‹ La coulure du raisin: ses causes et effets, moyens de l'empêcherChapitre 6 sur 17 · DIFFÉRENCES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES

BN CBNTIÈUBS PB SUCRB

supérieure

égale

inférieure

Quinze jours après, plusieurs cépages, entr'autres le sémillon blanc et le sauvignon rose incisés avaient encore gagné de 4 à 6 centièmes de sucre, alors que quinze jours plus tôt les raisins non incisés avaient l'avantage sur plusieurs points.

Une semblable variation entre les épreuves s'étant manifestée à Saint-Bonnet nous l'avons notée mathématiquement dans notre Rapport au Ministre.

11 serait intéressant de constater si le raisin forcé dans son développement réclame une récolte relativement plus tardive ou si son grossissement est plus sensible au temps de la coloration et de la maturité, ou encore si ce fait bizarre est la conséquence de la sécheresse persistante de Tété de 1869 qui a durci prématurément le raisin incisa, en le

colorant trop vite, en dilatant sa pellicule, et les pluies de Fautomne ayant rétabli l'équilibre dans sa croissance anticipée.

D'ailleurs, les appréciations si diverses à propos de Tannellation proviennent de l'absence d'expériences comparatives, où il serait tenu compte de la température pendant le développement du raisin, du degré relatif de maturation, et des principes saccharins propres à chaque cépage. Il faudrait un point de départ uniforme pour que l'on puisse exprimer un jugement équitable.

M. Bourgeois, amateur au Perray, près de Rambouillet, qui entretient souvent la Société centrale d^ horticulture de France àes avantages de l'incision sur les raisins de table et de pressoir, nous écrivait que l'année 1869, trop sèche au printemps , ne lui avait point permis de baguer ses treilles, et lorsque la pluie vint ranimer la végétation, il était trop tard. Mais ce fait n'a pas été remarqué dans le vignoble de Bar-sur-Seine, où M. Marcel Voudenet applique Tincision sur les longs bois avec un succès constant.

Tous les cépages ne se prêtent pas à l'incision avec les mêmes chances ; il y a sans doute là une question de tempérament. Avec la Moussane qui baisse dans l'Ariége, sous l'influence de la décortieation, nous citerons la Panse jaune et le Chasselas Napoléon qui restent coulards au jardin botanique de Dijon, malgré le cran circulaire que leur inflige l'habile jardinier en chef, M. J. Weber, à côté de cépages exotiques, parfaitement dociles à l'incision. Chez M. Pufliat, viticulteur émérite du Beaujolais, le Malvoisie jaune de la Drôme, qui a une propension à la coulure , noue presque tous ses grains depuis dix ans qu'on l'incise, et le Joannenc charnu ou Lignan du Jura^ moins sujet à l'avortement, reste insensible à la blessure annulaire. M. Vibert, adepte de l'incision, retiré à Angers, par suite des ravages du ver blanc, se plaignait en 1859 que la Grosse Perle blanche résistât à l'annellation.

En effet, nous n'ayons jamais pu erapècher la coulure sur cette variété capricieuse et sur quelques autres du même genre. Mais l'intérêt dominant est avec les races de grande culture. Or, nous avons parfaitement réussi avec le premier de nos raisins de table, le Chasselas, et avec les cépages à cuve de nos contrées , les pineaux , les gamais; comme confirmation, nous invoquons le témoignage de deux autorités agricoles, qui en ont jugé de visu et gustu. A l'automne 1866, M. Lembezat, Inspecteur général de l'agriculture, lors de sa mission officielle dans notre établissement, fut frappé de la fertilité des ceps incisés, de la grosseur des raisins et de leur maturité précoce. Le 2 octobre 1864, M. le docteur Jules Guyot visitait nos pépinières. Il accorda une large part d'éloges à nos vignes incisées, dans son Rapport au Ministre sur la Viticulture du centre-nord de la France (1866, p. 324), dans le Journal d Agriculture pratique {^ ']msi 1865), et dans son remarquable ouvrage : Etudes des Vignobles de France (tome III, p. 117).

Devant les faits produits par MM. Baltet frères, dans VÂube, et les succès constants de M. de Tarrieux, dans le Puy-de-Dôme, notre honorable compatriote se déclare converti : « Je reconnais donc, écrit-il^ et je proclame auy* jourd'hui l'importance de l'incision annulaire; j'invite » tous les viticulteurs, surtout ceux qui emploient les bran- » ches à fruits, à l'essayer. »

Et dans ses Etudes des Vignobles de France (t. III, p. 642) : <x Uincision annulaire^ pratiquée un peu avant » la floraison^ est un moyen très-efficace de conjurer à » peu près toutes les causes de la coulure. Elle augmente » le volume des grappes et en avance la maturité. C'est un ï> moyen éprouvé et qui prendra un rang distingué dans la )» viticulture progressive. »

Page 1