SCÈNE VI
•CLARIBEL, YORICK, Les Sirènes.
VORICK.
idéale m’éclaire,
Et d invisibles mains semblent mavolr porté Myrrha, loin de la terre !
ar quel dieu ce séjour est-il donc habité ?
(Il aperçoit Claribel et s’arrête tout ému.) CLARIBEL.
Approche, viens, ta frayeur serait vaine:
Piii^'^rn P®* vivras,
J^uis a Claribel tu diras
C étrange destin qui t’amène.
VORICK, à part.
C’est Claribel, c’est la sirène!
L espoir ne m’abandonne pas.
claribel, à un groupe de Sirènes.
Vous, mes filles, par votre danse Charmez les yeux de l’étranger.
(A d’autres.)
Et que votre voix en cadence Accompagne leur pas léger.
Lâ coupe du roi de TH U lé.
LA SIRÈNE
Mes sœurs, à la voix de la reine,
Nouons et dénouons la chaîne Qui mêle, pour charmer ses yeux.
Nos fronts Joyeux I ^ ^
Allez, pour lui, chercher éncore Les fleurs étranges qu’il ignore ,
Le corail vermeil aux frêles rameaux,
Donnez vos trésors les plus beaux.
LE CHŒUR
Mes sœurs, à la voix de la reine.
Nouons et dénouons la chaîne Qui mêle, pour charmer ses' yeux,
Nos fronts joyeux 1
1>IVER7 ISSEMENT.
CLARIBEL, à Yorkk, après les danses.
Pêcheur, tu connais mon empire;
Le pouvoir, je le mets aux ordres d’un mortel : Le que ton cœur cherche ou désire Tu l’obtiendras de Claribel.
(Yonck aperçoit la coupe et fait un mouvement de joie.)
yôrick.
Reine, l’amour d’une femme De cette coupe est le prix;
Ft que je réclame,
t ton esprit divin l’avait déjà compris.
CLARIBEL
Sur terre tout amour passe Ne laissant rien à sa place Qu’un amer souci ;
Il est éternel ici.
YORICK
Il en est que rien ne lasse,
Ni le temps, ni la disgrâce, m l’amer souci Reine, le mien est ainsi.
CLARIBEL
La nuit, sur la grève.
N’as-tu pas parfois.
Comme dans un rêve Entendu des voix?
La sirène errante Sous l’eau transparente,
Dictait aux esprits Sa plainte touchante...
Hélas! tu passais sans avoir compris!
Je me souviens ! C’est toi dont la brume mouvante ontrait la blanche forme à mes regards surpris.
CLARIBEL
Dans les flots avares Enfant, n’ai-je pas Fait les perles rares Naître sous tes pas.
4Ô la coupe du roi DE THULÉ. ■
Et, fleurs irisées D’écume arrosées,
Luire au rocher noir Les nacres rosées?
Hélas ! tu cueillais ces fleurs sans me voir 1 YORICK.
Mon ardente ivresse Réclame, ô déesse 1 Un autre trésor ;
^ Pour toute richesse,
Reine, donne-moi cette coupe d’or.
CLARIBEL
Je puis t’offrir Un don plus précieux :
encore
c’est l’immortalité 1
YORICK
Pardonne au cœur tremblant qu’éblouit Ecoute la voix qui t’implore.
ta beauté.
Sans Myrrha Toute flamme En mon âme S’éteindra.
CLARIBEL, à part.
Il vivra !
Mais ma flamme En son âme Passera.
CLARIBEL
Enfantj tu ne sais pas que la femme est perfide Comme un sable mouvant ;
Le cœur de ta Myrrha n’est qu’une plage aride Où nulle fleur ne tremble aux caresses du vent.
YORICK
Tu me trompes... Non! j’ai mon espérance Et j’ai son serment!
CLARIBEL
L'espoir contient souvent en germe la souffrance. Apprends pour qui Myrrha t’oublie en ce moment.
(Sur un geste de Claribel, le fond s’entr’ouve, découvrant la mer, et à l’horizon le palais de Thulé vaguement éclairé par la lune.)