CAUSES DE LA CHLOROSE CHEZ L'HERBBMONT
L'élude de l'adaplaiion au sol des vignes américaiaes est» Htaiotenant que leur résistance au Phylloxéra n'est plus sérieusement discutée, celle qui préoccupe le plus les viticulteurs. Ëo effet» une connaissance suffisante de cette question est indispensable pour procéder avec sécurité à des travaux de replantation, et bien des échecs ont été au début la conséquence de noire ignorance à cet égard. Des observations intéressantes ont déjà été publiées sur ce sujet par MM. Vialla, président de la Société d'Agriculture de l'Hérault' ; Millardet, professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux^ ; B. Ghauzit, préparateur à TËcolô nationale d'Agriculture de Montpellier ' ; Desjardins, secrétaire de la Société d'Agriculture du Gard *\ Audoynaud, professeur à l'École nationale d'Agriculture de Montpellier % et plusieurs autres personnes ; nous avons donné nous-méme, dans une publication récente', des indications sur les sols où a été constatée la réus^te de diverj cépages américains dans le Midi ; enfin, l'enquête faite au mois de mars dernier par la Société d'Agriculture de l'Hérault a
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* Des Vignes Américaines et des terrains qui leur conviennent; par H. Louis ViaHa, présidjent de la Société d'Agricult. de l'Hérault. Montpellier, GroUier, 1870.
2 Notes sur les Vignes Américaines, (Journal d'Agriculture pratique , 24 mars 1S81.)
3 3. Ghauzit ; R^herches chimiques sur quelques t&rrains où l'un a planté la vigne américaim. Montpellier, Hamelin frères.
* Le Phylloxéra dans le Gard; rapport à M. le Minisire de l'Agriculture. Nimes, 1880.
^ Adaptation au sol des oépages américains, (Journal de VAgrieuliure du 21 mai 1881.) ® G. Foëx; Manuel pratique de viticulture, Montpellier, Goulet, 1881.
permis de recueillir des faits nombreux relatifs à cette question *. Ces recherches sont déjà pour les viticulteurs d'une réelle utilité, parce qu'elles limitent beaucoup le cercle de leurs tâtonnements: c'est ainsi qu'on en a dégagé des données positives sur l'aptitude de certains cépages à réussir à peu près partout dans le midi de la France, ce qui a beaucoup contribué à Textension des plantations dans cette région.
Bien que la plupart des auteurs qui se sont occupés de ce sujet se soient bornés jusqu'ici à collectionner des faits sans en faire la théorie, quelques-uns pourtant ont cherché à en donner l'explication. M. Yialla, qui a le premier étudié cette question avec la grande compétence qu'on lui connaît, frappé de la réussite à peu près générale des cépages d'une adaptation difficile dans les terrains renfermant de notables proportions de silice et colorés en rouge par l'oxyde de fer, pense que l'on peut attribuer ce résultat à l'influence du fer renfermé d'ans le sol, sur la végétation. M. Chauzit termine son travail d'analyse des sols où prospèrent les vignes américaines, par la conclusion que, ce l'adaptation du terrain au cépage est la conséquence de la profondeur et de la nature physique du sol et du sous-sol, t> M. Millardet conteste l'action chimique du fer sur les vignes américaines ; il croit que leur réussite est due surtout à un ensemble de conditions physiques, parmi lesquelles se trouverait réchauffement du sol dû à sa coloration. ËnSn, M. Audoynaud repousse également les vues de M. Vialla et celles de M. Millardet: ce serait, d'après lui, à l'abondance de la potasse dans une terre que serait due la bonne végétation de certaines variétés.
En présence de ces opinions contradictoires ou divergentes, il nous a paru utile de présenter le résultat des études que nous poursuivons nous-même, depuis deux ans, à l'École d'Agriculture de Montpellier, sur cette question ; ces résultats confirment, comme on le verra, les vues de MM. Chauzit et Millardet, en
* Réunions publiques organisées par la Soc. centr. d'Agricult. de l'Hérault, et«., les 14 et 15 mars 1881. Montpellier, Grollier, 1881.
leur donnant j à ce qu'il nous semble, plus de précision. Nos recherches ont porté plus particulièrement sur VHerbcmont (V. iEsTivALis): cette variété étant Tune des plus répandues parmi celles d'une réussite difûcile, il était plus aisé de réunir les matériaux nécessaires à leur exécution.
