’action sur l’âme, le cœur, la pensée. Son charme est matériel en quelque degré : il parle surtout aux sens, il est dépendant du procédé, de l’exécution, de la difficulté vaincue; et la preuve, c’est que si, à la vérité, tous les hommes sont sensibles à l’éclat ou à l’agrément de la couleur en général, très peu, et seulement ceux qui sont exercés sont sensibles aux finesses, aux qualités les plus distinguées, aux plus rares mérites de cette partie de l’art. Je dirai plus : qui n’a pas peint soi-même ignorera toujours une bonne part des jouissances qui résultent de la perfection du coloris.

Réflexions et menus propos.

Eug. Ciceri (né en 1813).

Il faut plutôt chercher à simplifier ce qu’on voit, que d’entrer dans des détails de coloration souvent nuisibles à l’effet général. La nature, en effet, n’a pour ainsi dire qu’un ton suivant les saisons et les pays où l’on se trouve, tons dont la base ne doit point varier, mais qui seulement doit subir des modifications suivant la distance des plans qu’on veut rendre.

Cours d’aquarelle.

Eug Fromentin (1820U876).

Réduite à ses termes les plus simples, la question peut se

formuler ainsi : choisir des couleurs belles en soi et secondairement les combiner dans les relations belles, savantes et justes. J'ajouterai que les couleurs peuvent être profondes ou légères, riches de teinture ou neutres, c'est-à-dire plus sourdes, franches, c’est-à-dire plus près de la couleur mère ou nuancées et rompues , comme on dit en langage technique, enfin de valeurs diverses... — tout cela c'est affaire de tempérament, de préférence et aussi de convenance. Ainsi, Rubens, dont la palette est fort limitée quant au nombre des couleurs, mais très riche en couleurs mères , et qui parcourt le clavier le plus étendu depuis le vrai blanc jusqu'au vrai noir, sait se réduire quand il faut et rompre sa couleur dès qu’il lui convient d'y mettre une sourdine... Il faut dire aussi qu'il n'est pas nécessaire àe colorier beaucoup pour faire œuvre de grand coloriste. Il y a des hommes, témoin Yélasquez, qui colorent à merveille avec les couleurs les plus tristes.

Maîtres d'autrefois (Plon, éditeur)

Jules Breton (1827-1906).

Les tons gris jouent un grand rôle dans l'orchestration des harmonies. Ils font éclater davantage les couleurs franches par l’opposition de leurs teintes neutres : accompagnement qui double la valeur du chant.

Mais ces gris ne doivent être ni ternes, ni morts. Chez le grands coloristes, ils sont si bien appropriés aux ardeurs chantantes, qu'au lieu de paraître mornes par l’opposition des éclats, ils empruntent au contraire à l’antithèse complémentaire un surcroît de vibration.

J’appelle coloration la couleur non en elle-même, mai, modifiée par la lumière, le reflet ou autres influences ambiantes, telles que sa position directe ou fuyante par rap-

port au foyer d'éclairage ou Faction exaltante du voisinage d’un ton complémentaire, ou bien encore son luisant ou sa matité, son opacité ou sa transparence. Or, comme elle se trouve toujours sous Faction de l’une ou l’autre de ces conditions modificatrices, on peut affirmer que la couleur absolue n’existe qu’à l’état d’abstraction mentale, c’est-à-dire nullement pour les yeux.

C’est par ce mélange, cette incessante et changeante fusion avec leurs entourages qup les couleurs chantent sur tous les tons; ici triomphalement éclatantes, là enivrantes et fondues dans un charme de tendresse, ou plus loin flottantes dans la prestigieuse fluidité du rêve:

La Peinture (Librairie de l’Art ancien et moderne).

Il ne faut pas que les gris, qui aident tant à l’harmonie d’un tableau où ils jouent le rôle de l’accompagnement en musique, apparaissent comme des teintes ternes ne vibrant avec rien.

Ces gris ne seraient alors qu’un accompagnement banal. Ils n’amèneraient aucun effet rare, aucune magie d’optique.

Les gris doivent être conduits de façon à aviver les colorations voisines tout en dégageant l’intensité de leurs propres vibrations; car les gris recevront, par un effet de réciprocité complémentaire, un éclat presque aussi grand que les couleurs pures. Tout doit vibrer, même la nuit.

Un Peintre paysan (Lemerre, éditeur).

B. Suîîer.

Là beauté optique du coloris consiste dans l’harmonie chromatique des couleurs, ou l’unité. Cette harmonie s’applique non seulement à Fart d’assortir les couleurs entre elles, mais

encore au caractère des personnages, au mode du tableau, de façon que, étant prises dans leur ensemble, elles donnent plus de force à l'expression du sujet représenté

Pour atteindre à la beauté du coloris, il faut choisir une couleur qui soit rendue dominante, et d'autres qui s'équilibrent dans de justes rapports d'intensité et d'étendue, afin que le caractère de cette dominante soit un et déterminé.

Philosophie des Beaux-Arts (1870).

Braquemond (1823-1915).

Ton juste, ton faux. - — Les expressions ton juste , ton faux , sous-entendent le contraste de plusieurs tons, de plusieurs valeurs, un ton isolé ne pouvant être ni juste, ni faux. Dire : Ce ton est juste, c'est impliquer l'accord entre ce ton et les colorations qui l'avoisinent. Dire : « cette étude est d'un ton juste », c'est reconnaître l'accord de tous les contrastes de cette étude.

Du Dessin et de la Couleur (E. Fasquelle, éditeur).

Allg. Rodin (né en 1840).

Il n'y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belle couleur : il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle... Ce qu'on doit admirer dans la coloration du Titien, ce n'est pas une harmonie plus ou moins agréable : c'est le sens qu'elle présente : elle n’a de véritable agrément que parce qu'elle donne l'idée d'une souveraineté somptueuse et dominatrice. La vraie beauté de la coloration du Véronèse vient de ce qu’elle évoque par la finesse de son chatoiement argenté l'élégante cordialité des fêtes patriciennes. Les couleurs de Rubens ne sont rien en elles-mêmes, leur flamboiement serait vain s’il ne donnait l'impression delà vie, du bonheur et de la robuste sensualité.

Il n'existe peut-être aucune œuvre d'art qui tienne son charme du seul balancement des lignes ou des tons et qui s'adresse uniquement aux yeux.

L'Art , entretiens réunis par Paul Gsell (Grasset, éditeur).

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