La non-réussite de VHerbemont dans un sol se manifeste d'ordinaire par Tétat chlorotique de la plante, dont le développement et la fructification sont considérablement diminués par ce fait ; la maladie peut acquérir quelquefois un degré d'intensité suffisant pour déterminer son dépérissement complet. C'est généralement au printemps, lorsque les rameaux commencent à prendre un certain développement, que le mal se manifeste ; on voit souvent se produire à la fin de juin et dans le courant de juillet, lorsque la température s'élève^ une certaine amélioration dans l'état de la végétation; un nouveau jaunissement a> quelquefois lieu à peu près à l'époque de la véraison,
A quelles causes peut-on attribuer ces phénomènes ? Quels sont les éléments principaux qui interviennent dans leur production? Telles sont les questions que nous allons chercher à résoudre dans l'étude qui va suivre .
La chlorose est déterminée d'une manière générale, comme on le sait, par un défaut de nutrition du végétal, lequel entraîne l'arrêt de la formation de la chlorophylle ou même la résorption de cet élément. Ce défaut de nutrition peut provenir, soit du manque de lumière, dont il ne saurait être question ici, soit de deux autres causes bien distinctes : 1*^ l'absence des matériaux nécessaires à la plante; 2® l'insuffisance ou le mauvais fonctionnement des organes destinés à les recueillir. En effet, si l'on voit la chlorose de la vigne se produire dans des terrains très pauvres, elle se manifeste souvent aussi dans des sols fertiles, lorsque les racines de cette plante sont altérées par le Gribouri (A.DOXUS ViTis), le Phylloxéra ou les diverses maladies cryptogamiques auxquelles ces organes sont sujets.
Dans le cas spécial que nous considérons, il semble dijQScile d'attribuer la chlorose à la première des causes mentionnées ci-
dessas: en effet, tandis que l'Herbemont échc ue généralement dans les riches allnvions des plaines de THérault, alors même qu'elles sont abondamment fumées, il réussit, au contrairoi dans les sols pauvres et arides des garrigues.
On peut supposer, il est vrai, que si les terres de plaines sont généralement riches par elles-mêmes ou par les engrais qu'on leur donne, en azole, en acide phosBhorique et en polasse, elles peuvent manquer de fer, élément dont la présence est au contraire révélée dans les garrigues par la coloration rouge du sol. Or, le fër étant un élément nécessaire à la plupart des plantes, il se pourrait que VHerbemonl en exigeât plus que d'autres vignes, et que ce fût l'insuffisance de ce métal qui empêchât la réussite de ce cépage dans certains milieux. Mais examinée de près, celte hypothèse ne parait pas admissible : en effet, toutes les terres cultivées semblent l'enfermer des quantités de fer bien supérieures à celles qu'exigent les plantes; de plus,, des analyses que j'ai fait exécuter au mois de février dernier, sur la demande de M. Millardet, et dont nous donnons ci-après les résultats, démontrent que la quantité de cet élément renfermée daus les cendres de VHerbemont n'est pas proportionnée à celle que contient le sol où a végété la vigne, mais seulement à Tétat de santé de la souche.
iTAT
des Vignes
Mauvais.
Bon
NAT0RB
des échantillons
Fer {Fe) conteun
dans
100 gr.
de bois sec
Moyenne
de la
quantité
de fer
contenu
dans
100 gr.
(fe bois sec
souche et
sarments.
Souches.
Sarments /Souches.
BOQ.
Sarments
Î Souches.
Sarments
gr. I gr.
OUANTlTi
pour 100
de fer
contenu
daus
les terres
où ont été
pris les
échantil.
PIÈGBS DE TERRB
OÙ ont été pris les échantillons et observations.
'École d'Agricultore. Col 2,740 J lections PI. I. Terre de ( couleur grise.
/École d'Agriculture. Vigne
2,445 j du Nord. Terre <i6 cou-
\ leur grise.
(Terre de rOlivettë. Gou- ^•^^M l^tirr^e.
Cea chiffres démontrent enfin que certaines terres colorées en rouge peuvent ne pas renfermer une proportion de fer supérieure à celle que contiennent d'autres sols d'un aspect différent.
Du reste, des expériences exécutées cette année à TÉcole d'Agriculture de Montpellier établissent d'une manière encore plus probante que ce n'est pas à l'absence des éléments chimiques du sol utiles à la vigne que l'on peut attribuer, dans bien des cas tout au moins, la production de la chlorose : une planche de la terre dite des Troîs-Pointes^ où V Herbe mont est habituellement chlorose, a été divisée en huit carrés de dix souche^, dans lesquels ont été répandus les engrais chimiques suivants :
I Sulfate d'ammoniaque 800 kil. par hectare.
( Sulfate d'ammoniaque. 800 —
Superphosphate de chaux 1500 —
Sulfate d'ammoniaque 800 —
IIÏ \ Superphosphate de chaux 1500 -r-
Nitrate de potasse 600 —
Sulfate d'ammoniaque 800 —
. Superphosphate de chaux 1500 —
Nitrate de potasse 600 —
Sulfate de fer 80 —
V Superphosphate de chaux 1500 -r
VI Nitrate de potasse 600 —
( Nitrate de potasse 600 —
' ( Sulfate de fer 80 —
VIII Sulfate de fer 80 —
Le reste de la planche, sans engrais, sert de témoin.
Malgré les pluies qui ont succédé à l'application de ces matières, aucune» amélioration ne s'est manifestée dans l'état des vignes traitées. Ainsi, tgu^ les élémeats (y compris le fer) auxquels il est possible d'attribuer une acUoji chimique utile à la végétation de J'Herbemont, peuvent lui être fournis, sous une forme soluble, s^i;i3 que la chlorose disparaisse pour cela. C'est donc bien autre part qu'il faut chercher, le plus souvent, les causes de cette maladie.
Si l'on considère le mode de développement des organes de nu-
trition àeVHerbemonty dans différents milieux, et qu'on lecompare à celui des mêmes organes chez VAramon (V. Vïnifera), qui est très réfractaire à la chlorose, on observeles faitssuîvants : P Le débourrement a lieu simultanément pour ces deux cépages quelle que soit la nature du sol * ; 2® Le développement des jeunes racines de THerbemont alieu, dans les milieux où il ne jaunit pas, en même temps que pour TAramon, tandis qu'il est beaucoup plus tardif dans ceux où il est atteint par la chlorose. Celte année, par exemple, des recherches ont été faites à l'Ecole d'Agriculture de Montpellier : 1^ dans le sol naturel du champ d'expériences (où VHerbemont jaunit) ; 2** dans un carré de la même pièce dont la terre a été remplacée jusqu'au sous-sol * pdr d'autres provenant de Saint Georges d'Orques (où VHerbemont ne jaunit pas) ; 3** enfin dans une planche du même champ que Ton a recouverte d'une couche de 0"*,06 de débris de coke (où VHerbemont ne jaunit plus depuis). Le 21 avril, VAramon commençait à pousser ses radicelles dans le sol naturel, tandis que VHerbemont (qui avait débourré en même temps) ne montrait les siennes dans ce terrain que le 28 mai, c'est-à-dire 37 jours après. Dans les deux derniers milieux, au contraire, ce cépage avait dés le 21 avril autant déjeunes racines que VAramon, Une différence notable quant au développement de ces jeunes racines a été observée encore dans le même sens le 30 avril et le 28 mai.
On comprend aisément l'influence que peut avoir sur la végétation une pareille discordance dans l'époque de l'apparition
* Le débourremenl a eu lieu :
pour THerbemont, le 6 avril.
pour rAramoti) le 4 avril.
. pour rHerbemont, le 31 mars.
En 1879 * ^ *
En 1877 I
( pour l'Aramon, le 29 mars.
ipour l'Herbemont, le 8 avril, pour lAramon, le 7 avril.
3 Le sol du champ d'expériences (pièce des Trois-pointes) est d'une profondeur qui varie entre 0™,45 et 0™,75; il repose sur un sous-sol formé par un banc de c iuglomérats calcaires faiblement incliné du Midi au Nord et imperméable aux eaut et aux racines.
d'organes qui jouent un rôle ausâi aclif dans les phénomènes de nutrition, que les radicelles de Tannée * : la vigne, comme on le sait, développe rapidement son appareil extérieur au moyen de matériaux qu'elle trouve d'abord à peu près exclusivement dans les réserves contenues dans les tissus du bois et des racines, puis avec ceux que ne tardent pas à amener en abondance les jeunes racines de l'année et qu'élaborent promptement les feuilles récemment formées. Si un retard sensible intervient dans le développement des radicelles, les ressources accumulées dans la souche, qui ne sont pas remplacées en quantité sufBsante, sont bientôt fortement diminuées et les tissus des feuilles, insuffisamment nourris, ne tardent pas à jaunir. C'est, en efifet, pendant les derniers temps qui précèdent la pousse des radicelles de l'année, que la chlorose de printemps se manifeste chez l'Herbemont.
Ce phénomène se produit du reste, probablement pour ce cépage, avec une facilité d'autant plus grande que la pauvreté de ses organes en tissu cellulaire ne lui permet pas de posséder des réserves aussi considérables que VAramon, par exemple. Les études auxquelles je me suis livré ces dernières années sur la constitution histologique des racines, avaient déjà montré la faible quantité de tissu cellulaire que renferment ces organes chez VHerbemont ; d'autres observations plus récentes sur le bois d) h souche et sur celui des sarments m'ont prouvé que cette propriété appartenait d'une manière générale à l'ensemble de la plante. De plus, l'analyse ci-jointe, due à M. Vannuccini, ingénieur-chimiste, démontre bien la richesse plus considérable du bois de VAramon, pris à la fin de l'hiver, en acide phosphorique,
1 I/importance de ce fait est d'autaot plus grande que les vignes américaines, résistantes elles-môraes, perdent une partie de leurs radicelles sous l'influence du Phylloxéra, et se trouvent déjà, par suite, dans des conditions défavorables à ce point de vue dans les milieux pliylloxérés. (Voir Foëx; Note relative aux effets produits par le Phylloxéra sur les racines de divers cépages américains et indigènes. Comptes rendus de l'Académie des Sciences, n<^ du 18 décembre 1876).
rûn des élèmeùis les plus otiles à la formalkm des fissos doq*
y aux.
voM ms
AnuDOD ^reflé sur HerbeiDOiit.
do bois séché à rair pendant plosiem joins
Afuion fhmc de
Herbemont.
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Soocbe.. lOcr Sarments 5 Sonche.. 15 Sarments Sonche. . 40 Sarments 20
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Enfin, nne dernière cause semble de nature à ralentir chez VHerbemoni le renouvellement des approvisionnements employés à la formation de ses nouveaux rameaux : les quantités d'eau transpirées par les feuilles de ce cépage sont sensiblement moindres que celles émises par VAramon^ ce qui, étant donnée la corrélation qui paraît exister entre le phénomène de la transpiration et les diverses fonctions dépendantes de la nutrition qui s'accomplissent dans les feuilles, indiquerait une activité moindre de ces organes'. Les expériences dont nous donnons ci'joint les résultats^ et qui ont été faites avec le concours de M. D. Cavazza, actuellement directeur de l'École de Viticulture d'Alba, établissent ce fait d'une manière évidente^ :
■AdMirf.
If
i*fa^
^ Cette propriété permet vraisemblablemeat d'expliquer le fait si surpreaaoi, e pourtant souvent constaté, de la parfaite verdeur d'une souche à!Aramon grevée sur un pied d'Herbemont chlorose.
' Pour chatiue expérience^ des Feutlles sensiblement de même surface, ^e m6me Âge et de même apparence, étaient emprisonnées dans des bocaux fermés par un bouchon coupé en deux pour laisser passer le pétiole. Au bout d'un 'môme temps, les bocaux, dont la tare avait été faite & ravtince, étaient pesés de nouveau : on obtenait ainsi par différence le poids tolal de Teau de transpiration. On détachait ensuite les fbuilles qui pendant rexpèrience étalent restées adhérentes à la plante , ou les pesait, puis on en déterminait la surfhce par lé procédé suivant : le contour en était relevé exactement sur du papier d'une structure homogène, au moyen d'un crayon ; puis la figure ainsi obtenue était découpée et pesée, et o&^âtaMisftait le rapport entre ce poids et celui d'un décimètre carré du même papier.
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